''Museeuw a trois pavés du Nord moi un caillou de Lens''

Propos recueillis par Yves Taildeman
''Museeuw a trois pavés du Nord moi un caillou de Lens''
©Photonews

Mardi, il va retrouver le stade de Lens, là où en 83, Anderlecht a enregistré le but le plus stupide de son histoire européenne

ANDERLECHT Anderlecht joue un match piège, ce soir, à La Gantoise mais c'est surtout le match de la dernière chance face à Lille qui fascine ses supporters. "Si on ne croit pas qu'on peut gagner, cela ne sert à rien d'y aller", "Dans ce cas, on ferait mieux de jouer aux cartes, ici, à Anderlecht. Moi, je dis qu'un beau challenge nous attend. Si ce n'est pas pour la deuxième place, au moins pour la troisième."

Pour Jacky Munaron, le match a une signification spéciale. Le stade où Lille accueille Anderlecht est le stade Bollaert, à Lens, celui où Anderlecht a encaissé le but le plus stupide de son histoire européenne. Ce 23 novembre 1983, à la 90e minute, un caillou lancé par les supporters d'Anderlecht percutait le ballon remis en retrait par Kenneth Brylle. Jacky Munaron fut surpris, et le cuir termina sa course dans son but. Lens-Anderlecht, comptant pour les huitièmes de finale de la Coupe de l'Uefa, se termina ainsi sur le score de1-1. "La semaine passée, j'ai déjà eu de la visite de journalistes français. Je me suis dit : Allez, les Belges vont suivre. Savez-vous que ce but a occupé deux pages dans le bouquin publié à l'occasion du jubilé de Lens ?" Au- jourd'hui, Jacky Munaron en rit. Mais ce mercredi de novembre1983, il ressemblait à une épave !

Qu'est-ce que cela vous fait de retourner dans ce maudit stade ?

"J'y pense, évidemment. Je crois que c'est la troisième fois que j'y retourne. Les gens m'y reconnaissent. Monsieur Munaron ! disent-ils. Et les Anderlechtois me chambrent, et je rigole. Comme René Vandereycken, quand la Belgique rencontrait la Yougoslavie pour l'Euro 84 à Lens. Avant le match, il s'était mis à quatre pattes dans le rectangle pour sentir s'il n'y avait pas de pierre. C'est typiquement René, ça. Mais il y en a aussi qui exagèrent et qui font des remarques sarcastiques, pour me blesser. Ou à la télé, on voit parfois qu'on en parle avec un sourire hypocrite. C'est facile d'abaisser des gens ou de chercher le sensationnalisme. Je veux bien en parler maintenant mais il ne faut pas, par exemple, revenir dans six mois."

Tout d'abord : est-ce que c'était une bour-de?

"C'est-à-dire que c'était la fin du match, et j'étais peut-être un peu moins concentré. J'avais un oeil sur le ballon et un oeil sur ce qui se passait derrière moi. Nos supporters canardaient les CRS avec tout ce qu'ils trouvaient. Les policiers avaient reculé jusque dans mes filets. J'ai appris par après qu'il y avait plein de matériaux parce que le stade était en construction pour l'Euro 84. À ce moment-là, c'était la mode d'être hooligan. J'avais averti cinq, six fois le juge de touche que des barres de fer et des pierres se trouvaient dans mon but. Puis, un caillou a heurté le ballon, et j'étais cuit. J'ai été vers l'arbitre mais il ne pouvait rien faire. Après le match, il m'a dit que j'aurais dû me coucher, pour qu'il arrête le jeu. Mais qui pense à cela pendant le match?"

Quelle fut la réaction de vos coéquipiers dans le vestiaire ?

"D'un côté, ils me croyaient mais ils pensaient quand même autre chose. Quelques équipiers et des dirigeants étaient surpris et fâchés. J'étais sous une énorme pression pour le match retour. Il n'y avait pas seulement l'aspect sportif mais aussi financier. Après que Walter Degreef eut ouvert la marque, Gérard Houiller, qui était le coach de Lens, a envoyé tout le monde en attaque. Dès la 70e, on n'a plus dépassé le milieu du terrain. Mais on s'est qualifié. Tout s'était bien terminé. Sinon, on m'aurait massacré. Cette saison-là, on a même joué la finale, contre Tottenham. Et en Angleterre, on a été volé. Si l'arbitre avait sifflé une faute commise sur Degreef lors du but égalisateur anglais, on aurait gagné 0-1."

Theo Custers fait encore des cauchemars en pensant au hat-trick de Boniek. Vous aussi avec le caillou de Lens ?

"Non, je n'étais pas catastrophé. Ma femme était plus triste que moi. Puisque Lens n'est pas loin, toutes les femmes avaient été en car. Lors du retour, ma femme avait pleuré. Le lendemain, j'avais osé en rigoler en voyant les images à la télé. Comment oses-tu rire de cela ? me répliqua-t-elle. Après la qualification, les supporters m'ont offert un socle avec un caillou de Lens. Pas le fameux caillou qui m'a été fatal, évidemment. Mais quand même : Museeuw a ses trois pavés du Nord, moi, j'ai mon caillou de Lens. Il doit être quelque part dans mon grenier."

Vous n'avez plus connu une telle mésaventure ?

"Non mais ce fut néanmoins ma semai-ne de poisse. Le dimanche, à Waregem, Niederbacher avait confondu ma tête avec le ballon. J'étais tombé dans les pommes, et on m'avait emmené à la clinique. Les plus grands, comme Kahn et Robinson, ont aussi encaissé de bêtes goals comme le mien. Heureusement qu'à ce moment, il y avait déjà des moyens techniques assez évolués pour qu'à la télévision on ait pu démontrer l'existence du caillou et son incidence."

Expliquez-vous?

"Le lendemain, la RTBF m'avait invité dans son studio du Journal Télévisé. Grâce à un magnétoscope, il était possible de voir le caillou rebondir sur le ballon. Puisque la France préparait l'Euro, il y avait plus de caméras que d'habitude dans le stade."

C'est votre pire décep tion?

"Non, c'était le 6-1 au Real Madrid, après le 3-0 que nous avions réalisé au Parc Astrid. On aurait pu en prendre dix, ce soir-là. Il y avait un superbe Loza-no mais il n'était pas seul. Un certain Butrageno m'avait aussi fusillé de tous les côtés. Chaque fois que les Espagnols venaient dans notre rectangle, c'était une occasion. Par après, on a dit que les Espagnols avaient mis quelque chose dans notre café. Mais sans preuve, il faut se taire. Si on pensait cela, on aurait dû nous faire uriner dans un verre."

Lens-Anderlecht s'est-il avéré le pire match au niveau du hooliganisme?

"Non, ce fut Anderlecht-Aston Villa. Seul devant le but, Kenneth Brylle n'a pas rencontré le gardien mais un supporter anglais. Le match a été arrêté vingt minutes et on n'a plus retrouvé le fil de la rencontre. Résultat : 0-0. Et une autre fois à Bruges ! Le kop brugeois chantait Jacky jeannette et Jacky yoghurt comme toujours. Au moment où je me retourne, j'entends quelque cho-se siffler dans mes oreilles. C'était une flèche en plomb qui venait d'effleurer ma tête. C'est resté un des objets les plus célèbres du hooliganisme en Belgique."

Seriez-vous encore gardien numéro 1 à Anderlecht, au- jourd'hui ?

(Après un silence) "Oui. J'étais adroit du pied, bon dans les un contre un, je jouais bien hors des seize mètres. Une chose me manquerait, avec mon 1,82 m : des centimètres. À l'heure actuelle, on ne rencontre que des armoires à glace. Comme ce Drogba. J'ai été étonné par sa taille, l'année passée à Chelsea. Ce n'est pas un enfant de choeur. Il ne suffit plus d'être un chat dans le goal. Et il faut s'adapter à toutes les règles. Dans mon temps, Raymond Goethals venait me trouver avant chaque match : Jacky, tu gagnes dix minutes dans ton rectangle, aujourd'hui. Ce n'est plus possible."

Dernière question, sur l'actualité : comment Proto pourra-t-il récupérer sa place au vu des superbes prestations de Zitka ?

"C'est pour Madame Soleil, ça. Laissez d'abord Silvio revenir à son aise. Il est bien occupé à l'entraînement. Quand on est jeune, on récupère plus vite. C'est à lui d'essayer de retrouver sa place mais vous avez raison de dire que Daniel Zitka atteint un très haut niveau. Et il est très régulier. À un certain moment, je lui ai demandé s'il avait un aimant sous son mail-lot..." (Rires.)



© La Dernière Heure 2006

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