Hein Verbruggen : "Armstrong ment, j’en ai les preuves"

Hein Verbruggen montre des documents pour réfuter les accusations de protection du Texan

Eric De Falleur
Photos Bernard Demoulin: Hein Verbruggen, l'ancien prŽsident de l'Union cycliste internationale
Photos Bernard Demoulin: Hein Verbruggen, l'ancien prŽsident de l'Union cycliste internationale ©© Bernard Demoulin

À 72 ans, Hein Verbruggen est toujours un battant. L’ancien président de l’Union cycliste internationale (de 1991 à 2005) a décidé de contre-attaquer. S’il s’est longtemps tu jusqu’à maintenant, ce n’est pas parce que le Néerlandais n’avait rien à dire, mais parce qu’il était persuadé que son procès en sorcellerie avait été fait, notamment par de nombreux médias. "À quoi bon se défendre, ça ne sert à rien, on vous condamne à l’avance", disait-il avant que les nouvelles accusations de Lance Armstrong, début novembre, évoquant une protection de l’UCI, ne le fassent sortir de son silence. C’est à La Dernière Heure-Les Sports qu’il a accepté de parler.

Dans la deuxième partie de ce long entretien exclusif, cet amateur de la Chine, de l’histoire médiévale et des vins français, s’insurge, se défend, notamment pour tout ce qui concerne sa gestion du dossier dopage qui a empoisonné le cyclisme depuis plus d’un quart de siècle.

L’ancien homme d’affaires, devenu dirigeant, fut le président visionnaire mais pragmatique, ses détracteurs - et il en a - disent aussi dictatorial, qui a fait prendre au cyclisme le virage de l’ère moderne. Arrivé dans une Fédération internationale moribonde, il a laissé en héritage un sport développé et restructuré économiquement, qui bénéficie désormais d’une aura planétaire, mais dont l’image a pourtant été très sérieusement écornée par près de vingt années noires.

Pourquoi réagir après vous être longtemps tu ?

"Je pensais qu’en répondant, je serais toujours battu. C’était trop tard. Une chose est lancée, sans preuve, mais elle est reproduite partout sans qu’on la vérifie. C’est l’emballement médiatique, encore renforcé par les 200 millions de Twitters qui se prennent pour des journalistes. Ce qu’Armstrong a dit il y a quelques temps est un non-sens. Il ment, j’en ai les preuves. Il a dit aussi que j’avais un compte à la banque Thom Weisel, c’est complètement ridicule. Je veux aussi défendre mes hommes, mes collaborateurs. Je veux montrer qu’on s’est battu contre le dopage dès les années nonante et qu’Armstrong n’a jamais été positif, donc que nous, l’UCI et moi, ne l’avons absolument pas protégé, contrairement à ce qu’il affirme après l’avoir pourtant répété, notamment lors de ses aveux chez Oprah Winfrey en janvier."

Pourquoi ?

"Sans doute parce qu’il déteste l’UCI. "Ils m’ont poussé sous le bus", a-t-il dit récemment à notre propos. Ce qui le motive ? La vengeance, car il devient méchant. Le désir de refaire de la compétition, le besoin de retrouver du crédit, de gagner de l’argent… Il monnaie ses interviews, il faut donc qu’il offre quelque chose, même si ce n’est pas vrai. D’ailleurs, dans le dernier, il joue sur les mots. Maintenant, il ne dit plus comme quinze jours avant qu’il a été positif, mais presque positif. Qui peut le croire ? C’est un menteur. C’est pathétique. On a l’habitude. N’avait-il pas déclaré sous serment qu’il ne s’était jamais dopé ?"

Vous dites que vous avez des preuves.

"Oui, des messages. J’avais été choqué des déclarations de Landis et de Hamilton selon lesquelles Armstrong leur a affirmé qu’il avait été couvert. Je lui ai écrit le 2 juin 2011, il m’a directement répondu qu’il n’avait jamais été positif, qu’il n’avait donc pas dû être couvert et qu’il ne l’avait pas affirmé à ses anciens équipiers. Je n’avais jamais publié ce message jusqu’à maintenant. Mais, en fait, il l’a fait, les témoignages sous serment de ses équipiers, Landis, Hincapie, Vaughters, Landis… devant l’Usada, confirment tous cela. C’est très grave, il les a incités à se doper en leur faisant croire qu’il était couvert par l’UCI, inventant même un faux contrôle positif. "Allez-y, s’il y a un problème, je m’arrangerai !" C’est pour renforcer cette idée qu’il a fait un don à l’UCI alors qu’il n’a jamais été contrôlé positif."

… (il sort un papier de la pile de ceux qu’il a amenés et le tend)

"J’ai une autre preuve, un autre message à vous montrer. L’année suivante, Johan Bruyneel, en octobre 2012, a écrit à quelqu’un, dont je préfère taire le nom, même s’il m’a dit que cela ne le dérangeait pas. Ça parle du Tour de Suisse 2001 et de ce prétendu contrôle positif qu’aurait subi Armstrong. Voici ce que Bruyneel répondait à cette personne : "Jamais Lance n’a subi un test positif, ni pendant le Tour de Suisse, ni lors d’un autre événement, ni après une course, ni hors compétition. Donc, forcément, il n’y a jamais eu de couverture ou d’arrangement. Jamais, nous n’avons eu d’entretien avec le laboratoire Saugy (NdlR : celui de Lausanne dont Armstrong avait affirmé qu’il lui avait montré comment échapper aux contrôles). Jamais Lance et moi n’avons été là-bas, tout au plus, a-t-on peut-être parlé un jour avant un contrôle". Voilà !"

Vous ne l’aviez pas condamné définitivement quand il a fini par tomber. Pourquoi ?

"Je ne suis pas tout à fait d’accord avec Pat McQuaid qui a dit qu’Armstrong n’avait pas sa place dans le cyclisme. C’était un athlète à une époque donnée, qui a pris ce que l’on prenait à cette époque. Il n’était certainement pas le seul à se doper. Il y a un rapport aux Pays-Bas qui montre que plus de 80 % des coureurs d’alors prenaient de l’EPO. Mais on ne sait pas qui ! Une chose me frappe : on a enlevé ses victoires à Armstrong, mais aucun coureur ne les revendique. Au contraire, certains le défendent même. Ça veut dire beaucoup, je trouve."


Découvrez l'interview complète d'Hein Verbruggen dans votre DH


Les derniers annonces avec LOGIC-IMMO.be