Les temps forts du Mondial

A quelques heures de la clôture de cette Coupe du monde brésilienne, il est encore temps de se replonger dans ces quatre semaines de folie, entre sorties de piste inattendues, révélations et émotions. Petite valse à onze temps.

Aurélie Herman
Les temps forts du Mondial
©Photonews / Reporters

Le douze juin, le Brésil et la Croatie donnaient le coup d'envoi d'une Coupe du monde qui restera dans l'Histoire comme l'une des plus excitantes. En effet, les 736 joueurs, sans oublier leur coach ont offert un spectacle tantôt magnifique, tantôt désolant, en passant par le carrément tragique. Des temps forts, qui ont marqué un Mondial dantesque. Alors que le rideau s'apprête à tomber sur Rio de Janeiro, focus sur les moments inoubliables de cette Copa do mundo.


12 JUIN: Ferveur brasileira

Jeudi douze juin, 22h, heure de Bruxelles. Alors que Jennifer Lopez et Pitbull remballent le matos après un show à vous faire regretter le Waka waka de Shakira, les XI brésilien et croate s'avancent sur la pelouse de la Corinthians Arena. L'Hino Nacional Brasileiro, l'hymne national retentit, plongeant les 60 000 personnes présentes dans le public dans un état de transe que l'on avait rarement vu dans un stade. Soudain, la musique s'arrête et c'est toute l'arène de Sao Paulo qui reprend en cœur ce chant patriotique. Une ferveur qui ébranlera Neymar et ses équipiers, ainsi que le monde entier. Le reste, c'est à écouter. Et ressentir.



12 JUIN: Le point noir: l'arbitrage

Quelques minutes après ce moment d'émotion pure, il faut bien vite retomber les pieds sur terre. A la demi-heure de jeu, l'arbitre japonais Yuichi Nishimura devient le premier héros malheureux de la compétition en tombant dans le piège tendu par Fred. L'attaquant auriverde s'effondre après une caresse de Dejan Lovren et obtient un penalty très généreux, que Neymar s'empresse de convertir.


Deux buts annulés injustement pour le Mexique contre le Cameroun, en passant par le penalty accordé à Klaas-Jan Huntelaar sur une simulation d'Arjen Robben en huitièmes de finale, sans oublier le hors-jeu non signalé de Jan Vertonghen sur son but contre la Corée du Sud et la double bourde en début de finale de consolation entre le Brésil et les Pays-Bas, et on en passe, les erreurs d'arbitrage ont été nombreuses. Peut-être un peu trop, malgré l’aide de la technologie sur la ligne de but. Dommage, même s'il est toujours facile de déjuger un ref' avec les dizaines de ralentis dont nous disposons, là où lui n'a que son seul instinct pour prendre une décision parfois capitale pour la suite du match.


13 JUIN: L'Espagne mise à mort

Le lendemain de cette ouverture en demi-teinte a lieu le premier choc de ce Mondial. Non pas tant à cause des noms présents sur l'affiche du jour, mais plutôt en raison de la manita que les Pays-Bas infligent à l'Espagne, championne du monde et double championne d'Europe en titre. Les Oranje profitent à fond des erreurs défensives espagnoles, notamment celles commises par Sergio Ramos et Gérard Piqué, soudainement revenus à leur niveau de cadet. La charnière centrale explose littéralement sous les contres menés par des Néerlandais emmenés par Robin Van Persie, auteur d'un but stratosphérique, et Arjen Robben, qui ne pouvait rêver de meilleurs starting-blocks pour livrer un tournoi de feu. Face au Chili, la Roja sombrera à nouveau et sortira du tournoi sous les yeux incrédules du monde entier, à la fois triste et désolé de voir une équipe qui fut aussi dominatrice pendant six années sortir la tête basse... et rouge de honte.



22 JUIN: Belgique - Russie, un but, deux révélations

Le deuxième match des Diables rouges restera dans les mémoires pour deux raisons. Le but de Divock Origi et Axelle Despiegelaere. En libérant tout un pays à la 88e minute d'un match fermé et surtout très ennuyeux, le back-up de Christian Benteke justifie la confiance que Marc Wilmots avait placée en lui au moment de révéler sa sélection pour le Brésil. Le Lillois conclut un énorme travail d'Eden Hazard sur le flanc gauche et permet à la Belgique d'obtenir son billet pour les huitièmes de finale, douze ans après la Coupe du monde asiatique.


Pauvreté du spectacle oblige, les caméramans de Rio laissent leur regard libidineux explorer les tribunes à la recherche de supportrices à la plastique avantageuse. Parmi les fans présentes au Maracana, une jeune Belge de dix-sept ans va créer un véritable tsunami sur le web. Elle s'appelle Axelle Despiegelaere. La belle est élue plus belle fans des Diables par les électeurs de Twitter et Facebook, et voit son succès atteindre un tel pic qu'elle décroche un petit contrat pour L'Oréal, même si une vilaine photo de chasse diffusée par les amis des animaux sapera un poil son image. Qu'à cela ne tienne, Axelle veut désormais retrouver l'anonymat et poursuivre ses études. Parce qu'elle le vaut bien.


24 JUIN: Another one bites the dust

Le vingt-quatre juin, les deux géants du groupe D s'affrontent dans ce qui promet un duel de feu entre l'Uruguayen Luis Suarez et l'Italien Mario Balotelli. Si le Sud-Américain est bien la vedette de cette rencontre, ce n'est pas pour son talent face au but, mais bien pour ses qualités dentaires. En fin de rencontre, El Pistolero évacue sa frustration en mordant l'épaule de Giorgio Chiellini.


Un geste fou, incompréhensible qui ne sera pourtant pas sanctionné d'un carton rouge pour le joueur. Aussitôt après cet énième écart, le web s'enflamme, entre ceux qui veulent pendre Suarez haut et court, ceux qui voient en lui un héros national... et d'autres à l'imagination débordante, qui s'empressent de caricaturer son nouveau coup de dents sur les réseaux sociaux.



25 JUIN: la baraka de la Grèce

Peut-être l'un des coups les plus fumants de ce Mondial. Battue par la Colombie, auteure d'un nul piteux contre le Japon, la Grèce était bonne pour les oubliettes selon pas mal d'observateurs. Car seules une victoire contre la Côte d'Ivoire et une défaite du Japon aurait pu permettre aux Hellènes de passer la phase de groupe. Autrement dit, contre ces Eléphants séduisants, on voyait mal comment les Grecs allaient bien pouvoir postposer leur retour à Athènes. Et pourtant ! Dans le temps additionnel, Giorgos Samaras hérite d'un penalty généreux, que le terriblement pileux attaquant se charge de transformer tout seul, comme un grand. La Grèce est en huitièmes de finale et tombera finalement contre le Costa Rica. Aux tirs au but. Ça ne peut pas marcher à tous les coups...



27 JUIN: 1,2,3, Viva l'Algérie

Petits Fennecs deviendront grands ! Considérés comme un adversaire tout à fait abordable, les Algériens se sont révélés nettement plus coriaces que prévu. Doués techniquement, poussés par un patriotisme exacerbé, les Fennecs de Vahid Halilodzic ont bien failli jouer un sale tour aux Diables rouges, en menant au score jusqu'à la septantième minute. Une belle victoire contre la Corée du Sud et un nul contre la Russie plus tard, Sofiane Feghouli, Islam Slimani et consorts sont qualifiés pour les huitièmes, une première dans l'Histoire du foot algérien. S'en suit alors un véritable raz-de-marée vert-blanc-rouge dans les rues d'Alger... et d'ailleurs. Bruxelles, Paris, Marseille, beaucoup de villes européennes étaient un peu algériennes ce vingt-sept juin...



29 JUIN: te quiero, Colombia

Là où les Brésiliens n'ont pu digérer l'absence de leur star Neymar, les Colombiens ont réussi à se passer de Radamel Falcao, annoncé comme l'une des étoiles de cette Coupe du monde. Sans le Tigre, d'autres Cafeteros ont magistralement tiré leur épingle du jeu. A commencer par James Rodriguez. A vingt-trois ans, le milieu offensif atteint enfin la pleine lumière, à laquelle sont statut de joueur de Monaco l'empêchait d'accéder. Avec en point d'orgue cet invraisemblable enchaînement contrôle de la poitrine-pivot-volée juste sous la barre du gardien uruguayen Muslera. Un goal qui reste pour beaucoup le plus beau de cette compétition pourtant riche en réalisations pleines de panache. Et qui permet au joueur d'être le favori pour le titre de meilleur joueur du tournoi, tout en figurant toujours en tête du classement des buteurs, avec six pions en cinq matches.


Outre Rodriguez, dont les larmes après la défaite contre le Brésil restent aussi gravées dans les mémoires et les cœurs, citons aussi Juan Cuadrado. La révélation de notre confrère Christian Jeanpierre a elle aussi illuminé le Mondial brésilien, au point de figurer sur la short-list du Barça après une belle expérience à la Fiorentina. Bref, avec son football léché basé sur un excellent collectif, José Pekerman a réussi son pari d'effacer des mémoires la génération dorée emmenée par l’inénarrable Carlos Valderrama.


1er JUILLET: Howard, a brick in the wall

Certes, Kevin De Bruyne a été élu Homme du match lors du huitième de finale entre la Belgique et les USA. Il n'empêche, avec ses innombrables arrêts, c'est bien l'Américain Tim Howard qui aurait pu recevoir cette distinction. Trente-huit tirs belges, dont vingt-sept cadrés et seulement un premier but encaissé dans les prolongations, le portier d'Everton a sorti une prestation digne de le faire rentrer dans le cénacle des gardiens stars de ce Mondial, aux côtés de Keylor Navas, Manuel Neuer, Raïs M'Bohli, David Ochoa ou encore Sergio Romero. Cet énorme match a réveillé l'imagination des internautes, qui ont testé leur talent sur Photoshop en se servant des interventions du number one de Jurgen Klinsmann.



5 JUILLET: Le Costa Rica plie devant Krul... et Van Gaal

Le Costa Rica ? La révélation de ce Mondial. En effet, les Ticos ont défié tous les pronostics en sortant premier d'un groupe "de la mort", composé de l'Italie, l'Uruguay et l'Angleterre. Ces Sud-Américains à qui ont promettait l'enfer ont ensuite réussi à éliminer des Grecs courageux en huitièmes de finale. Contre les Pays-Bas, il leur fallait sortir un nouveau petit miracle de leur chapeau, afin d'éliminer la bande à Robben. Au bout de 120 minutes de jeu, les Costariciens sont en passe de remporter leur pari en accrochant la séance de tirs au but. Ils sont dans le bon. N'ont-ils pas dans leurs cages l'un des meilleurs keepers du Mondial ? Keylor Navas n'a-t-il pas fait des prouesses face à la Grèce ? Oui, le Costa Rica a des atouts.

Mais côté néerlandais, il y a un certain Louis Van Gaal. Et le coach batave réalise alors l'un des changements les plus incroyables de l'Histoire du jeu. Juste avant d'entamer la séance fatidique, le tacticien décide de se passer Jasper Cillessen, dont Van Gaal sait qu'il ne brille guère dans l'exercice périlleux des penaltys. A sa place, il fait rentrer Tim Krul, qui joue crânement sa chance... et l'intox face à des adversaires qui tombent dans le panneau. Auteur de deux arrêts, le gardien de Newcastle est le héros des Oranje, malgré une attitude jugée "scandaleuse" par certains, Jean-Marie Pfaff en tête. Fair-play ou pas, Krul donne raison à Van Gaal, dont le cran tactique a sublimé ce quart de finale. Pas de pot, l'ami Louis ne pourra réitérer ce coup de poker contre l'Argentine. Maudit Van Persie !



9 JUILLET: le Brésil sept pieds sous terre

Comment qualifier le match vécu ce neuf juillet ? Incroyable ? Fou ? Improbable ? Choquant ? Difficile en effet de trouver les mots pour décrire la déroute vécue par le Brésil face à l'Allemagne. Le trou noir de six minutes qu'ont connu les Auriverde restera à coup sûr comme l'une des pages les plus noires du pourtant magnifique livre écrit par les Brésiliens au cours des dernières décennies. Un chef d'oeuvre désormais tâché par les approximations incompréhensibles de David Luiz, Dante, Marcelo et les autres.

Un véritable camouflet, dont il est difficile d'estimer les conséquences à plus long terme. Combien de temps les stigmates mentaux resteront-ils dans les têtes des joueurs ? Seront-ils capables de se remettre d'un tel échec, aussi monstrueux dans les chiffres que dans les faits ? Au vu de la prestation livrée lors de la petite finale contre les Pays-Bas, on craint déjà pour l'avenir de cette génération qui n'avait d'autre choix que d'être sacrée à domicile. A la place de ce triomphe annoncé, il faudra expliquer aux générations futures le pourquoi d'une telle humiliation. Qui aura les épaules assez solides pour ça ?



Aurélie Herman


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