Alderweireld a quitté le GB pour l’Ajax à l’âge de 15 ans. Il a songé à revenir en Belgique, mais il s’est accroché

AMSTERDAM Après De Mul, Vermaelen et Vertonghen, Toby Alderweireld est le dernier joueur du Germinal Beerschot à avoir profité du partenariat avec l’Ajax pour déménager à Amsterdam. Il avait 15 ans à l’époque.

“Danny Blind, directeur du centre de formation, était venu me voir. C’était tentant. L’Ajax est un club prestigieux où les jeunes reçoivent leur chance. Ce club représente vraiment quelque chose. Mais au moment de prendre le train et de quitter ma famille, j’ai eu le cafard. Mon père, qui n’a pas connu une enfance facile, m’a dit : Tu dois faire des sacrifices. Tu en récolteras les fruits plus tard. Mon grand frère m’a aussi fait comprendre que c’était peut-être une chance qui ne se représenterait plus jamais. J’ai bien fait de les écouter.”

Lors de son premier jour dans le très réputé centre d’entraînement De Toekomst , il a écarquillé les yeux.

“Je venais du GB, où les installations étaient petites et vieillottes. À l’Ajax, tout semblait neuf et un équipement complet, en plus des chaussures, était prêts pour chaque joueur. Tout était réglé dans les moindres détails. On pouvait aussi apercevoir l’ArenA au loin. Cela nous faisait rêver...”

Dans la vie de tous les jours, le jeune Belge était pourtant très loin du rêve et il a très vite eu le mal du pays. “J’avais atterri dans une famille d’accueil qui me laissait peu de liberté. Avant moi, elle s’était occupée de plusieurs Africains, qui étaient déracinés. Ce n’était pas mon cas. Je n’avais pas besoin de nouveaux parents. À l’école aussi, c’était difficile : la manière d’enseigner est fort différente et 90 % des élèves étaient étrangers. Ce n’est pas un problème pour moi à la base, mais cela ne facilite pas l’intégration. J’étais le seul Belge. J’ai eu du mal avec l’accent hollandais : je devais toujours penser à ma façon de dire les choses pour me faire comprendre. En plus, les journées étaient très longues : je me levais à six heures pour prendre le bus vers l’école. L’après-midi, j’avais deux entraînements à l’Ajax et je rentrais tous les jours à 21h.”

L’adolescent qu’était Alderweireld à l’époque a bien failli tout abandonné.

“Pendant plusieurs mois, j’ai souffert. J’ai beaucoup pleuré. On jouait le samedi soir et je rentrais chez moi après. Le lendemain, quand il fallait repartir, c’était très dur. J’ai pensé plusieurs fois à arrêter tout ça et à rentrer en Belgique.”

Mais il a tenu bon et après un an et demi, les choses se sont arrangées. “Parce que j’ai rejoint une autre famille : elle accueillait aussi d’autres jeunes joueurs de l’Ajax qui venaient en test pour quelques mois. Moussa Dembélé et Daniel Cruz y ont été hébergés. J’étais plus libre, plus adulte et j’avais trouvé mes marques à l’école. Au football, tout allait pour le mieux. Mais cela avait toujours été le cas : ça m’a permis de m’accrocher au début.”

S’il était resté en Belgique, le Diable Rouge n’aurait pas pu bénéficier des précieux conseils des entraîneurs de jeunes de l’Ajax, dont certains noms bien connus. “J’ai bossé avec Adrie Koster, Aaron Winter, Sonny Silooy, qui a gagné la Ligue des Champions, ou Winston Bogarde (NdlR : ex-Milan AC, Barça et Chelsea). C’est Winston qui m’a appris le plus de choses sur le plan défensif et m’a fait franchir une étape. Il m’a montré où me positionner par rapport à mon adversaire. Le plus important, c’est de choisir le bon moment pour intervenir. Il m’a aussi appris à couvrir mes équipiers et à avoir une vision large du jeu.”

Par la suite, les formateurs de l’Ajax ont obligé le jeune Toby à évoluer au poste de médian défensif. “Pas pour combler un trou mais pour me faire progresser car c’est une place où l’on touche beaucoup de ballons et où l’on doit jouer rapidement. Je n’ai pas disputé mes meilleurs matches dans ce rôle, mais j’ai appris à vite trouver la bonne solution de jeu.”

Ce travail a payé : Alderweireld a fait ses débuts en équipe A à 19 ans dans un tournoi amical contre... l’Inter. “Affronter un tel adversaire pour ma première, c’était la plus belle des récompenses après quatre années de dur labeur. Mon opposant direct était... Zlatan Ibrahimovic. J’ai encore croisé sa route à deux reprises en Ligue des Champions cette saison et il reste, à ce jour, l’adversaire le plus fort que j’ai affronté.”

Le défenseur aura mis moins de deux ans pour devenir une valeur sûre à l’Ajax.

“Je suis souvent reconnu quand je me promène en ville, mais les gens son toujours très gentils avec moi. La période de mon arrivée ici paraît bien loin désormais. Au-jourd’hui, je me sens amstellodamois...”



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