Le Liégeois mauve Jona Legear est retourné dans la ville qui l'aurait haï pour la vie s'il avait marqué


LIÈGE Il faut en avoir du culot ! Pas encore 24 heures après avoir été hué et humilié par Sclessin, Jonathan Legear nous a emmené dans le centre-ville de Liège. "Je n'ai pas peur", nous disait-il avant de sortir de la voiture, place du Théâtre. "Ils ne vont pas me frapper. Seulement m'insulter mais je commence à en rigoler."

En effet, la réaction des gens à la foire de Liège n'était pas exagérément négative. Mais on se demande bien comment elle aurait été si Legear n'avait pas loupé cette énor-me occasion, à la 93e. "Qu'est-ce que cela m'aurait fait plaisir de faire taire les 30.000 personnes dans le stade. Pas par revanche mais quand même. J'avais déjà presque marqué de la tête, il y a deux ans. La troisième sera la bonne, la saison prochaine."

Sa copine : "Comment as-tu pu rater un but si facile ?"

Legear n'a pas attendu son retour à son domicile bruxellois pour voir les images de son tir paré par Renard. "Dans le car, on sait regarder la télé, grâce à un satellite. Mbo m'a dit que j'aurais dû contrôler le cuir mais je trouve que j'ai fait le bon choix, en tirant directement. Je ne me suis pas fait critiquer. Le coach m'a félicité."

Lorraine, la copine de Jonathan, par contre, n'a pas hésité à dire ce qu'elle pensait à son amoureux. Jona forme son numéro et nous passe son GSM. Lorraine nous répète : "Quand il m'a appelé, je lui ai demandé comment il avait pu louper une occasion si facile. (Rires.) J'ai toujours été supporter du Standard mais il y a deux ans, j'étais dégoûtée par le comportement des Rouches par rapport à Jonathan. Ils criaient qu'il n'avait pensé qu'à l'argent et qu'il était un traître."

Entre-temps, Philippe Nizet (FC Liège) et Raphaël Da Cas (ex-Visé), les deux amis de Legear, sont venus le rejoindre au Clémenceau, une taverne... rouche . Marc, le nouveau patron, accueille Legear les bras ouverts. "Tu as failli nous avoir, dimanche !"

La veille, Liège était bien moins amical envers Legear. "En arrivant sur la pelouse, une bonne heure avant le match, je me suis déjà fait insulter. Legear est pédé, chantaient les gens. Puis, pendant mon échauffement le long de la touche, ils disaient que Mbo devait revenir mais que moi, j'étais un traître. Puis, alors que je voulais serrer la main du juge de ligne après la rencontre, j'ai reçu une Duracell sur la tête. Je me suis dit que c'était plus intelligent de rentrer aux vestiaires, où j'ai changé mon maillot avec Fellaini."

Son ami : "S'il le faut, je te protège avec un tabouret"

Les supporters n'ont toujours pas digéré son départ mais le club ne fait plus un drame du fait qu'il a quitté le Standard en 2003. "J'ai serré la main à Preud'homme, dit Legear. Et Lucia-no d'Onofrio m'a demandé comment ça allait. Tout compte fait, la soirée ne s'est pas trop mal passée pour Mémé et moi. Le public n'a pas eu l'occasion de siffler Tchite : il a très peu eu le ballon." (Rires.)

Quant aux hooligans liégeois, ils n'ont pas eu l'occasion de faire quoi que ce soit à Legear. Raphaël, son ami, de dire : "Si on touche à Jona, je prends un tabouret pour le protéger. On était dans un bloc du Standard, dimanche. Mais s'il avait marqué, je n'aurais pas pu m'empêcher de sauter. À Saint-Trond, cela m'avait presque coûté la vie. Quand Jonathan y avait donné un assist victorieux, les supporters de Saint-Trond nous ont craché dessus. On a dû partir sous escorte de la police."

Legear se marre en entendant les aventures de ses potes . "Incroyable. Ce n'est quand même que du football ?"



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