Quand Georges Leekens prend la défense de son ancien stratège...


GENK Si l'on excepte l'assist qu'il distilla à Frutos, à Athènes, en Ligue des Champions, Mbark Boussouffa n'a pas encore griffé une grande rencontre. Il n'a marqué au- cune d'elles du talent qu'à juste raison on lui prête. Dimanche soir, à Sclessin, il n'a pas davantage pesé d'un poids déterminant sur le sommet de notre championnat.

Faut-il s'en inquiéter ?

Georges Leekens, son entraîneur de La Gantoise qui a commencé à façonner ce diamant brut néerlandais, refuse de froncer les sourcils : "Il faut raison garder... ce que fait très bien le staff du Sporting qui se déclare globalement satisfait du rendement actuel de Mbark. Pourquoi, sous prétexte qu'il a coûté assez cher, devrait-on attendre instantanément monts et merveilles de ce créatif de vingt-deux ans ? Boussoufa est pétri de classe, personne n'en doute. Mais il est encore un peu tendre pour pouvoir aligner, trois fois par semaine, des prestations d'un calibre hors norme. Mbark n'a pas cessé de grandir, d'évoluer, de mûrir. À son âge, il n'est pas encore apte à porter une équipe. À imprimer, seul, les impulsions offensives des siens. Il a encore besoin qu'on l'épaule, qu'on assure ses arrières."

Mbark Boussoufa ne donne pas toujours l'impression d'assumer vraiment toutes les responsabilités qui lui incombent naturellement.

"Je ne suis pas d'accord", le défend son ancien entraîneur. "Pour que Boussoufa s'épanouisse réellement, il a besoin d'un soutien à la hauteur de ses dons. Quand Anderlecht aligne son buteur argentin, le binôme Fru-tos-Boussoufa valorise Mbark. Boussoufa est un créatif. Il ne peut pas tout faire. On refrène son talent si on exige de lui, simultanément, qu'il défende, qu'il récupère, qu'il construise, qu'il improvise, qu'il délivre des passes décisives et qu'il marque. Pour s'exprimer, pour s'épanouir, il doit jouir d'une certaine liberté de manoeuvre. À La Gantoise, il s'est bonifié quand il a senti qu'on le dispensait des tâches pour lesquelles il ne manifeste aucune affinité. Il est utopique, aussi, d'exiger de lui qu'il s'impose physiquement dans les duels, en usant de son corps comme d'un bouclier ou d'un bélier. Mbark est un footballeur, pas un guerrier qui raffole d'aller au charbon. Pour s'imposer, Boussoufa doit piocher dans son registre de prédilection : il doit user de sa vitesse, de sa finesse, de son explosivité et de son intelligence. Et cela, dans la plupart des matches, il le fait bien."

Le petit stratège d'Anderlecht découvrira-t-il jamais plus grand laudateur que son ancien entraîneur ?



© La Dernière Heure 2006