Football L'édito de Christian Hubert

C'était le dernier dinosaure du football belge. Un géant, qui a bouleversé toutes les données, bousculé toutes les hiérarchies, foulé au pied les conceptions d'un autre âge, insufflé un souffle nouveau, sorti le football belge de la préhistoire pour l'immerger dans le troisième millénaire.

On peut compter sur les doigts d'une main les dirigeants belges de ce format. Il y eut bien José Crahay et Eugène Steppé, qui furent les pionniers de la Coupe d'Europe et des dirigeants appréciés dans le monde entier, il y eut Roger Petit et Albert Roosens, qui introduisirent le professionnalisme dans le football belge, mais on serait bien en peine de citer d'autres patrons de cette dimension. Ce qui fait la spécificité de Constant Vanden Stock, c'est qu'il fut, à la fois, un immense connaisseur de football, qu'il a d'ailleurs pratiqué au plus haut niveau, un capitaine d'entreprise hors pair, mais, aussi, un vrai mécène.

Le football a toujours été sa seule passion, et, loin de lui rapporter, le ballon lui a coûté beaucoup d'argent. C'était sa danseuse, sa maîtresse, à laquelle il est resté fidèle presque jusqu'au dernier jour, et qu'il a aimée passionnément durant toute sa vie. C'est ce qui le différencie d'un patron comme John Cordier, un autre homme d'affaires exceptionnel, qui a réussi, dans le football, un exploit mémorable, et même unique (amener le FC Malinois de la D2 au titre européen), mais ce ne fut qu'un one-shot et il se retira rapidement du monde du ballon, après avoir pris ses plus-values sur les joueurs qu'il amena au sommet.

Les vrais mécènes sont rares, voire rarissimes, et, surtout, ils ne durent jamais longtemps. Quand le foot a cessé de les amuser, la plupart changent généralement de jouet et de sujet. Constant Vanden Stock est parti de rien pour fonder l'empire de la gueuze, ce qui l'a rendu immensément riche et lui a permis, après avoir donné l'imput nécessaire à l'équipe nationale, dont il fut le premier sélectionneur unique, et donc seul patron, d'amener son club au sommet. Mais il ne suffit évidemment pas d'être riche pour réussir, tant d'autres l'ont appris à leurs dépens, il faut encore avoir la connaissance et le feeling, il faut s'investir personnellement, sentir les joueurs, savoir leur parler, connaître le modus operandi des managers, bref, il faut être de la maison. Unitariste convaincu, grand patriote, il a toujours usé de son énorme influence pour maintenir l'unité de la Fédération, dont il était bien plus qu'un simple vice-président.

Officiellement retiré des affaires, il conserva, longtemps après sa retraite, cette aura qui lui permettait d'encore tout contrôler sans pratiquement plus se montrer, de corriger les erreurs de ses héritiers quand c'était nécessaire. Sa carrière ne fut pas, pour autant, un long fleuve tranquille, et l'affaire de Nottingham et des maîtres chanteurs a fortement secoué le lanterneau du football belge. Il n'en demeure pas moins qu'à l'heure du bilan, on peut se demander si les cimetières ne sont finalement pas réellement peuplés de certaines personnalités irremplaçables...



© La Dernière Heure 2008