Nul n'est prophète en son pays. Cet adage vaut sans aucun doute pour les joueurs professionnels anglais. Sportsmail révèle une série de chiffres qui font froid dans le dos de tous les responsables de la FA. Selon le Daily Mail , seuls neuf joueurs anglais ont fait l'objet d'un transfert au sein de la Premier League depuis le début du mercato. Sur un total de 60 transactions officielles, cela fait moins de 15% de transferts estampillés "Perfide Albion" . Dans la liste, seul Andy Carroll, passé définitivement de Liverpool à West Ham, fait figure de nom ronflant. Les autres achats 100% anglais ne défrayeront sans doute pas la chronique lors de la saison à venir. Ni Carlo Nash (nouveau gardien de Norwich), ni Duncan Watmore, ni Daniel Whitehead (Sunderland) par exemple ne passent pour des épouvantails de la Premier League .

Parmi les clubs acquéreurs (ils ne sont que 6), aucun ne fait partie du top 8 de la saison dernière. Les top-teams ont préféré miser sur des étrangers. Manchester City a mis le paquet pour attirer l'Espagnol Jesus Navas (Séville) et le Brésilien Fernandinho (Shakhtar Donetsk) dans ses filets. Chelsea a quant à lui jeté son dévolu sur l'Allemand André Schürrle (Bayer Leverkusen).

Les choses ne risquent pas de s'améliorer eu égard aux envies d'ailleurs des membres de l'élite. Les Citizens lorgnent sur Zlatan Ibrahimovic (Suède, PSG), United sur Marouane Fellaini (Belgique, Everton), tandis qu'Arsenal a lui aussi Big Mo dans le viseur, ainsi que Gonzalo Higuain (Argentine, Real Madrid). Bref, le football connaît une grave crise de confiance de l'autre côté du Channel .


Une armada et des panzers bien de là-bas

A l'opposé, Sportsmail rappelle qu'en Allemagne, 95% des clubs ont acheté au moins un joueur du pays, près de la moitié des transferts étant des footeux de nationalité allemande. Or, l'Allemagne a été la nation phare du foot européen lors de la défunte saison avec une finale 100% teutonne en Ligue des Champions. Ce qui prouve que l'on peut obtenir d'excellents résultats, voire dominer le foot continental, tout en offrant une chance aux joueurs locaux.

Petit détour par l'Espagne et la France où, comme en Bundesliga , une écrasante majorité d'équipes (entre 85% en Ligue 1 et 90% en Liga ) ont fait confiance à un joueur ou plus de la même nationalité qu'elles.

Cette confiance accordée aux "nationaux" a des répercussions positives sur les équipes nationales. Certes, la Roja semble être en fin de cycle après une domination outrageuse sur le foot mondial durant 5 ans. Toutefois, sa petite sœur, la Rojita , vient d'être sacrée championne d'Europe des -21 ans . De son côté, si l'équipe de France fait surtout grincer des dents avec ses joueurs imbus d'eux-mêmes et injurieux (n'est-ce pas, Samir Nasri ?), les U20 , récents vainqueurs de la Coupe du Monde, pourraient redonner des couleurs à un football bleu délavé.



Des Lions bien domptables


A contrario, en Angleterre, les drapeaux sont en berne. Les Three Lions ne rugissent plus. Pis, ils sont bien partis pour se contenter des barrages pour le Mondial 2014. En effet, la formation de Roy Hogdson a deux points de retard sur le... Monténégro (!). Or, les Anglais reçoivent leurs principaux rivaux dans le groupe H, quelques semaines après une déplacement périlleux en Ukraine. Bref, la qualification pour la Coupe du Monde est loin d'être dans la poche.

En outre, la moyenne d'âge de l'équipe excède les 27 ans. Les piliers de la nation, que sont Ashley Cole (32 ans) et Joleon Lescott (30 ans) en défense, Frank Lampard (35 ans), Michael Carrick (31 ans) et Steven Gerrard (33 ans) au milieu, sans oublier Jermaine Defoe (30 ans) en attaque jouent, sans doute, leurs derniers matches internationaux.

Or, les prochains caïds manquent encore de planches pour pouvoir prétendre à un titre mondial. Parmi le noyau actuel, seuls James Milner (27 ans et 369 matches au compteur, dont 49 européens), Wayne Rooney (27 ans, 452 matches dont 79 en Coupe d'Europe) et Glen Johnson (28 ans, 295 matches dont 44 en EL et CL ) font figure de "vieux briscards" . Malgré leur talent, Jack Wilshere, Danny Welbeck, Theo Walcott voire Jack Rodwell semblent encore un peu trop tendres pour le top absolu.




Des équipes d'âge en perdition

Et on doute que les plus jeunes soient prêts à reprendre le flambeau. En Turquie, les U20 se sont ridiculisés, en terminant bons derniers de leur groupe, derrière l'Egypte, le Chili et le très surprenant Irak. Dans la catégorie au-dessus, les young boys n'ont guère fait mieux, en étant sortis dès la phase de groupe à l'Euro en Israël. Pas étonnant quand on découvre la pauvreté du vivier dans lequel les sélectionneurs doivent puiser pour former leur groupe.

Parmi les internationaux juniors anglais, seuls 2 ont plus de 50 matches de D1 au compteur: Jordan Henderson (Liverpool) et Jonjo Shelvey (Swansea). Les autres doivent se contenter de prêts dans les divisions inférieures, leur propriétaire (parfois prestigieux) ne daignant pas leur accorder une chance.

A titre de comparaison, la Rojita compte dans ses rangs 9 jeunes gens titulaires dans un club de l'élite, dont Isco, Iker Muniain, David De Gea, Alcantara, des stars internationales, et Asier Illaramendi, récemment transféré pour 39 millions d'euros au Real Madrid.

Les Bleuets ne sont pas en reste, avec des joueurs comme Paul Pogba (Juventus), Lucas Digne (PSG), Clément Grenier (Lyon), Raphaël Varane (Real Madrid) et Eliaquim Mangala (Porto) dans le noyau. Excusez du peu.

Quarante-huit ans après son seul et unique titre international, l'Angleterre n'étoffera sans doute pas son palmarès l'année prochaine. La faute à des dirigeants de club trop frileux et méfiants envers leurs propres talents ? 

Aurélie Herman