Corruption: ça sent le... roussi

Football

Yves Taildeman

Publié le

Corruption: ça sent le... roussi
© VRT
Le Trudonnaire Luc Nuyttens a été placé hier sous mandat d'arrêt

ST TROND Un peu plus de vingt ans après la mise à jour de ce qui allait devenir l'affaire Waterschei-Standard, le football belge va-t-il connaître une douloureuse nouvelle affaire de corruption? Seule certitude, hier, le dénommé Luc Nuyttens, âgé de 59 ans, a été placé sous mandat d'arrêt par un juge d'instruction de Hasselt. Un pas de plus, et pas le moindre, dans cette affaire qui, jeudi, avait donc connu un rebondissement avec l'interrogatoire de six personnes, principalement des joueurs ou ex-joueurs de Saint-Trond, ainsi que l'ancien entraîneur Jacky Mathijssen, actuellement en poste à Charleroi.

Pourquoi ce rebondissement au niveau de la justice pour un dossier qui, à l'Union Belge, était apparu dès le début du mois de mai et n'avait pas entraîné de véritable suite? Une question importante qui impose un bref retour en arrière. En fait, les premières rumeurs de corruption passive et active dont ce serait rendu coupable le Sporting de Charleroi sont dues à un... pharmacien limbourgeois! Gerrit Jacobs, c'est le nom de ce dernier, a pour habitude, chaque semaine, de défier au tennis un de ses amis, Chris Dierckx. Et, un jour, au sortir d'un match, ce dernier lui lance dans la conversation que «Charleroi ne descendra pas!». Comme supporter avoué du club de Heusden-Zolder qui, à cette époque-là, est menacé de relégation au même titre que Charleroi, le pharmacien pousse son ami à lui en dire plus. Et, effectivement, ce dernier lui confie encore qu'un certain Luc Nuyttens, figure bien connue à St Trond, une demi-heure avant le match St Trond-Charleroi, a perçu 11.000 € en cash.



27.000 €payés à Westerlo?

Pire encore, toujours à en croire Gerrit Jacob, son ami Chris Dierckx ajoute que Westerlo, lors de sa visite au Mambourg, aurait touché 27.000 € pour se laisser battre! Tous ces faits présumés, Gerrit Jacob les fait connaître par mail à Paul Bistiaux, le secrétaire de l'Antwerp, quand il entend Patrick Goots affirmer à la télévision que les joueurs de St Trond ont perçu une prime de Charleroi pour battre l'Antwerp. C'est à partir de ces présomptions que l'Union belge a mené son enquête avec le verdict que l'on sait. Un verdict évidemment contesté par les accusateurs qui se sont alors tournés vers la police fédérale, laquelle a décidé de reprendre toute l'enquête, procédant d'abord aux auditions de Gerrit Jacob et son ami Chris Dierckx pour poursuivre, jeudi, par l'interrogatoire des joueurs et de Jacky Mathyssen. À Charleroi, comme vous pouvez le lire par ailleurs, on crie, à raison peut-être, au scandale. Il faut donc espérer que l'arrestation de Luc Nuyttens, opérée hier, va servir à faire éclater la vérité, avec l'espoir que pour Charleroi il s'agisse d'une cabale montée de toutes pièces pour déstabiliser un club que sa réussite sportive actuelle pousserait à certaines jalousies. S'il ressort, par contre, des interrogatoires qui vont se poursuivre dans les prochaines heures qu'il y a bien eu corruption ou tentative de corruption de la part de personnes disant agir pour le compte du Sporting, c'est tout le football belge qui va souffrir d'une nouvelle affaire dont on se passerait bien volontiers...

"Il n'y a pas plus louche que Nuyttens"

Qui est le Trudonnaire de 59 ans qui aurait arrangé le (s) match (es) et qui a été arrêté hier?

SAINT-TROND Luc Nuyttens, un homme de 59 ans, est donc la personne principale dans l'affaire de corruption. C'est lui - homme d'affaires et grand supporter de Saint-Trond - qui aurait arrangé le match Antwerp - Saint-Trond. C'est lui que Charleroi aurait chargé de payer quelques joueurs de Saint-Trond. Il aurait fait de même avec des joueurs de Westerlo, qui ont été battus par Charleroi, mais aucun joueur de Westerlo n'a encore été interpellé. Nuyttens passe devant la chambre du conseil mardi. Ce jour-là, on devrait en savoir plus sur l'affaire Charleroi - Westerlo. Jusqu'à présent, le parquet n'a pas voulu confirmer si l'homme est passé aux aveux. «Nous l'avons arrêté pour le besoin de l'enquête», était l'unique commentaire du parquet de Hasselt, qui veut connaître l'entière vérité sur cette affaire.

Que des faillites comme homme d'affaires

Qui est Nuyttens? À Saint-Trond, hier, personne n'était surpris que c'était lui qui était impliqué dans l'affaire. Il habite dans un appartement en face de Staaien, le stade de Saint-Trond. Nuyttens a une mauvaise réputation dans le coin. «Un arrangeur comme on n'en trouve pas d'autres», dit une ancienne relation d'affaires. «Il n'y a pas plus louche que lui. Il connaît un nombre impressionnant de personnes, mais on ne peut lui faire confiance.»

Autrefois, Nuyttens avait un magasin de tapis à Saint-Trond et à Bruxelles, mais les deux commerces ont fait faillite. Puis, il a fondé le club de tennis Wimbledon à Wilderen. En 1985, le club faisait faillite et a été repris. «Depuis lors, il s'occupait de toutes sortes de choses, l'une plus louche que l'autre», explique une connaissance à Nuyttens. «Un jour, il faisait du porte-à-porte avec des pots et des casseroles, le lendemain, il s'occupait d'assurances. Les dernières années, il était surtout dans la construction.»

Ce n'est pas la première fois que Nuyttens fait parler de lui au niveau national. En 1976, il était politicien du PVV à Saint-Trond et à Anderlecht. C'est à cause de lui que les élections furent annulées et que tout le monde pouvait retourner au bureau de vote. À Staaien, il n'est pas un inconnu. Il est un des supporters les plus fidèles du club et il est connu dans le milieu du football en général. «Ça ne nous étonne pas du tout qu'il soit le protagoniste dans cette affaire», dit-on à Saint-Trond. «Il est vraiment capable de tout.»

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