Ce dimanche, il y aura déjà un an que Dominique D’Onofrio s’en est allé, bien trop tôt. Mais pas question d’un reportage larmoyant pour lui rendre hommage. On a opté pour une série de souvenirs à son image : drôle, sympa et chaleureux.


Milan Jovanovic, ex-joueur du Standard: " Profondur , profondur nous criait-il"

"J’avais une très belle relation avec Dominique. Humainement, j’aurais d’ailleurs dû mal à vous en dire plus car ça touche à l’intime. C’était un vrai ami. Son décès m’avait beaucoup touché et cela m’attriste toujours quand j’y pense. Je peux par contre vous parler de Dominique l’entraîneur. Et là, il était spécial (rires) . Durant toute ma carrière, j’ai toujours eu des coaches qui voulaient avoir la possession du ballon, construire le jeu et ce genre de choses. Dominique, lui, n’aimait pas du tout ça. Il exigeait un jeu très direct. Il détestait les passes qui ne servaient à rien. Il criait toujours : profondur , profondur (NdlR : en français dans le texte, ou presque). C’était vraiment son mot à lui. Moi, ça me convenait bien comme style de jeu. Mais bon, tous les styles me convenaient. Tu sais pourquoi, my friend ? Parce que je courais vite (rires) . Lors de ma dernière saison au Standard, on n’avait pas eu de grands résultats en championnat mais on avait fait une superbe Ligue Europa en atteignant les quarts de finale. C’est rare pour un club belge. Je ne peux encore que remercier Dominique pour l’impact qu’il a eu sur cette superbe performance."


Christine Schréder, Journaliste Voo foot: "Il a créé une expression: faire une Dominique"

"On parle encore souvent de Dominique à la rédaction de Voo Foot . Une expression est même née grâce à lui : faire une Dominique. Dès que quelqu’un fait un jeu de mot un peu pourri mais qui fait rigoler tout le monde, on dit qu’il fait une Dominique. Il adorait jouer avec les mots et les noms des joueurs. On lui prépare un hommage aussi qu’on diffusera dimanche pendant Anderlecht - Zulte Waregem et j’ai déjà retrouvé quelques perles : "Bruges va jouer très aérien avec Ryan" , "Un Gigot bien saignant aujourd’hui" … Il faisait exprès d’être un peu lourd pour nous provoquer et essayer de nous faire rigoler à l’antenne. Je l’ai souvent accompagné aux matches et j’ai remarqué qu’il faisait rire tout le monde, même Peter Maes, c’est dire (rires) ."


Luigi Pieroni, ex-joueur du Standard: "Gamin, j’avais fait la fête avec lui à Montegnée…"

"Je crois que les moments préférés de Dominique, c’était quand il était avec ses joueurs. Il était un vrai rassembleur et savait directement instaurer une atmosphère où on se sentait bien. C’était le seul entraîneur au monde à faire la bise aux joueurs. La première fois, on hallucinait tous mais ça reflétait bien son côté chaleureux. Les Flamands, qui ne sont pas du tout habitués à faire la bise à un autre homme pour dire bonjour, faisaient toujours une tête marrante la première fois que ça arrivait. Et c’était encore plus drôle à voir quand Dominique avec son mètre 60 faisait la bise à Kristof Van Hout et ses 203 centimètres (rires) . Je n’ai joué qu’une saison sous les ordres de Dominique mais je le connaissais depuis longtemps. J’allais voir tous les matches de Montegnée quand il y était l’entraîneur parce que mon frère, Fabrice, y jouait. J’étais d’ailleurs là le jour où mon frère a marqué le but qui a offert le titre à la dernière journée. Je jouais chez les jeunes du Standard à l’époque et j’avais fait la fête avec toute l’équipe, dont Dominique évidemment."


Bernard Serin, président du FC Metz: "Il a chanté du Stromae dans le micro du bus à Dakar"

"J’ai tellement de souvenirs avec Dominique. On a passé de très longues soirées à parler football ensemble. J’ai des tas d’anecdotes mais je vais en raconter une qui me laisse des regrets. On était à Dakar au Sénégal où on inaugurait un centre de formation lié au FC Metz. Le soir, on avait été invité à suivre un match. Après la rencontre, la majorité de la délégation de Metz est rentrée en bus jusqu’à l’hôtel. Un bus dont Dominique a décidé de prendre le volant à la surprise générale. Il a alors pris le micro et a chanté Formidable de Stromae durant tout le trajet. Vous imaginez aisément l’ambiance. Tout le monde rigolait. Si ça me laisse des regrets, c’est parce que j’avais regagné l’hôtel dans une voiture officielle. Quand on m’a raconté ça, j’ai râlé (rires) . Dominique a laissé un grand vide à Metz. Et pas seulement pour sa légendaire bonne humeur. Son réseau et ses compétences nous manquent également. Je parle encore souvent de lui avec Carlo Molinari, l’ancien président du club qui est aujourd’hui président d’honneur. J’ai une photo de Dominique dans mon bureau et à la maison."


Frédéric Leidgens, ex-team manager du Standard: "Il avait le respect de tous les grands joueurs"

"En tant que team manager, j’ai vécu 7 jours sur 7 pendant 8 ans avec Dominique. C’était la belle époque du Standard. J’ai d’innombrables moments extraordinaires gravés dans ma mémoire. Que ce soit aux entraînements, aux matches, en stage, dans les bureaux ou dans le privé : Dominique était le même, un gars exceptionnel. À l’époque, nous avions quelques joueurs avec un petit caractère assez sympa (sourire) : Runje, Dragutinovic, Léonard, Conceiçao, Rapaic, Negouai, Deflandre, Renard, Bisconti, Sa Pinto, Onyewu, Moreira, Jovanovic, Mbokani… Et je n’oublie pas quelques petits jeunes comme Defour, Witsel, Fellaini ou Tchité. Et bien, Dominique avait le respect de tous ces grands joueurs, sans exception. Malheureusement, et pour être honnête par respect pour sa mémoire, notre amitié s’est coupée le jour où quelques c… ont jugé utile de lui jeter des mottes de terre au visage après un match. En tant que team manager et organisateur de ce qui devait être un hommage au parcours de l’équipe, j’ai été désigné comme seul responsable. Et je l’assume. Je sais qu’il sait qu’au fond de lui et de ses proches, mon intention était uniquement de lui rendre l’hommage qu’il méritait. J’ai sa photo dans mon bureau et je pense souvent à lui et nos interminables fous rires."


Gonzague Vandooren, ex-joueur du Standard: "J’ai encore la VHS de notre pub contre les déchets"

"Quand je repense à Dominique, je nous revois au restaurant avec toute l’équipe. À intervalles réguliers, on organisait un repas pour souder les liens. Dominique mettait l’ambiance. Que ce soit avec le costume de T1 ou de T2 , il restait très proche des joueurs. Avec sa voix rocailleuse et son accent, il nous faisait marrer. On a vraiment eu des fous rires tous ensemble. Je n’avais jamais connu ça avant dans ma carrière et je ne l’ai plus jamais connu après. Et quand c’était le restaurant de fin de saison, on pouvait arroser ça et c’était encore la plus grosse ambiance (rires) . Dominique était vraiment quelqu’un d’humain. J’avais pu le remarquer lors d’un tournage qu’on avait fait ensemble. C’était la Province de Liège qui avait demandé au Standard de faire une pub contre les déchets ou un truc du genre. Je m’étais retrouvé avec Dominique et on avait passé un bon moment. J’ai d’ailleurs gardé la VHS de cette pub. Elle est chez mes parents."


Jurgen Cavens, ex-joueur du Standard: "Dominique, c’était l’anti-Vandereycken"

"J’ai connu beaucoup d’entraîneurs dans ma carrière mais Dominique est sans doute le plus fanatique que j’ai eu. Il avait une grinta incroyable et il savait la transmettre à ses joueurs. Un peu comme Eric Gerets. Si je dois comparer, Dominique, c’était l’anti-René Vandereycken en fait. Alors que Vandereycken observait beaucoup et restait distant de ses joueurs, Dominique était très impliqué dans la vie du groupe. Il faisait des blagues avec nous et on a beaucoup rigolé ensemble. C’était particulier mais c’était chouette. Avec les étrangers du vestiaire, il allait même jusqu’à évoquer la vie privée pour qu’ils se sentent le mieux possible à Liège. Dominique était vraiment chaleureux."


Henri Depireux, son ex-entraîneur: "Claesen, Lucien, Dom’ et moi en 76-77 à Bas-Oha"

"Dominique a été mon ami pendant 40 ans, 50 ans même. Je l’ai connu quand il travaillait à Herstal, dans la carrosserie d’un ancien joueur de Tilleur. Puis on a joué ensemble à Bas-Oha la saison 1976-77. J’étais joueur-entraîneur. J’étais en soutien de Roger Claesen en pointe. Lucien D’Onofrio était sur le flanc gauche et Dom’ sur le côté droit. On faisait la route de Liège ensemble à chaque fois et on rigolait bien. Ce qui m’amusait particulièrement, c’est que Lucien et Dominique étaient deux joueurs totalement différents. Lucien était doué techniquement mais peureux sur le terrain alors que Dominique allait dans tous les duels, même si le gars faisait trois têtes de plus en face. C’est aussi pour cela que Dominique était si souvent blessé quand il jouait. Cette saison où on était tous ensemble est un superbe souvenir. Dominique est venu à chacun de mes anniversaires jusqu’à sa mort. Il mettait toujours l’ambiance et il manque à beaucoup de gens. Je pense aussi à Lucien qui doit se sentir bien seul. Dominique et lui avaient déjà perdu un petit frère dans un accident de voiture."


Michou,  supportrice du RSCA et patronne d’un café:  "Les fans du RSCA lui ont offert des bières"

"Dominique D’Onofrio qui fait la fête dans mon café juste en face du stade Constant Vanden Stock : cela peut paraître incroyable mais c’est arrivé, et pas qu’une fois. Tout remonte à l’époque où il était entraîneur au Standard et qu’il était venu gagner à Anderlecht au tout début des playoffs. Le lendemain, RTL faisait une émission où des supporters des deux clubs étaient confrontés dans un débat où il y avait également différentes personnalités du foot, dont Dominique. Évidemment, il y avait plein de Standardmen mais on n’était que trois Mauves à avoir osé venir, dont moi. En nous voyant un peu penauds à l’accueil de RTL, Dominique était venu nous saluer et avait demandé à ce qu’on puisse venir dans un salon privé. Je ne l’avais jamais rencontré avant ça. Quelques années plus tard, je l’ai revu après un match de championnat qu’il avait commenté sur Voo . En quittant le stade, il était passé devant mon café et le barman avait crié pour qu’il vienne. Il n’osait pas trop entrer par peur d’embêter les clients, évidemment tous supporters d’Anderlecht. Je suis venue le chercher en le rassurant. Je savais qu’il n’y aurait pas de souci mais je n’imaginais pas à quel point il serait bien accueilli par les gens. Tout le monde a fait des photos avec lui et on lui a offert plein de bières. Il s’est vraiment bien amusé (rires) . Dominique était vraiment quelqu’un de sympa. Il n’y avait pas besoin qu’une caméra soit allumée pour qu’il soit gentil avec les gens."