Philippe Godin, psychologue du sport à l’UCL, pointe du doigt un cercle vicieux mental dont il est très difficile de sortir.

Reverra-t-on un jour Vincent Kompany en pleine possession de ses moyens ? Depuis plusieurs mois et les blessures à répétition du défenseur, la question revient souvent sur les lèvres des observateurs. Et en guise de réponse, la tendance est souvent au pessimisme.

Au-delà de l’aspect physique d’un joueur souvent décrit comme fragile, une autre question se pose : le problème n’est-il pas mental ? Philippe Godin, psychologue du sport à l’UCL, tente d’y répondre.

"Vu les moyens médicaux qui sont mis à disposition des clubs de football actuellement, je ne pense pas que le problème soit encore à 100 % physique", explique-t-il. "Parfois, un joueur veut reprendre trop tôt et rechute. Mais au vu de ces antécédents, ce n’est pas le cas de Kompany. Ici, il y a une répétition de blessure et donc, une véritable crainte que cela se reproduise encore et encore."

Ce qui influe inévitablement sur le comportement du joueur. "Quand on se retient, pour éviter de se blesser, cela crée des tensions musculaires. Soit à l’endroit de la dernière blessure, soit au niveau des membres inférieurs. Inévitablement, dans cette hypothèse, la probabilité d’une déchirure est plus élevée. Le corps se défend. Le joueur doit être conscient de cela. En fait, plus il va être prudent, plus il va accroître le risque de blessure. C’est un cercle vicieux."

Pour le briser , Philippe Godin insiste; il n’y a pas de recette miracle. Mais bien s’entourer est essentiel. "Dans des moments pareils, l’environnement médical, bien sûr, est très important. Mais il y a également tout un aspect social, relationnel et affectif qui joue. Chaque blessure est un traumatisme et l’entourage permet de le digérer et de s’en sortir le plus indemne possible."

Même quand on s’appelle Vincent Kompany.

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Les Diables croient encore en Kompany

Martinez et les Diables font bloc derrière le défenseur, une nouvelle fois forfait. "On va lui laisser le temps nécessaire".

C’est officiel : Belgique-Estonie, ce sera sans Vincent Kompany.

Son forfait mercredi, à quelques minutes du coup d’envoi du match amical, a été soudain. Mais on ne peut pas dire qu’il ait surpris, tant la répétition de blessures qu’il connaît ces derniers mois paraît sans fin.

Remplacé par Kabasele et resté avec les Diables, à Tubize, pour se soigner, Vincent Kompany vit une nouvelle période difficile de sa carrière, même si Roberto Martinez s’est voulu rassurant sur la blessure du défenseur. "Je pense que ce n’est pas bien grave. Il est gêné au niveau de l’aine", a expliqué le sélectionneur en conférence de presse, confirmant toutefois le forfait de l’ex-capitaine des Diables pour ce dimanche. "On sait tous qu’il meurt d’envie d’aider l’équipe. On l’a vu dans se manière de se comporter à l’entraînement. Il était comme un gamin. Mais pour le moment, il n’est pas encore physiquement prêt à jouer. Il va travailler dur pour revenir au top. On ne peut pas le brusquer. On doit lui laisser le temps de se rétablir complètement. Peu importe combien il faudra. Bien sûr, il était déçu de ne pas jouer face aux Pays-Bas, car c’était l’occasion idéale pour lui de rejouer, mais il a un mental d’acier. Il l’a déjà prouvé."

Thibaut Courtois , qui a passé la rencontre de mercredi sur le banc aux côtés de Kompany, en attestait: "On voyait bien que ce n’était pas facile pour lui. Il avait vraiment envie de jouer, mais il veut être à 100 %. Il a ressenti quelque chose et a préféré de ne pas prendre de risque. Avant, il prenait ces risques et cela lui a peut-être causé du tort. Désormais, il joue la sécurité."

"C’est un grand garçon; il sait ce qu’il doit faire", embrayait Laurent Ciman. "Quand il a été blessé par le passé, il est, à chaque fois, revenu plus fort. On sait que ce n’est rien de grave. Mais c’est clair que, mercredi, il était très déçu."

Reste que sur la pelouse de l’Amsterdam ArenA, les Diables ont une nouvelle fois dû composer sans Kompany. "C’est sûr qu’on perd de la qualité quand il n’est pas là", disait Courtois. "Et avec l’absence de Toby en plus, ce n’était pas évident."

Surtout pas pour Christian Kabasele, qui n’a eu que trois minutes pour se préparer et entrer directement dans son match. "Jouer sa première rencontre internationale dans ce contexte n’était vraiment pas facile pour lui, mais je pense qu’une fois le stress du début de rencontre passé, il a fait un bon match", indiquait Laurent Ciman, qui s’est mué en patron de la défense puisqu’il occupe le rôle le plus central, "celui où il faut le plus parler".

Un poste qu’il aurait de toute façon occupé si Kompany avait été apte à jouer aux Pays-Bas. "Kabasele a simplement remplacé Vincent poste pour poste. C’était prévu que je joue dans le rôle le plus axial. C’est dommage d’avoir perdu Vincent, mais les joueurs qui font partie de la sélection sont là pour le remplacer."

Comme ils en ont pris l’habitude...

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Aimé Anthuenis : "Il doit trouver les raisons"

Aimé Anthuenis, qui a été le premier sélectionneur de Kompany chez les Diables, n’ose imaginer ce que ressent le défenseur en ce moment.

"Il aime jouer au football plus que tout et cela doit être très dur à vivre. Je suis certain qu’il doit se sentir coupable lors de chaque défaite de son équipe", explique l’ancien coach. "Mais pour lui, le plus important est à présent de trouver les raisons de la situation actuelle. Et une fois qu’il pourra enchaîner plusieurs matches sans ressentir de crainte ni de douleur, il sera relancé. Cela reste un excellent défenseur qui, au top de sa forme, fait partie du gratin mondial. Et si la Belgique veut aller loin au Mondial, elle aura bien besoin d’un Kompany au sommet."

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Un psy chez les Diables… en mars

Lorsqu’un épisode comme celui qu’est en train de vivre Vincent Kompany se produit, l’utilité d’un psychologue du sport au sein de la structure des Diables Rouges est parfois avancée. Et bien ce sera le cas dès le mois de mars. Jeff Brouwers, qui a travaillé avec les Red Lions ou encore le Team Belgium, actuellement en stage à Lanzarote, rejoindra l’équipe de Roberto Martinez au printemps. Il n’avait pas intégré le staff dès le mois de septembre dernier afin de ne pas brusquer les joueurs mais sera bien présent lors du prochain rassemblement en 2017.