Il y a douze ans, les Écossais se dressaient déjà devant les Diables, obstacle périlleux à franchir pour composter son ticket pour un Mondial au bout du monde. Sur la route de la Coupe du Monde asiatique, le déplacement à Hampden Park était survenu bien plus tôt dans la campagne, puisque la Belgique n'avait disputé que trois matches - avec un sept sur neuf à la clé -, les Écossais à peine deux (quatre sur six).

Un cauchemar de trente minutes

Gonflés à bloc par leur plantureux succès 10-1 face à la très modeste formation de Saint-Marin un mois plus tôt, les Diables vont rapidement perdre pied dans l'ex-plus grand stade du monde. Le Flower of Scotland repris en choeur par les 37.000 Écossais nous donne les premiers frissons et une fois le coup d'envoi donné, Billy Dodds prend le relais. Il faut à peine une minute à l'attaquant des Rangers pour couper la trajectoire d'un centre de Burley et ouvrir le score. 

Difficile de faire pire? Et pourtant, le scénario catastrophe continue de s'écrire peu avant la demi-heure. Coup de coin pour l'Écosse, coup de casque de la crinière blonde de Colin Hendry, et coup du sort: Au poteau, Éric Deflandre touche le ballon du bras. Il se protège, dira-t-il. L'arbitre danois n'en a cure: il désigne le point de penalty avant d'aller à la poche pour brandir un carton aussi rouge que le maillot belge au défenseur lyonnais. Dodds canonne dans le plafond. Une demi-heure de jeu, 2-0, et les Diables sont à dix dans un match qu'ils ne peuvent pas perdre.

Wilmots relance les Diables

Au retour des vestiaires, Robert Waseige lance le double mètre de Bob Peeters dans la bagarre. Il faut dire que Marc Hendrikx n'était pas spécialement occupé à faire le match de sa vie.

Un sauvetage merveilleux signé De Vlieger plus tard, le grand Bob est à la réception d'une balle aussi longue que précise de ce Diable de Walter Baseggio. Peeters gagne son duel de géants avec Colin Hendry, et centre vers Marc Wilmots qui reprend victorieusement de la tête. Comme Roque Junior n'est pas dans les parages et qu'on n'est pas encore en train de faire trembler le Brésil, l'arbitre n'a aucune raison d'annuler le but de Willy. C'est 2-1, et la Belgique se remet à y croire.

Van Buyten, le bon timing

Les Diables poussent, et s'exposent aux contres locaux: Dheedene réussit un retour en catastrophe pour sauver la balle de match. Entre temps, Robert Waseige a fait monter Sven Vermant et, surtout, Daniel Van Buyten. Big Dan, c'est lui qui l'a lancé dans le grand bain de la D1 au Mambourg. C'est aussi lui qui l'a amené chez les Diables. Et ce 24 mars 2001, Daniel a décidé de lui dire merci.

On joue la 90e minute. Et cette phase, tous les Belges qui étaient devant leur écran ce jour-là s'en souviennent. Sven Vermant centre depuis la gauche. Daniel Van Buyten, qui traine dans le rectangle, saute aussi haut que Tia Hellebaut dans le nid d'oiseau de Pékin, et maltraite le cuir d'un coup de casque ravageur. C'est deux partout et avec les joueurs, c'est tout le pays qui se congratule pour ce qui reste sans doute le plus beau match nul du millénaire.

Dans les mois qui suivent, les Diables s'heurteront à l'écueil croate, avant de s'offrir la République Tchèque et un ticket pour Tokyo en barrages. Il y a douze ans, le retour d'Écosse rimait avec sourire radieux et Mondial à portée de main. Bis repetita ?