Diables Rouges L’espace d’un match, on a enfilé la tenue du gardien hongrois. Surprise : ça marche !

Quel est le secret de cette équipe hongroise dont la valeur marchande totale ne vaut même pas la moitié d’Eden Hazard mais qui a fini en tête de son groupe et ne semble pas vraiment avoir peur de nos Diables ? Et si la réponse venait d’un gardien de but né un 1er avril, âgé de 40 ans, évoluant dans un club avec beaucoup trop de lettres (Szombathelyi Haladás) et possédant la dégaine la plus folle de la planète foot ? Et si tout s’expliquait par l’improbable pantalon de pyjama de Gabor Kiraly ?

Pour en avoir le cœur net, on a pris la direction d’un grand magasin de sport de la banlieue de Bordeaux pour dégoter ce bout de tissu peut-être magique. C’est dans le rayon fitness qu’on a trouvé notre bonheur : un affreux pantalon gris sans forme à 19,99€ et pris une taille au-dessus, comme Kiraly le fait chaque fois "pour se sentir encore plus à l’aise sur le terrain".

Le terrain le plus proche de notre hôtel, c’est une agora aménagée pour les jeunes en face de la mairie de Saint-Aubin-de-Médoc. Pas de bol : deux jeunes ados occupent déjà le synthétique. En nous voyant débarquer avec notre maillot jaune fluo sorti tout droit des années nonante et, surtout, notre fameux pantalon gris, ils se marrent. "On dirait le gardien bulgare !"

Bon, Kiraly est hongrois mais l’effet est réussi. On va pouvoir tester comme il faut l’accoutrement de notre futur adversaire.

Histoire de se rapprocher encore plus du quotidien de ce gardien qui transpire toujours beaucoup plus que les autres, on commencera le petit match dans le jeu. Cinq minutes suffisent pour suer à grosses gouttes. Il fait incroyablement chaud dans cette tenue alors que la température flirte à peine avec les vingt degrés.

Cinq autres minutes de jeu et on pousse la ressemblance avec Kiraly à son paroxysme : les traces de transpiration foncent par endroits notre pantalon gris, rendant l’ensemble encore plus moche. Face aux gamins habillés avec les maillots dernier cri du Barça et de l’AC Milan, on a honte et on regrette déjà d’avoir embarqué un photographe dans le coup.

Nous voilà entre les perches. Notre expérience à ce poste est aussi grande que celle d’Eric Deflandre. Comme lui, on a parfois dépanné mais, bien entendu, pas à l’Euro 2000 comme l’actuel adjoint du Standard l’avait fait contre la Turquie en fin de match. Face à la technique et l’agilité de nos deux ados bordelais, on craignait de plutôt se mettre dans la peau du portier de Saint-Marin.

Surprise : les arrêts se multiplient, souvent avec beaucoup de réussite. L’effet pyjama ? On commence à le croire, surtout quand un ballon qui filait entre nos jambes était miraculeusement dévié par un bout de notre pantalon. Le pyjama s’alourdit de plus en plus avec la sueur mais la confiance compense. Le but est devenu notre maison et on s’y promène en jogging.

Le match se termine sur une victoire belge. Ou hongroise, on ne sait plus. L’essentiel est ailleurs : le test du pantalon est réussi. Plus les minutes passent, plus on se sent à l’aise dedans. On se demande juste ce qu’il se passe quand la pluie tombe. Vendredi, il faisait sec et on ne le saura donc pas mais on comprend maintenant mieux cette habitude du bon vieux Gabor. On trouvera même une place pour ce pantalon dans notre garde-robe en Belgique. Et on le ressortira certainement. Mais juste un jour de grand froid pour aller dormir.