C'était quatre jours avant d'éliminer le Brésil en quart de finale de Coupe du monde. Et c'était aussi le plus mauvais match des Diables en Russie. Pourtant, ce fut peut-être la rencontre la plus marquante de l'épopée russe. Et puisque ça fait toujours du bien, on vous propose de se la remémorer ensemble...

Ce jour-là, ils ont jeté les bases de leur titre de champion du monde des émotions. En ce lundi soir décidément pas comme les autres, Roberto Martinez et ses onze titulaires ont d'abord fait pleurer la Belgique... de tristesse. Mais quand notre sélectionneur, stoïque en apparence, faisait germer l'idée d'inviter deux hommes de plus à la fête, il s'apprêtait à offrir sur un plateau des tremblements de terre de bonheur à notre petit pays. Certains avaient peut-être déjà éteint leur télévision, d'autres ne l'avaient peut-être même pas allumée. Mais tous s'en souviennent. Il faut dire que les images ont tourné en boucle pendant quelques semaines.

Ce huitième de finale contre le Japon était plein de certitudes. La première concernait le onze de base de l'équipe. Mise à part l'entrée en lice de Kompany dans la peau d'un titulaire, au détriment de Boyata, Roberto Martinez reconduirait le onze qui avait planté huit buts face au Panama et à la Tunisie. Ce qui débouchait sur une autre certitude: vu que les Nippons n'avaient impressionné personne en phase de groupes, le ticket pour un quart de finale de prestige face au Brésil était forcément dans la poche.

Il y eut alors une première mi-temps mitigée bien que dominée. Avant deux catastrophes: la première, c'est cette absence de Jan Vertonghen qui envoyait Haraguchi inscrire un but qu'il ne marquerait qu'une fois sur cinq, peut-être dix tentatives. Sa feuille de statistiques personnelle n'indique d'ailleurs que trois buts un an plus tard. Tous marqués pour son équipe nationale. Quatre minutes plus tard, Inui (et c'était le cas de le dire, n'est-ce pas Rodrigo ?) doublait la mise et assommait la bande d'Eden Hazard, qui venait de frapper sur le poteau. A l'instar d'Haraguchi, Inui peut sans doute tenter dix ou vingt fois cette frappe lointaine avant de réussir à tromper une nouvelle fois Courtois. Le garçon fait d'ailleurs pire que son équipier avec seulement deux buts à son compteur un an plus tard.

Treize minutes de néant allaient suivre. 780 secondes à ruminer cette élimination sans gloire qui rappelait tant celle subie deux ans et un jour auparavant, face au pays de Galles. Pendant ce temps, un homme gardait la tête froide. Et alors qu'onze millions de sélectionneurs s'indignaient de ne pas voir Roberto Martinez réagir, l'Espagnol préparait un changement radical. Car en faisant monter Chadli et Fellaini aux places de Carrasco et Mertens, Senor Martinez devenait Mister Martinez pour renier ses origines et renouer avec le football qu'il connait si bien. Bien sûr, tout cela aurait été vain sans un coup de casque aussi improbable que chanceux de Jan Vertonghen. Un coup du sort qui relançait les Diables au marquoir et qui, surtout, donnait l'impression à tout un pays que plus rien ne pouvait l'empêcher de renverser ce Japon.

Kawashima voyait alors sa défense se rapprocher plus que jamais de sa cage et les Diables pouvaient encore plus naturellement chercher la solution par les airs. Quand Eden Hazard récupère un deuxième ballon sur corner à la 74e, il ne lui vient même plus à l'idée de se frayer un chemin parmi les maillots bleus. Tout au plus, il s'autorise un crochet avant de balancer un centre du gauche sur le front de Marouane Fellaini, sauveur de la nation pour la deuxième fois en Coupe du monde. 2-2, seize minutes à jouer.

Pour autant, la Belgique ne tombe pas dans le panneau d'une nouvelle certitude foireuse. Il faut dire que le Japon continue à lancer des assauts, repoussés par Courtois. Ce qui maintient tout le monde en alerte. Le miracle se produit alors. Le Japon l'a chronométré avant d'en faire un documentaire: quatorze secondes. Il n'en dure en fait que dix, ou onze tout au plus, ce qui explique peut-être le temps de retard de toute la défense. Une chose est certaine, la Belgique s'est sortie d'un piège qui semblait encore insurmontable vingt minutes plus tôt sans jouer de prolongations et sans perdre le moindre joueur pour suspension. Un miracle.

Aujourd'hui encore, bien malin est celui qui peut dire quel fut le plus grand coup de génie de cette contre-attaque parfaite. La remontée de balle de De Bruyne, suivie d'une passe parfaitement calibrée pour Meunier ? La course de ce même Meunier, pourtant présent sur le terrain depuis 90 minutes, et ce centre parfait en un temps ? La feinte de Lukaku, qui "sait que ce n'est pas son jour", comme il l'avouera, et qui préfère ne pas toucher le ballon pour valider le double décalage dans son dos ? Ou ce sprint sensationnel de Chadli qui a remonté le terrain (presque) aussi vite que la balle ?

A ce moment-là, seule l'euphorie importe. Chacun se souviendra à jamais de la façon dont il a fêté ce but. Un but de gala. Un air de Gala. Un quart de finale de gala.