En France, ils étaient nombreux à s'étonner du manque de considération dont pouvait faire preuve Leekens envers Eden Hazard durant la campagne de qualification pour l'Euro 2012. Aujourd'hui, c'est au tour de l'Italie de s'esclaffer devant les statistiques faméliques chez les Diables d'une des stars du Calcio: Radja Nainggolan. Il faut dire que ses quatre capes ne lui ont valu que 70 petites minutes de jeu avec la liquette noire-jaune-rouge (16 contre le Chili lors de la Kirin Cup 2009, 12 contre la Roumanie lors d'un match amical en novembre 2011, 8 contre la Grèce en février 2012 et 32 contre la Slovaquie, il y a un an).

Adulé à Rome, méconnu en Belgique

Pourtant, celui qui n'a jamais figuré sur la feuille de match d'une rencontre officielle avec les Diables rouges est en train de devenir une véritable star dans la ville éternelle. Déjà excellent avec Cagliari, notre compatriote prend une nouvelle dimension à l'AS Rome où Rudi Garcia lui porte autant de considération qu'à Pjanic, De Rossi ou Strootman. Complémentaires et tous polyvalents, les quatre hommes se relayent au sein du trident de l’entre-jeu du 4-3-3 de l'entraîneur français. Un entre-jeu où "ninja" semble être devenu le chouchou du public local.

Si les maillots floqués à son nom sont ceux qui occupent le plus de place dans les différentes boutiques de la Roma, après (bien sûr) ceux estampillés "Totti", ce n'est pas pour rien. Pas plus tard que samedi dernier, lors de la réception de l'Inter Milan (0-0), le médian belge a démontré toutes ses qualités de leader et de moteur d'une équipe. Il a ainsi couvert les manquements en de Gervinho en reconversion défensive et a surtout épaulé son back droit Torosidis lorsque celui-ci ne savait que faire de la gonfle. Plus qu'un bouche-trous, Nainggolan a également remonté de nombreux ballons et distillé transversales sur transversales, avec une certaine réussite, pour tenter d'étirer le (trop célèbre) bloc défensif de l'Inter Milan. Bref, un vrai numéro 8, disponible pour ses partenaires et capable de couvrir une douzaine de kilomètres sur la rencontre bien qu'il ait montré quelques limites physiques durant les dix dernières minutes, après un énorme abattage. Rien de bien neuf en soi si ce n'est que le joueur enchaîne désormais des prestations de très haut niveau dans un club du top, où les supporters l'ont adopté en un temps record.

Quelle place chez les Diables ?

Nul doute que c'est justement à ce poste de numéro 8 que Nainggolan sera utilisé par Marc Wilmots contre la Côte d'Ivoire. Avec Axel Witsel dans son dos et un élément plus offensif (De Bruyne, Chadli voire Dembélé ou Fellaini) à ses côtés ? Ce serait la meilleure des configurations pour tester Radja dans le système habituel, où il prendrait donc, poste pour poste, la place de Steven Defour, blessé. Faut-il en déduire que l'ex-standarman est menacé en vue du mondial ? Ou pourrait-il devenir la doublure de Witsel en n°6, à la place de Simons ? Il est trop tôt pour en juger mais une chose est certaine, la qualité de la prestation de Nainggolan ce mercredi soir sera déterminante. Si Wilmots assure qu'il ne jugera pas Vanden Borre sur une mi-temps, ce qui est logique puisque l'Anderlechtois a un passé chez les Diables et que ses playoffs donneront des indications sérieuses à quelques semaines du mondial, la donne est sans doute différente dans l’entre-jeu où les situations de Defour, Simons et Nainggolan ne devraient guère évoluer durant les prochains mois. Sauf blessure, évidemment.

Il s'agira donc pour ninja de frapper Wilmots. Car une grosse prestation augmenterait le soutien de la vox populi et sèmerait un peu plus le doute dans l'esprit d'un Wilmots qui tend clairement à se montrer conservateur vis-à-vis du noyau qui a qualifié les Diables pour ce mondial. Peut-on lui en vouloir ? Certainement pas, les joueurs de grand talent délaissés des (grandes) sélections sont nombreux, généralement au nom du collectif et du bien-être du groupe. N'en déplaise à Nainggolan qui, en réussissant un transfert audacieux à la Roma, n'a fait qu'un tiers du chemin vers Rio. Le second tiers se résumera probablement en une soixantaine de minutes de jeu ce mercredi et le reste sera fait d'impondérables (blessures, méformes, etc.).

(Nicolas Christiaens)