Diana Ciman explique pourquoi sa fille autiste devait quitter la Belgique pour le Canada.

Lors d’une interview qu’elle nous avait accordée juste avant le début de la Coupe du Monde au Brésil, Diana, la femme de Laurent Ciman, nous avait expliqué que la situation de leur fille, Nina, jouait un rôle capital dans la carrière de son mari.

"Nina a un retard de développement sévère", expliquait Diana. "Si elle paraît harmonieuse aujourd’hui, c’est parce qu’on est tous les jours derrière elle depuis trois ans, avec un coût de 4.000 euros par mois. Ce serait impossible de bouger d’ici. On ne peut pas lui enlever tout ce qu’on a mis en place. Elle n’aurait plus de repères. Il faudrait emporter l’école, les thérapeutes, la logopède, etc."

Pourtant, aujourdhui , la famille s’apprête à quitter Farciennes pour rejoindre Montréal. Pourquoi ?

"La structure à laquelle on était tant attaché s’est effondrée le jour où on s’est rendu compte que la personne qu’on avait engagée pour encadrer Nina avait abusé de notre confiance, de notre détresse", explique Diana. "Elle n’avait pas les diplômes et l’expérience qu’elle prétendait avoir. On s’en est séparé et on s’est retrouvé sans rien. En Belgique, rien n’a été mis en place pour encadrer les enfants autistes. Pas d’infrastructures, pas de formation, pas de subsides. Quand on s’est renseigné sur les troubles de notre fille, on s’est rendu compte que toutes les méthodes, tous les livres… venaient du Canada. Là-bas, ils ont cinquante ans d’avance : le sujet est connu, traité et considéré. Et quand je dis sujet, je pense à l’autisme mais aussi à l’humain."

En Belgique, la perception se limite souvent aux stéréotypes.

"Les personnes autistes sont vues comme des personnes attardées ou hyper intelligentes, renfermées sur elles-mêmes, qui s’automutilent, etc. En réalité, on est évidemment loin de tout cela. Mais leurs codes ne sont pas les mêmes que les nôtres. Pour les aider, il faut leur donner les moyens de les comprendre. C’est ce qu’ils font au Canada. Là-bas, on leur offre l’intégration, l’autonomie. On sait qu’on ne va pas tout régler d’un coup de baguette magique. Mais tout sera mis en place pour aider notre fille."

Les Ciman espèrent que leur histoire servira les autres familles en difficultés.

"Quand on a un enfant autiste, c’est toute la famille qui est touchée. Laurent et moi formons un couple solide, mais plusieurs mamans se retrouvent seules. Certaines se prostituent pour payer les soins indispensables à leurs enfants ! C’est cela, la réalité. Je sais qu’il y a pas mal d’hommes politiques supporters au Standard. J’espère que cela va les faire bouger de voir partir leur Laurent Ciman. Il n’avait pas prévu de quitter le Standard, mais il le fait parce qu’en Belgique, sa fille n’a pas d’avenir. J’espère que le message sera entendu, il est temps que cela change. En Belgique, un enfant sur 68 naît autiste. Et il y a des prédispositions génétiques avec induction environnementale donc il faut prendre le problème à bras-le-corps. Si on s’y prend tôt, ces personnes ne seront pas à charge de la société plus tard. Tout le monde y gagne."