L'ex-entraîneur du Standard s'exprime pour la première fois depuis son licenciement.

Aleksandar Jankovic était l'invité du Grand Débrief ! Aux côtés de Benoît Delhauteur, Jonathan Lange, notre consultant Thomas Chatelle et Vincenzo Ciuro (Proximus 11), le coach serbe est revenu sur sa saison au Standard, marquée par les mauvais résultats, les soucis internes et les relations tendues entre l'équipe et les supporters. Quelques semaines après son licenciement, l'entraîneur s'est exprimé pour la première fois.

Son licenciement: "Je n'ai pas été surpris. On a discuté et trouvé un accord avec le club. On a senti qu'il fallait faire quelque chose, prendre ses responsabilités. J'ai moi aussi initié la discussion. La situation était lourde, car le Standard enchaînait les défaites. Le stress s'est installé dans l'équipe. Dans ce monde de passants, le coach est le premier à partir. C'est comme ça. Le match contre l'Union n'a rien à voir. C'était avant. J'avais un contact quotidien avec la direction, dont Olivier Renard avec qui je m'entends bien. J'ai eu un déclic, une situation qui m'a fait comprendre qu'il fallait faire quelque chose, avant le match contre l'Union. Il fallait faire quelque chose pour soulager le groupe et l'équipe et trouver une solution pour qu'elle progresse."


Les changements: "Je suis un guerrier et j'essaye de trouver la bonne formule. J'ai changé le système, le gardien, le capitaine, tenté de trouver un équilibre sur et en dehors du terrain... Je suis passé à un système à trois défenseurs, c'était quelque chose de prévu, mais on avait pas de solution de rechange pour Scholz. Quand on commence avec Scholz-Laifis-Kosanovic, sans remplaçant, c'est difficile, car si Scholz ne joue pas, c'est tout le système qui saute. On n'a pas pu le faire. Mais ce n'est pas uniquement le fait de changer les joueurs, mais de trouver un équilibre, ce qui a été difficile à faire, surtout au milieu."


REVIVRE LE GRAND DEBRIEF


Lâché par le vestiaire ? "Ce n'est pas du tout un vestiaire difficile à gérer. On a trente-deux joueurs tous les jours, cela signifie que les deux tiers ne joueront pas. Cela fait baisser le niveau de concentration, y compris à l'entraînement. Cela vous force à couper le groupe pour protéger le groupe de compétition. Cela divise l'équipe quelque part. Mais les joueurs restent dans le même vestiaire. Ce n'est pas si compliqué. Normalement, on a les postes doublés plus deux, trois jeunes, soit vingt-cinq, vingt-six joueurs. C'est l'équilibre naturel. J'ai débarqué au mois de septembre avec un noyau déjà là. J'espère que la direction va réagir au mois de juin pour restreindre le noyau. Cela va augmenter le niveau de concentration. (...) Je n'ai pas écouté quelqu'un en particulier, même si je communiquais avec mon staff. Je prenais les décisions. Je suis dans le métier depuis longtemps, je n'ai aucun problème pour gérer un vestiaire. S'il faut dire ce que l'on pense, je le fais, sans chercher à plaire. Ceux qui ne jouent pas ne m'aiment peut-être pas, c'est normal. Mais il y a des choses plus importantes que ça. Le plus important, c'est le respect et lien entre les joueurs. Je suis là pour créer ce lien."


Le mercato: "J'avais des idées bien précises. Le mercato a été un point important, mais je suis arrivé en cours de route. Je ne demande jamais des noms, mais des profils, sauf à une reprise. Je voulais Jordi Vanlerberghe, que j'ai eu à Malines. Mes deux priorités, c'était un grand 6 contrôleur et un défenseur central droitier, qui pourrait jouer dans un système à trois. On voulait des joueurs de taille, car on en manquait, notamment au niveau défensif."

Les relations avec la direction: "Je suis focalisé sur l'équipe. Est-ce Daniel Van Buyten ou Olivier Renard qui a fait venir tel ou tel joueur ? Cela ne m'intéresse pas du tout. C'est l'affaire du club. Je ne rentre pas dans ces histoires d'agents. On parle juste de profils. Bien sûr, cette instabilité se ressent dans le vestiaire. La réalité, c'est que cette saison, Bob Claes, Yannick Ferrera et ses deux adjoints, Erik Roex, le préparateur physique, Van Buyten et moi sommes partis. Cela fait sept personnes avant la fin de la saison. On va encore changer le coach l'an prochain, celui des U21. Les joueurs ressentent cela. Je le sens aussi. Cela vaudrait pour n'importe quelle équipe."

Le président Venanzi: "A-t-il la carrure pour le Standard ? Ce n'est certainement pas à moi de juger. J'ai eu un bon contact avec lui et je le respecte. C'est un passionné. De foot, et pour le Standard. On cherche toujours à individualiser la responsabilité. Je n'aime pas ça. On est tous des passants. Mais il faut soutenir à 100% ceux qui sont en place: Venanzi, Renard. Profiter d'un moment de faiblesse pour attaquer quelqu'un, c'est bon pour tourner en rond. Je lui souhaite de bons résultats. Je suis sûr que le club les atteindra."

© Printscreen Proximus 11

La communication: "En interne, je disais tout à mes joueurs. J'étais parfois dur. Après, je n'ai pas forcément envie que le monde extérieur décode ce qu'il se passe. Si je ne gagne pas, que dire ? Que je ne dors pas de la nuit ? Mon père est journaliste, donc j'ai beaucoup de respect pour le métier. Je reste toujours correct dans la communication. Mais je dis ce que j'ai à dire dans le vestiaire."

Les moments-clés: "Le match contre Charleroi, c'était un moment important. Comme d'autres l'ont été. Au niveau footballistique, il y a eu quelques matches clés. Le match à domicile contre Anderlecht en est un. C'était mauvais des deux côtés, mais on finit par perdre sur une phase arrêtée. Lokeren et Saint-Trond, avant la trêve, on doit prendre un 6/6 et ne prend que deux points. Le match à la maison contre Westerlo a été très important mentalement. Pour moi et pour le groupe. C'était la dernière victoire à domicile jusqu'au succès contre l'Union. Il y a également eu des événements extra-sportifs: les ennuis administratifs de Scholz, la suspension de Darwin Andrade une heure avant le match à Vigo, les incidents à Charleroi, alors qu'on était dans une bonne dynamique. Après, c'est trop facile de pointer les supporters ou autre pour justifier ce qu'il s'est passé. C'est un tout. Il n'y avait pas de cette stabilité qui était nécessaire."

© Belga

Les erreurs: "Le football, ce n'est pas qu'une question d'erreurs, mais de corrections. Tout le monde en fait. Je n'ai pas de regret. Le timing était un peu malheureux pour Malines, car on débutait notre troisième saison, qui se passait plutôt bien. Ce n'était pas la première fois que j'avais la possibilité de signer au Standard. Je me sentais prêt. J'étais séduit par le projet du trio Venanzi-Renard-Van Buyten. La clause libératoire avait été activée par Malines et payée par le Standard. Ce qui prouvait que les Rouches me voulaient. Donc, pas de regret. On a vu au départ de Daniel en janvier que le projet avait des difficultés à se mettre en place."

Les soucis offensifs: "Je n'ai jamais eu de soucis avec Orlando Sa. Je l'ai mis une fois sur le banc à cause d'une erreur et il le sait. Ce n'est pas contre lui, il est très bien. C'est un buteur. Il a d'ailleurs rejoué après. Et marqué. Quant à Ishak Belfodil, il n'y avait aucun souci non plus. Quand on commence à parler d'un transfert à dix millions d'euros, la question n'est pas tant de savoir comment lui va gérer la situation, mais plutôt son entourage, dont ces gens qui vont prendre beaucoup d'argent grâce à cela. Il arrive de nulle part et pèse directement sur le jeu, est décisif. Everton frappait à sa porte, c'était le flou pour tout le monde et il a continué à travailler comme un fou. Il a été exemplaire pour les jeunes. C'était important de le voir s'entraîner comme ça. Après ce transfert avorté, il fallait se remotiver, c'est difficile, mais il y est arrivé."