Le choc de cette 9e journée championnat propose une affiche particulière entre deux clubs en crise. D'un côté, Anderlecht qui avance sans coach... et sans fond de jeu. De l'autre, le Standard, qui ne parvient pas à soigner les mêmes maux qui le minent depuis trois mois.


Anderlecht : instabilité, erreurs et moral en berne

Le Sporting d’Anderlecht est actuellement dans une situation très délicate.

Anderlecht septième. Anderlecht ridicule en Europe. La situation n’est pas rose au Sporting, loin de là. Le champion en titre vit une période de crise à de nombreux niveaux.

Instabilité partout

Un coach champion hué par le public, c’était déjà frappant pour Anderlecht. Le voir démissionner après en avoir ras-le-bol de l’ambiance délétère au RSCA en a choqué plus d’un. Le mécontentement des supporters n’a pas fait que des heureux à Anderlecht, mais c’est, surtout, en interne qu’il y a des soucis. René Weiler n’a pas supporté de se voir imposer certains joueurs et certains choix. Preuve du micmac qu’est actuellement Anderlecht. Herman Van Holsbeeck, déclarant qu’il soutient Nicolas Frutos, puis sautant sur l’opportunité de voir signer Hein Vanhaezebrouck, a ajouté un nouveau flou quant à la direction que suit le club. La nomination de l’ancien T1 gantois pour trois ans pourrait envoyer un signal fort sur le long terme.

Fond de jeu absent

Depuis plus d’un an, Anderlecht ne joue plus un football dominant. Les deux dernières rencontres l’ont prouvé : Anderlecht n’a pas touché le cuir face au Celtic Galsgow et a été dominé par Waasland-Beveren. Le style de René Weiler a laissé une trace qui se ressent maintenant : les joueurs n’arrivent pas à se trouver et à construire le jeu. Les manquements tactiques en possession de balle sont criants. L’entrejeu en est la meilleure preuve. Aucun des duos et des trios, aussi talentueux soient les médians alignés, n’arrive à créer le jeu.

Erreurs sur le terrain

Les erreurs individuelles étaient absentes ou presque des rencontres du RSCA la saison dernière. Cette année, elles s’accumulent au fil des rencontres. Face au Celtic Glasgow, les deux premiers buts sont des erreurs individuelles de joueurs. Celles de la défense sont les plus communément pointées, mais les créatifs et les attaquants ont des soucis de justesse.

Joueurs en méforme

Ivan Obradovic ? Méconnaissable. Leander Dendoncker ? Il revient seulement à niveau. Dennis Appiah ? Transparent ! Sofiane Hanni ? Imprécis. Lukasz Teodorczyk ? Muet. Les individualités du Sporting ne tournent plus à plein régime. Ceux qui faisaient la pluie et le beau temps au Sporting n’arrivent plus à atteindre le niveau de jeu qu’ils connaissaient l’an passé.

Manque de chance

À la décharge des Mauves et du staff, ils ont souffert de nombreuses blessures qui les ont empêchés d’aligner une équipe type. Plusieurs matches ont, par exemple, été joués sans pouvoir mettre sur le terrain des latéraux de formation.

État d’esprit

L’esprit de groupe formé par René Weiler s’est effrité. Là où le mental et le groupe étaient la force de cette équipe, elle semble avoir baissé les bras. Le manque de révolte face au Celtic Glasgow a été pointé du doigt par de nombreux analystes.


Le talent est là

Hein Vanhaezebrouck, qui devrait être confirmé sous peu, a du boulot.

Le ciel est sombre au-dessus de Neerpede, mais les nuages pourraient rapidement s’en aller. Anderlecht a même de véritables raisons de se réjouir. Tout d’abord avec celui qui va reprendre la tête de l’équipe. Hein Vanhazebrouck devrait arriver sous peu. Un soulagement.

L’ancien entraîneur de Gand va amener un vent de fraîcheur. L’ancien défenseur central possède un style qui correspond parfaitement à la maison mauve . Il mettra tout en œuvre pour retrouver les principes de football offensif que réclament les supporters du Stade Constant Vanden Stock.

Le charisme du nouveau coach et ses qualités de communicateur vont également faire du bien. L’image du club ne pourra qu’en être meilleure. Car, du talent, il y en a dans le groupe. Deux Diables Rouges, de nombreux internationaux, un ancien Soulier d’Or , voilà qui en dit long sur les qualités intrinsèques du groupe. Comme l’a expliqué Nicolas Frutos, les individualités sont d’une extrêmement qualité, mais ils doivent apprendre à jouer ensemble.

Tout pourrait s’éclairer avec l’arrivée de Hein Vanhaezebrouck. La malchance et les méformes ne seront pas éternelles. Les blessés, notamment Andy Najar, reviendront à un moment. D’autres, comme Ivan Obradovic ou Leander Dendoncker vont revenir à leur réel niveau un jour ou l’autre. Le plus tôt sera le mieux.


Standard : les mêmes soucis depuis trois mois

Ricardo Sa Pinto ne parvient pas à trouver la solution pour bien lancer le Standard.

Avant le début de cette neuvième journée de compétition, le Standard occupait la onzième place du classement. Un rang, bien entendu, indigne d’une telle formation, d’autant que l’entité liégeoise a déjà affronté plusieurs équipes de bas de tableau. Les problèmes sont donc nombreux mais, plus important encore, Ricardo Sa Pinto ne semble pas trouver la solution adéquate pour mettre son équipe sur les bons rails.

Le premier but

Depuis le début de la saison, le Standard n’est jamais parvenu à ouvrir le score, si ce n’est en Coupe de Belgique face à une formation du troisième échelon national. "Ce serait bien qu’on mette, une fois, le premier but, ce qui nous permettrait de jouer un peu plus tranquillement. Encaisser tout le temps en premier nous place dans des situations inconfortables" , dit Sébastien Pocognoli. Pour le moment, Malines, Genk, Saint-Trond, Zulte Waregem, Bruges, Eupen et Lokeren sont parvenus à ouvrir le score et imposer une pression supplémentaire à une formation déjà contrainte de jouer dans des conditions peu évidentes. Les plus optimistes se diront que le Standard a réussi, à quatre reprises, à revenir au score et même à gagner deux de ces matches (Genk, Lokeren). "Cela prouve qu’il y a du caractère dans notre noyau" , encourage le capitaine.

L’ossature

Contrairement à ses prédécesseurs, Ricardo Sa Pinto a pu compter sur l’arrivée de plusieurs éléments majeurs au tout début du mercato. Sébastien Pocognoli, Paul-José Mpoku et Uche Agbo ont rapidement été recrutés et se sont familiarisés avec les habitudes du club. Le technicien portugais ne l’a pas assez exploité car, à l’heure actuelle, il ne donne pas le sentiment d’avoir trouvé son vrai onze de base. Il a modifié la composition de sa défense centrale (Christian Luyindama à la place d’Alexander Scholz) et a beaucoup de mal à trouver la bonne alchimie en zone offensive. Le Standard aurait bien besoin d’aligner la même formation pendant, au moins, un mois pour créer un maximum d’automatismes et, surtout, dégager une hiérarchie bien plus claire. Il pourrait bien y parvenir lorsque Carlinhos aura purgé sa journée de suspension et que Edmilson sera totalement remis des conséquences de ses problèmes intestinaux.

Le réalisme

Après une rencontre, Ricardo Sa Pinto livre souvent la même analyse : "Je suis content de mes joueurs. Nous nous sommes créé beaucoup d’occasions, mais nous avons manqué de réalisme." Un discours assez simpliste car les résultats décevants du club ne peuvent être résumés à la seule maladresse devant le but adverse. Maintenant, il faut reconnaître que les attaquants liégeois auraient pu mieux. Edmilson a galvaudé quelques belles opportunités à Saint-Trond, tout comme Mpoku à Eupen, par exemple. On ne peut avancer un quelconque manque de talent car il ne faut pas oublier que ces joueurs doivent multiplier les efforts et sont souvent obligés d’entamer leurs actions offensives depuis la ligne médiane. Ils arrivent donc émoussés au moment du dernier geste.

La ligne médiane

Il est pratiquement inutile de revenir sur ce point tant le coach portugais est borné : Uche Agbo et Merveille Bokadi constituent, à ses yeux, la meilleure paire centrale. Ricardo Sa Pinto préfère sécuriser sa défense plutôt que jouer offensivement. Cela peut se comprendre lors d’un déplacement à Anderlecht, mais pas contre Lokeren…


Un monde meilleur pas si utopique

Les problèmes du Standard ne sont pas insurmontables. Mais…

Le Standard peut-il se sortir de cette période ? Voilà la question qui anime les débats autour de Sclessin.

On pourrait être tenté de répondre par l’affirmative car les problèmes actuels ne sont pas insurmontables. Mais le club a besoin d’aligner quelques résultats positifs. Il en est à quatre rencontres sans défaite, mais c’est bien une série de victoires dont il a besoin. Cela permettrait aux joueurs de se libérer d’une bonne partie de la pression qui fait trembler les jambes de certains. Cela leur offrirait également une période de répit avec les tribunes, qui n’hésitent plus à manifester leur mécontentement, parfois même avant le coup d’envoi d’un match.

Pour y parvenir, le Standard a besoin de plus de sécurité défensive et de plus de réalisme offensif. Cela semble beaucoup et il faut maintenant voir si Ricardo Sa Pinto est l’homme de la situation. Il doit le prouver rapidement, notamment en n’hésitant pas à revoir plusieurs de ses plans de bataille. Sécuriser sa défense est une intention louable, mais son travail ne peut se limiter à ce seul aspect. Sans fond de jeu, il est très délicat d’espérer renverser les meilleures équipes du pays…