Anciens d'Anderlecht, Sofiane Hanni et Kara Mbodj sont à la recherche d'un club: "Plusieurs clubs m'ont appelé, mais pas en Belgique"

Kara Mbodj et Sofiane Hanni, architectes du dernier titre d’Anderlecht en 2017, cherchent un nouveau club après leur aventure au Qatar.

Anciens d'Anderlecht, Sofiane Hanni et Kara Mbodj sont à la recherche d'un club: "Plusieurs clubs m'ont appelé, mais pas en Belgique"
©Montage

Alors mon gars, comment tu vas ?" 4 200 kilomètres séparent actuellement Sofiane Hanni (à Paris) de Kara Mbodj (à Dakar), mais la technologie moderne nous a permis de les réunir pour une interview croisée.

Les points communs entre les deux sont nombreux : ils ont remporté le dernier titre avec Anderlecht, ont été sifflés par le public mauve, ont joué pendant trois ans au Qatar et sont actuellement sans club.

Le Qatar et le Mondial

Messieurs, vous vous voyiez souvent à Doha ?

Hanni : "Seulement sur le terrain, quand mon club Al Gharafa jouait contre le sien, Al Sailiya. Les autres grands noms - Alderweireld, Edmilson ou James Rodriguez, en termes de popularité, le numéro 1 du championnat -, je ne les ai jamais vus non plus."

Kara : "C'était pareil à Anderlecht : on ne se voyait aussi qu'au travail. Pour le reste, on est chez soi en famille. Au Qatar, il faut aussi tenir compte de la chaleur. Il fait si chaud qu'on reste à l'intérieur. Et on s'entraîne après la prière, à 17 h."

Hanni : "Pour les joueurs, la Coupe du monde aurait pu avoir lieu maintenant, parce que les stades sont climatisés. Quand il fait 45 degrés à l'extérieur, il peut faire 18 degrés à l'intérieur. Mais pour les supporters, cela aurait été un calvaire. En hiver, il fera beau."

On parle souvent en mal du Qatar.

Kara : "Cela a été une superbe expérience pour ma famille et moi. C'est l'un des meilleurs pays au niveau de la sécurité et de la qualité de vie. C'est calme et magnifique, ce qui m'a permis d'avoir une vie stable et de bosser."

Hanni : "Idem pour moi. C’est le meilleur endroit que j’ai connu dans ma carrière. Et vu que c’est un pays musulman, c’est plus facile pour nous d’éduquer nos enfants dans ce milieu. Mais j’ai aussi eu un coéquipier coréen, sud-américain, mexicain et ivoirien chrétien : ils ont tous kiffé ! Ils s’éclataient et ne voulaient pas partir."

Mais on entend que les conditions de travail des ouvriers sont atroces.

Hanni : "J'ai toujours été surpris de lire des choses pareilles. J'ai essayé de regarder cela d'un œil plus attentif. Et je ne parvenais pas à voir ce que les gens dénoncent. Cela m'arrivait de parler avec ces travailleurs, qu'on appelle les 'workers'. J'en ai un qui faisait la sécurité devant mon domicile. Je vous assure qu'ils sont très heureux. Leur rêve est de rester au Qatar ! Ce serait un cauchemar de devoir retourner dans leur pays !"

On lit aussi que les relations sexuelles hors mariage sont interdites pendant la Coupe du monde, sous peine d’une peine de prison allant jusqu’à 7 ans.

Hanni : "Je ne suis pas au courant de cette loi (rires). Elle a spécialement été inventée pour la Coupe du monde ? Je passe quand je lis des choses pareilles."

Kara : "On raconte beaucoup de trucs au sujet de ce pays. Moi, je suis impressionné."

Hanni : "C'est normal qu'il y ait des appréhensions. Moi aussi, j'en avais avant de partir au Spartak Moscou. Je peux juste vous dire que vivre au Qatar, c'est comme une drogue pour riche et pauvre : personne ne veut partir."

Leur saison au Qatar

Cela fait trois saisons que vous avez joué au Qatar. Kara, vous avez évité de justesse la relégation avec Al Sailiya mais vous avez gagné la QSC Cup. Vous avez même donné un assist lors de la finale, gagnée 5-4.

Kara : "Correct. On a connu une saison compliquée. On n'arrivait pas à marquer et on s'est mis en danger. Ces deux dernières saisons, on a trop changé de joueurs. On n'a pas le même budget que ton club, Sofiane."

Hanni : "Nous avons terminé cinquièmes, après avoir été deux fois quatrièmes. Notre budget n'était plus le même non plus. On a entamé la saison avec deux étrangers, alors qu'on peut en avoir cinq. Par contre, je peux être satisfait de mes stats personnelles."

On les a recherchées, Sofiane : 18 buts et 10 assists en 36 matchs. Et en trois ans au Qatar : 34 buts et 29 assists.

Hanni : "Alors que le niveau n'est pas si facile qu'on le croit. En Europe, on a tendance à penser qu'on va se balader quand on signe au Qatar. Ce n'est pas le cas. Si tu sous-estimes leur niveau et que tu n'es pas humble, je te garantis que tu vas galérer."

Kara : "Moi, en arrivant ici, j'ai perdu 7 kilos et j'ai gardé ce poids jusqu'à ce jour. Physiquement, je me sens plus fort que lors de ma période en Europe. Je suis devenu un autre joueur. Sofiane peut le confirmer : on enchaîne parfois deux matchs par semaine. Je les joue sans souci."

Malgré vos bonnes prestations, votre contrat n’est pas prolongé.

Hanni : "Mon club souhaite pourtant me prolonger et a demandé mes exigences salariales. Je les leur ai fait savoir, mais je n'ai pas eu de retour. Si on s'était mis d'accord, j'aurais prolongé au Qatar."

Kara : "Pareil pour moi. Le coach veut me garder, mais l'offre ne peut pas être identique à celle de 2019, quand je suis arrivé et que nous jouions les préliminaires de la Ligue des champions. Or, avec les trois très bonnes saisons que j'ai faites lors desquelles j'étais un des joueurs les plus importants, je ne peux pas accepter une baisse de salaire."

Mogi et Veljkovic

Avez-vous des contacts avec un nouveau club ? Et, si oui, proviennent-ils de Belgique ?

Hanni : "Oui, bien sûr que j'ai des contacts. Je n'ai toujours que 31 ans - et pas 35 ans -, je suis libre et mes stats tapent dans l'œil. Beaucoup de gens m'appellent, mais il faut filtrer les clubs. La Belgique ? Non. Mon nom est sorti dans la presse (NdlR : certains ont évoqué l'Union mais l'info n'a jamais été confirmée) mais personne ne m'a appelé. Un retour en Belgique pourrait m'intéresser."

Kara : "La même chose vaut pour moi. Je dirais aussi oui à la Belgique. C'est mon deuxième pays. Ce que j'ai vécu à Anderlecht, c'est la meilleure expérience de ma carrière."

Si les clubs belges ne vous appellent pas, ce n’est pas parce qu’ils vous associent à vos agents - ou doit-on dire ex-agents ? -, Veljkovic et Mogi Bayat ?

Hanni : "Je n'ai jamais été lié à un seul agent. Bien sûr que Veljkovic a fait mon transfert de Malines à Anderlecht. Mais depuis mon départ de la Belgique, je ne l'ai plus entendu. Quant à Mogi Bayat, j'ai souvent eu de très bons contacts avec lui. Je ne les incrimine pas. Moi, si j'étais un club - et je ne cherche pas à me vendre -, je vais d'abord voir le joueur et ensuite la personne avec qui il faut parler."

Kara : "Je n'ai jamais signé de contrat d'agent avec Mogi Bayat non plus, mais Dieu a fait qu'il a été l'agent qui a fait 90 % de mes transferts. Il a toujours été là pour moi, même quand on m'a abandonné. Je lui suis reconnaissant. On se parle encore souvent par message. S'il me trouve un club qui me convient, bien sûr que je signerai."

Estimez-vous que vous avez encore le niveau pour Anderlecht, par exemple ?

Hanni : "Oui, bien sûr ! Je connais le niveau du championnat belge et je connais mon niveau. Il n'a pas diminué. Kara, tu dis que tu te sens physiquement mieux que lors de ta période anderlechtoise. La même chose vaut pour moi. Les joueurs qui partent dans les pays du Golfe sont vite catalogués. Certains rentrent en Europe avec moins de capacités physiques et mentales qu'avant. Moi, c'est l'inverse. Je suis prêt pour un nouveau défi, et pas nécessairement dans un pays où je peux me faire de l'argent."

Kara : "Nos qualités footballistiques, on ne les a pas perdues, Sofiane. Moi, j'ai 32 ans, j'ai donc encore plus d'expérience qu'avant. Et je n'ai plus de soucis au genou. À Anderlecht, j'ai eu des pépins physiques qui m'ont empêché d'être moi-même. Depuis lors, je me suis entouré d'un staff au niveau des soins. Je suis excité à l'idée d'entamer un nouveau challenge."

Le titre de champion en 2017

Vous faites partie de la dernière équipe championne avec Anderlecht, en 2017. Quel est votre plus beau souvenir ?

Kara : "Le 1-1 à Bruges lors du huitième des playoffs. C'est toi qui marques le 0-1, Sofiane. Et Vormer égalise sur coup franc. C'est là qu'on a mis la base pour le titre, mon seul sacre en Europe. Pourtant, mon début de saison avait été compliqué. Weiler m'avait mis dans le noyau B. Mais à la fin, on s'est compris."

Hanni : "Moi, il y a plusieurs souvenirs. Ce but à Bruges, en effet. Mes deux assists à Charleroi (1-3) dans le vrai match du titre. Mais je prendrais quand même le tout dernier match, contre Ostende (3-2). On était déjà champions, mais c'était la vraie fête, sous le soleil bruxellois. J'avais invité ma famille de Paris. C'était même encore plus beau que mon triplé lors de la saison suivante à Sclessin, qui était mon cadeau de départ pour Anderlecht."

2016-2017 était aussi la saison des quarts de finale en Europa League, où vous avez failli éliminer Manchester United. Sofiane, le match à Old Trafford (défaite 2-1 après prolongations) est le meilleur que je vous ai vu disputer, mais Weiler vous a sorti à la 64e.

Hanni : "D'un côté, ce n'était pas facile à comprendre sa décision, vu la physionomie du match et vu que j'avais marqué. D'un autre côté, on s'était mis d'accord avant le match que je jouerais à fond pendant une heure, parce que le match de trois jours plus tard contre le Club Bruges avait la priorité."

Kara : "Bruges n'avait pas eu voix au chapitre : 2-0. Quelle belle équipe on avait, avec Youri (Tielemans), Leander (Dendoncker), les Frank (Boeckx et Acheampong), Adrien (Trebel) et évidemment toi, Sofiane."

Une semaine et demie avant ce match à United, Sofiane, vous vous étiez fait siffler par le public d’Anderlecht contre La Gantoise. Et Kara, à un certain moment, vous avez refusé d’aller saluer ce même public.

Hanni : "C'est fou (rires)… C'était une relation de chien et chat que j'avais avec le public. Par moments, c'était compliqué de se faire siffler en tant que capitaine. Mais c'était aussi excitant de leur répondre avec des prestations sur le terrain. J'allais les chambrer avec un geste derrière l'oreille comme pour dire : 'Je ne vous entends plus.'"

Kara : "Moi, j'ai voulu faire un geste fort pour protéger Acheampong et Badji, qui étaient les cibles du public. Je trouvais que ce n'était pas honnête. Mais je comprends les exigences du public. J'ai aussi connu des moments magnifiques avec les fans du Sporting. C'était la plus belle période de ma carrière."

Hanni : "Je suis sorti plus fort de cette relation compliquée avec les fans. Et vous savez que certaines personnes, qui m'envoyaient des messages pas très sympas à cette époque, me demandent de revenir ? Ils disent qu'ils se sont trompés. Je sens qu'ils sont déçus que je ne sois plus là…"

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