Son récit de l’accident avec un camion polonais : “Ce chauffeur, je ne l’ai jamais revu. Je refuserais sa main”

RIBARSKA BANJA Milo ne se rappelle plus bien le drame. “C’est le papa de Lovre qui m’a tout raconté” , narre Milo , qui était en route pour la Serbie. “Le père de mon ex-équipier se sent coupable à vie. Il dit toujours : ‘cela aurait dû être moi qui endure ta misère’. J’ai 60 ans. Toi, tu aurais dû profiter de la vie. Ta carrière venait de se terminer.”

Milo avait loupé une sortie d’autoroute en rentrant en Serbie, après sa carrière belge. “On s’était mis sur la bande d’arrêt d’urgence pour regarder une carte. J’avais mis mes quatre clignotants. Mais un camionneur polonais m’a foncé dedans. Je ne sais pas s’il avait bu. Je ne l’ai jamais revu. Je n’accepterais pas sa main tendue. Tout le monde peut commettre des erreurs, mais ce type nie être coupable. Et regardez de quoi j’ai l’air, à cause de lui. Je suis en procès avec ce type. Mais le tribunal allemand traîne, et traîne….“

Quand on voit ce qui reste de la voiture du gardien, on se dit qu’il aurait pu ne plus être là. “C’est ça qui me donne du courage, explique-t-il. Quand j’ai entendu ce qui est arrivé à Sterchele, je me suis mis à pleurer. J’aurais pu mourir, moi aussi. (Avec les larmes aux yeux) Je suis beaucoup plus émotionnel depuis mon accident. Je pleure pour un rien.”

Le choc n’a donc pas seulement paralysé ses jambes. Dans la tête, Milo n’est plus le même non plus. “J’ai d’énormes problèmes d’équilibre. Et j’ai environ oublié 50 % de ma vie avant l’accident. J’ai été cliniquement mort, hein ! Les docteurs disent que c’est un miracle que je sois toujours en vie. J’ai été dans le coma pendant douze jours. Mon cœur ne battait que 12 fois par minute. Les médecins disaient que je pourrais m’éveiller dans plusieurs semaines, mois ou années. Finalement, j’ai ouvert les yeux après 12 jours. Parce que j’avais le corps d’un sportif, et parce que je n’avais jamais fumé ou bu.”

Quand nous lui demandons si l’accident lui donne des cauchemars, il pose sa main sur notre épaule et chuchote : “Quand je vois un camion, j’ai des frissons. Mais des cauchemars ? Non. Je ne peux plus rêver, mijn vriend. Ni au sens propre, ni au sens figuré…”



© La Dernière Heure 2010