Saviez-vous que Silvio est fan de Casillas ? Nous l’avons confronté avec des déclarations des plus grands gardiens

ANDERLECHT Silvio Proto, une fois de plus, a été décisif pour Anderlecht. Ses arrêts ont permis de ne pas encaisser au Lokomotiv Moscou. Mais il n’a pas le temps de savourer longtemps sa prestation. Voilà déjà Genk qui attend Anderlecht. Et ce Genk ne laisse pas de bons souvenirs à Proto. C’est là qu’il s’est fracturé le pied, lors de sa dernière visite, en mai.

Au lieu de lui poser les questions traditionnelles, nous avons eu une interview décalée avec lui, en le confrontant avec des déclarations de quelques-uns des plus grands gardiens du monde. En voici le résultat.

1. Lev Yachine (décédé en 1990, ex-Dynamo Moscou) : “La joie de voir Youri Gagarine effectuer un vol dans l’espace en tant que premier être humain, est comparable à celle d’arrêter un penalty.”

Proto : “C’est peut-être un peu exagéré, mais je le comprends. Avec le Germinal Beerschot, j’ai inscrit un but de la tête, contre Gand. Bizarrement, ce n’est pas le meilleur souvenir de ma carrière. Le plus beau moment, c’est un penalty arrêté contre le Standard (NdlR : c’était le 17/10/2010, Mbokani l’avait raté, Anderlecht avait gagné 0-4) Tout le stade s’attend à ce qu’un penalty soit converti. Le gardien est là pour le show. Un penalty arrêté est un penalty mal botté. Quand il est bien tiré, un gardien n’a pas l’ombre d’une chance. C’est rare de l’arrêter. Mes secrets? Je n’en ai pas. Mais quand j’en arrête un, je ressens une explosion d’adrénaline. Et botter un penalty ? Si on me le demande, je le fais. Mais si je rate, il faut savoir que cela peut se transformer en but de l’autre côté. (Rires) Quand c’est 3-0 pour nous, ça ne peut mal...”

2. Toni Schumacher (57 ans, ex-Cologne) : “Mon manque de peur… me fait peur.”

Proto : “C’est vrai. Un attaquant qui fonce vers vous, comme Maicon en début de seconde mi-temps, c’est effrayant. Je ne réfléchis jamais quand je plonge dans les pieds. Quand on a peur, on ne bouge pas. Quand j’étais jeune, j’étais encore pire. J’étais un véritable kamikaze. Un gardien doit être un peu fou. On jette littéralement son corps devant un adversaire. Heureusement, je ne me suis jamais blessé gravement suite à ce genre d’interventions. Je ne pense qu’à une chose : avoir le ballon.”

3.Peter Schmeichel (47 ans, ex-Manchester United) : “J’essaie de mettre l’attaquant sous pression afin de le faire réfléchir. Dès qu’il réfléchit, il est vu.”

Proto : “C’est très important dans des un contre un. Quand l’attaquant fait semblant de tirer et que le gardien ne bouge pas, l’adversaire va se mettre à hésiter et ne saura plus quoi faire. Être gardien, c’est un jeu purement psychologique. On sait que derrière soi, il n’y a plus personne pour empêcher le ballon de rentrer. Mon exemple ? Je suis fan de Casillas, qui est exceptionnel sur sa ligne. “

4. José Chilavert (46 ans, Paraguayen, ex-Velez Sarsfield) : “La pression ? Ce n’est qu’un match de foot. On ne ressent la pression que quand on ne sait pas donner à manger à ses enfants.”

Proto : “Correct. Le football est mon métier, ma famille est plus importante. Ma famille était là avant le football et y sera après ma carrière. Le foot n’est qu’une partie de ma vie. Quand je rentre chez moi, j’oublie le football. Même quand j’ai commis une bourde. On est déçu, mais il faut relativiser les choses. Quand on voit ce qui est arrivé au plus petit fils de Mbokani… Le football n’est rien du tout, comparé à cela. Moi, je ne pousserai jamais mes fils à jouer au football. Je préfère qu’ils fassent un sport individuel. On ne dépend que de soi-même. Parfois, dans un sport collectif comme le foot, il faut attendre la blessure d’un autre pour pouvoir jouer. On peut jouer le match de sa vie mais le perdre parce qu’un autre commet une erreur. “

5. Dino Zoff (69 ans, Italien, ex-Juventus) : “J’ai joué jusqu’à mes 41 ans parce qu’on peut toujours s’améliorer.”

Proto : “D’accord en ce qui concerne l’expérience, mais on perd son explosivité et on ne saute plus si haut. Si j’ai encore faim et que mon corps me le permet, je jouerai peut-être jusqu’à mes 41 ans… Zoff a raison : un gardien évolue. Je ne suis pas le même qu’il y a cinq ans. À La Louvière, je jouais sur ma ligne. Ici à Anderlecht, je suis le dernier défenseur. Savez-vous pourquoi je suis devenu gardien ? Personne d’autre ne voulait aller au but, à Couillet. Et j’ai aimé. Mais honnêtement : je n’étais pas très fort comme joueur de champ. (Rires)

6.René Higuita (45 ans, Colombien) : “Les gens se rappellent mon coup du scorpion, mais également ma terrible erreur dont Roger Milla a profité.”

Proto : “C’est la vie d’un gardien. Moi, ma plus grosse bourde, je l’ai commise avec le Beerschot. Je sors sur un long ballon, je glisse et le ballon me passe au-dessus de la tête. Les gens se rappellent plus facilement vos erreurs que vos arrêts. On considère que c’est normal qu’un gardien fasse un arrêt. Ce coup du scorpion ? Il n’y a que Higuita qui sait le faire. J’ai déjà essayé, mais j’ai abandonné. Je risquais de terminer dans une chaise roulante si j’avais persévéré. (Rires)



© La Dernière Heure 2011