À 20 ans, Ken Nkuba se fait un nom à Charleroi: "On t’aime pour ce que tu fais, pas pour ce que tu es"

À 20 ans, Ken Nkuba pose un regard lucide et pragmatique sur son métier de footballeur.

Parcinski Julien
À 20 ans, Ken Nkuba se fait un nom à Charleroi: "On t’aime pour ce que tu fais, pas pour ce que tu es"
©BELGA

C’est une belle surprise que nous réserve parfois l’exercice de l’interview. On devinerait seulement les 20 ans de Ken Nkuba à son visage poupon, sûrement pas à son ton posé, sa maturité précoce et ses propos honnêtes, à mille lieues de la langue de bois remplissant les bouches de nombre de ses confrères de la profession.

Est-ce la rupture des ligaments croisés qu’il a vécue à peine majeur, sa foi inébranlable ou une éducation parfaite donnée par un entourage sain qui l’ont façonné ainsi ? La réponse est à trouver dans un mix entre tous ces ingrédients rares et précieux.

Avec son tempérament, le récent international espoir belge parvient à recycler les mauvais souvenirs en expérience de la vie. "Beaucoup de choses se sont déroulées depuis la signature de mon premier contrat pro il y a quatre ans. Je ne réalise pas. Les embûches se sont dressées parfois devant moi mais je ne changerai rien à ce que j'ai vécu, même pas ma blessure. J'ai tendance à dire que ce qui se passe est souhaité par Dieu, d'autres diront que c'est le hasard. Je suis quand même un peu fier de ce que j'ai réalisé même si ce n'est que le début."

Les prémices de sa carrière remontent pourtant au week-end du 26 octobre 2018 ou presque. Un éboulement d'émotions l'a traversé en quelques heures au sein d'une ascension vertigineuse et inhabituelle du haut de ses 16 ans, 9 mois et cinq jours. "C'est allé vraiment très vite. J'étais en U18 et je revenais d'un souci physique. Tout est parti d'un match amical contre l'Union Saint-Gilloise en pleine trêve internationale. Felice Mazzù me fait entrer un quart d'heure. Je cartonne. Ça me permet de monter en espoirs. Un jour, l'équipe première est privée de quelques éléments. Je figure dans le groupe pour aller à Gand. Je passe par le stade pour signer mon premier contrat pro et le lendemain, je réalise mes débuts à la Ghelamco Arena en entrant dans le dernier quart d'heure. Je n'avais jamais côtoyé le groupe pro au point qu'il y a des joueurs que je voyais pour la première fois."

Les Buffalos représentent tout un symbole dans son jeune parcours. C'est également contre les Gantois que le piston a retrouvé les joies d'une titularisation ô combien "spéciale et tout en émotion", après 403 jours de galères à réparer un genou meurtri. "Cette blessure m'a permis d'obtenir du recul sur ma vision des choses. J'ai remarqué beaucoup de choses. Tu es avec le groupe sans totalement l'être. Tu es là mais tu ne comptes pas. Le coach ne va pas te consacrer non plus une attention folle car il doit faire tourner son équipe. C'est normal. Il faut accepter cela car il n'y a que le terrain qui compte dans le milieu du foot. Je ne me suis jamais plaint en disant qu'on ne me considérait pas assez. C'est sur la pelouse qu'il faut prester."

Déjà de la prévention sur sa reconversion

Optimiste malgré quelques moments logiques de doute traversés, le Carolo a franchi cette période de turbulences avec sérénité. De quoi revenir plus fort et au premier plan au point de finir l’exercice écoulé dans la peau d’un titulaire sur le flanc droit.

Son splendide but face à Malines a incarné de manière symbolique sa résilience. Lui l'a vécu en gardant la tête froide, sans emballement, après des mois isolés de travail. "Tu passes d'un moment de solitude à un sentiment d'euphorie. Quand j'ai vu la hype à propos de mon but, je me suis dit que c'était bien mais ça m'a aidé à ne pas m'emballer. Dans ce milieu, les gens ne t'aiment pas pour ce que tu es mais pour ce que tu fais. C'est normal mais il faut bien avoir conscience de cela."

Raisonné et réfléchi, le Zèbre a bien conscience de la précarité d'un milieu rempli de paillettes éphémères et brinquebalantes. "Quand on voit les chiffres de l'après-carrière des joueurs, il y a je ne sais combien de pour cent de divorces et 63 % de faillites. Tu prends un vestiaire et tu te rends compte que plus de la moitié est en galère. J'ai rapidement été sensibilisé à cette donnée par mon entourage. Le livre de Frédéric Gounongbé ('Illusions Désillusions du ballon rond') m'a beaucoup aidé. Nous ne sommes pas encore sensibilisés sur le sujet de la reconversion contrairement au dopage ou aux paris sportifs."

Que ce soit sur ou en dehors des pelouses du royaume, Nkuba anticipe à merveille et cette maturité risque bien de profiter au Sporting.

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