Timide, effacé, Mohamed Daf a passé ses premiers mois à Charleroi presque en fantôme. Étonnant pour celui que l’on présentait avant l’heure comme un prodige, depuis que les pontes du Milan AC s’étaient penchés sur son cas. Samedi, en l’espace de quelques minutes, il a levé tous les doutes et prouvé que les attentes énormes nées à son arrivée étaient justifiées : "Je me suis efforcé de suivre les consignes du coach, et ça a payé. C’est génial, pour mon premier match en D1. Charleroi a gagné, et j’ai en plus marqué…"

Il y avait pourtant de quoi se mettre une sacrée pression sur les épaules. Jusque-là bousculés par des Dragons loin d’être impressionnants, les Carolos se dirigeaient tout droit vers une nouvelle désillusion : "Je ne suis pas du genre à gamberger. Cela fait partie de mon caractère. Je me suis simplement dit que j’avais la chance de montrer enfin mes qualités et que je devais la saisir à fond. C’est tout. L’entraîneur m’a bien dit de jouer avec mes atouts. J’ai fait de mon mieux, avec l’aide du groupe."

De là à dire que sa carrière est lancée au Mambourg, il y a encore un pas. Il s’agira maintenant de s’inscrire dans la durée, et prouver que ces 45 minutes époustouflantes n’étaient pas qu’un feu de paille : "Je n’ai jamais été déçu jusque-là de ne pas être dans l’équipe. J’ai toujours travaillé, en espérant que le coach me fasse un jour confiance. Je respecte ses décisions. C’est à moi maintenant de continuer à prouver que je peux apporter quelque chose."

Au-delà d’un rayonnement impressionnant dans l’entrejeu, le Sénégalais s’est aussi fendu d’un but aussi beau que décisif : "La combinaison avec Jamal Thiaré a fonctionné à merveille. Je lui ai passé le ballon, et j’ai ensuite pris la profondeur. On se connaît bien. Ça fait de longues années maintenant qu’on joue au foot ensemble…"

Anderlecht, là où Mohamed Daf a fait ses armes la saison dernière, pourrait rapidement se mordre les doigts d’avoir laissé filer cette pépite : "Chez les Mauves , je pouvais seulement prétendre à jouer en équipe réserve. Ici, j’ai une vraie chance d’évoluer en D1. C’était beaucoup mieux pour moi de venir à Charleroi."

Felice Mazzu n’a effectivement pas hésité à sortir Ederson de la bagarre, son capitaine, pour lancer un gamin de 19 ans. Un pari osé… et payant : "Mohamed a fait une très grosse mi-temps. Je ne suis pas étonné de ce qu’il a apporté balle au pied, parce que je sais que c’est un joueur plein de talent. Par contre, dans son aisance tactique, j’avoue qu’il m’a surpris."

Le mentor carolo a passé de longues minutes durant la mi-temps à s’entretenir avec ses deux poulains sénégalais, délaissant carrément le reste du vestiaire. Incroyable, au vu d’une première mi-temps catastrophique, non ? "Quand on joue comme ça, quatre ou cinq mots suffisent amplement…"

Pour Ederson et Rossini, sortis à la pause, la soirée a assurément été nettement moins gaie : "Ce qui est sûr, c’est que Pino ne doit certainement pas porter seul le poids de notre première période en dessous de tout…"