Licencié par son oncle il y a 5 semaines, Mogi Bayat revient sur ses 7 années au Sporting carolo

CHARLEROI Il a la décontraction enjouée des hommes prêts pour un nouveau défi. Son licenciement du Sporting, “où il a tout donné pendant sept ans ”, il le voit comme une fenêtre ouverte sur d’autres perspectives. Déjà, ces derniers mois, la distance sans cesse grandissante entre lui et son oncle Abbas l’avait comme libéré, rendu plus accessible, moins cassant. Alors que le Sporting carolo se déplace, ce soir, chez son homologue mauve , l’ex [?]- trublion du football belge évoque ce passé, mais aussi l’avenir en forme de gros point d’interrogation.

Ce Sporting-ci est-il suffisamment armé pour se sauver ?

“Dans les trois gardiens, il faut un garçon expérimenté qui va permettre à Cyprien Baguette de progresser. La saison dernière, Cyprien a été bon parce qu’il avait Sébastien Chabbert derrière lui. Il manque un garçon d’expérience, surtout en défense, mais aussi en attaque. Je ne pense pas qu’il faut de grandes retouches.”

Vous aviez parié sur Olufade en attaque…

“Il s’est blessé. Mais si le Sporting avait fait l’effort de recruter un joueur comme Giuseppe Rossini, qui est déjà passé par Charleroi et qui était abordable financièrement, il n’en serait peut-être pas là. Idem si le club avait fait venir Christophe Grégoire ou Grégory Dufer. Le Sporting n’est pas bien embarqué mais mon cœur me fait dire que je veux qu’il s’en sorte.”

Le club pourrait-il se remettre d’une descente en D2 ?

“Vu ses finances, la descente ne constituerait pas une catastrophe structurelle. Mais s’il ne remontait pas après ou deux années, cela aurait évidemment des conséquences plus néfastes. Il y aurait alors le risque d’une rupture définitive, pas seulement avec le public, mais aussi avec le tissu économique de Charleroi, les sponsors qui ont maintenu leur soutien au club malgré les résultats en dents de scie de ces dernières saisons.”

Le Sporting pourra-t-il se relancer ?

“Aujourd’hui, deux clubs en Belgique jouissent du plus gros potentiel en terme de marge de progression : le Germinal Beerschot et… le Sporting Charleroi. Charleroi et Anvers sont deux grandes villes, de football. Elles ne demandent qu’à être lancées.”

Un grand club à Charleroi, c’est donc possible ?

“C’est possible et c’est une obligation. Aujourd’hui, et ce n’est pas normal, il n’y a pas de corrélation entre la situation financière du club et ses résultats sportifs. Le Sporting dort sur plusieurs millions d’euros. La gestion financière a été très, très bonne. Mais, sans doute, au détriment du sportif.”

Comment en est-on arrivé là ?

“Il faut toujours trouver l’équilibre entre les recettes et les dépenses, mais il fallait réinvestir une partie de l’argent des transferts. C’est ce qu’ont très bien fait des clubs comme Gand et Genk. Car il faut aussi un équilibre entre le jeune talent et l’expérience. Le Sporting a livré ses meilleures saisons et sorti le plus de jeunes de qualité, quand ceux-ci étaient bien encadrés. Ciani, Sterchele, Akpala, Camus ou Christ ont éclaté quand ils étaient encadrés par des Laquait, Defays, Kere, Chabaud ou Smolders. Aujourd’hui, des garçons comme Serwy, Kaya ou Baguette sont talentueux, mais ils ont encore besoin d’un encadrement.”

C’est le discours que vous aviez tenu à votre président ?

“Mes recommandations n’ont pas été validées par ma hiérarchie, tout simplement.”

Vous pensiez que Charleroi allait vivre une saison aussi difficile ?

“Je pense qu’avec Jacky Mathijssen encore aujourd’hui à la tête du Sporting, on aurait eu entre cinq et sept points en plus. Ça n’aurait pas mis le Sporting à l’abri, mais il aurait été mieux. Il fallait lui laisser du temps et c’est justement un homme capable de réparer les éventuelles erreurs de casting, de pousser un joueur moyen au-delà de son niveau.”

Csaba Laslö ne peut pas le faire ?

“Pour trouver l’équilibre, le chef d’orchestre, c’est-à-dire l’entraîneur, doit être une personne qui connaît le football belge. Surtout lorsqu’il vient à la rescousse d’un club en difficulté sportive. Regardez les clubs d’Eupen et de Zulte Waregem, ils ont pris des entraîneurs dont il faut leur reconnaître la connaissance du football belge en général. Le nouvel entraîneur à Charleroi ne parle ni le français ni le flamand. Il n’arrive pas à communiquer en direct avec la majorité de son vestiaire. Je ne connais pas assez cet entraîneur et je ne ferai d’autres commentaires ou critiques que celles des statistiques : il paraît que son bilan est le plus catastrophique de l’histoire du club.”



© La Dernière Heure 2010