A la veille du choc, la maman de Swa a ouvert son coeur

MOMALLE Voilà maintenant un peu plus de six mois que Sterchele n'est malheureusement plus de ce monde mais il n'en continue pas moins d'exister. Dans les cœurs et dans les esprits. Et pas uniquement de Bruges à Anvers. Dimanche dernier au Mambourg, sa maman Marleen et son frère Thibault, invités de Mogi Bayat, ont apprécié à leur juste valeur les multiples marques de sympathie à l'adresse de François. Comme tous ces calicots carolos accrochés aux grillages ou encore cette 23e minute qui n'en finit pas d'émouvoir et que les deux clans ont célébrée à l'unisson.

Vous souvenez-vous de la première fois où les supporters Blauw en Zwart ont décidé de faire la fête à François à cet instant précis du match ?

"Oui, contre Lille dans le cadre des Matines brugeoises. Je l'avoue, j'ai pleuré ce jour-là. Mais je ne savais pas que cet hommage allait devenir une tradition, même en déplacement."

Ne redoutez-vous pas que ces soixante secondes dédiées à la mémoire de votre fils soient quelque peu bafouées demain après-midi ?

"J'ose espérer que non. À ce propos, j'ai reçu un gentil message d'un fan anderlechtois me faisant part de son intention de rallier un maximum de ses amis à respecter la 23e minute. Ce n'est pas gagné d'avance..."

Toujours à ce propos, les supporters de Charleroi ont été exemplaires...

"Oui. Il y avait même dans la T4 un message rédigé en néerlandais qui m'a fait particulièrement chaud au cœur. Même là-haut, François a toujours un côté rassembleur. Pas négligeable par les temps qui courent. Il représente un rayon de soleil pour qu'une meilleure convivialité règne dans nos stades."

Comment parvenez-vous à dissimuler votre peine immense et à vous comporter comme si de rien n'était ou presque ?

"Voilà une question que beaucoup de gens se posent. C'est lui qui me donne cette force. Peut-être vais-je craquer un jour; mais à la vérité, je ne me rends pas encore compte. Je refuse de faire mon deuil. Pour moi, il est toujours là. Je ne sais plus le toucher physiquement ni l'embrasser; mais du matin au soir, il est à mes côtés et dans toutes mes pensées. Je lui parle et je suis certain qu'il m'écoute. Une sensation étrange, difficile à expliquer. Je puise sans doute aussi cette énergie dans la sérieuse maladie qui m'a affectée et dont je suis guérie aujourd'hui. Cette période pénible de ma vie a permis d'endurcir mon caractère."

Êtes-vous surprise par cette Sterchelemania ?

"Un peu beaucoup même, car François n'a jamais joué que trois ans en Division 1. Mais faut-il croire qu'il n'aura laissé personne indifférent partout où il est passé ? En plus de sa gentillesse envers petits et grands, son côté showman y était sans doute aussi pour quelque chose. Pas à dire, tous ces élans dont il fait l'objet à titre posthume me sidèrent autant qu'ils me réconfortent. Où cela va-t-il s'arrêter ? Aussi bien les clubs de supporters de Bruges que les amis d'enfance de François continuent à se manifester. Les uns concoctent un énième tee-shirt pour honorer sa mémoire et les autres m'assurent de leur soutien inconditionnel pour les projets que j'entends matérialiser dans le futur. Mais chaque chose en son temps."

Parmi les joueurs brugeois qui ont côtoyé François, quels sont ceux qui vous témoignent le plus leur sympathie sincère ?

"Lorsque je les retrouve dans la salle jouxtant leur vestiaire après le match, ils viennent tous me dire un mot gentil et cela va également de l'entraîneur, Jacky Mathijssen, au docteur du club. Philippe (Clément), Karel (Geraerts), Wesley (Sonck) et Koen (Daerden) ne sont d'ailleurs jamais les derniers à me saluer tout comme Stijn (Stijnen) qui me téléphone régulièrement pour prendre de mes nouvelles. Sa délicatesse à mon égard est sans bornes. Il n'est pas toujours perçu à sa juste valeur humaine, et c'est dommage."

François vous avait-il demandé votre avis avant qu'il n'opte finalement pour le Club Bruges ?

"C'est surtout l'opinion de son papy François qui prévalait en pareil cas, mais mon sixième sens féminin me disait déjà à ce moment-là qu'il avait opéré le meilleur choix."

Et pourquoi pas le Standard ?

"Cela ne lui aurait certainement pas déplu d'évoluer avec les Rouches mais il connaissait tellement de monde à Liège qu'il aurait certainement fait l'objet d'un tas de sollicitations. Sachant son caractère un peu jouette (sic), cela n'aurait peut - être pas été l'idéal pour lui. Plutôt que le bord de Meuse, il avait finalement préféré le bord de mer à Knokke comme cadre de vie."

Pas étonnant quelque part ?

"Non, car c'est une contrée du pays qu'il aimait particulièrement. Son choix de résider là-bas ne m'a donc pas surpris. Et puis l'air du large ne pouvait que lui faire le plus grand bien..."

Demain, vous serez présente au Breydelstadion pour y suivre le choc. On ne vous demandera pas pour qui votre cœur penchera...

"Partout où il est passé, François n'a fait qu'amplifier ma passion pour le football. Une passion qui est véritablement née à La Calamine et qui s'est accrue à OHL. Mais quand il a découvert la D1, j'ai encore plus apprécié. C'était encore une autre dimension. Cette saison, je ferai en sorte de suivre ponctuellement les Blauw en Zwart à domicile et le plus souvent possible en déplacement. J'ai comme l'impression d'être leur petite mascotte et puis, un peu à travers moi, François est toujours là avec son numéro 23 dans le dos. Le nombre de messages que je reçois sur Facebook est d'ailleurs éloquent quant à l'impact que mon fils défunt continue à avoir auprès des partisans du Club."

Restons avec les Gazelles. Que pensez-vous de leur parcours actuel ?

"Le classement actuel de Bruges plaide en sa faveur et démontre que le Club aura sûrement son mot à dire pour la conquête du titre, mais j'estime qu'il peut mieux dans la qualité du spectacle produit. Et quoi qu'on en dise, Stijnen lui a déjà rapporté quelques points cette saison."

Thibault, votre autre fils, ne laisse rien transparaître non plus de sa tristesse profonde. Et pourtant...

"C'est vrai. François était non seulement son frangin mais également son point de repère, son dieu vivant. Il en était très fier. Comme moi, Thibault se nourrit de tous les signes de sympathie à l'adresse de son frère pour atténuer son chagrin si tant est que ce soit possible. À Charleroi, Mogi Bayat l'a convié à s'asseoir à côté de lui. Un geste chaleureux qu'il a apprécié en silence. Thibault possède le même côté prévenant qu'avait François. Ainsi, un jour, il s'est rendu avec son père sur le lieu de l'accident à Vrasene et à son retour, il m'a formellement interdit de faire de même : 'Ne va jamais voir ça', m'a-t-il enjoint sur un ton ferme. Je préfère de loin garder en mémoire toutes ces écharpes et toutes ces fleurs pendues à la grille du stade. Rien qu'à y penser..."

Le 8 mai prochain, date anniversaire de la mort de François, coïncidera à un jour près avec la 33e journée de championnat qui prévoit un certain Standard - Club Bruges...

"Je suis au courant effectivement. D'aucuns parmi les supporters liégeois m'ont déjà promis qu'ils rendraient un vibrant hommage à François. Le public de Sclessin est tout bonnement phénoménal. Je l'ai constaté de visu lors de la venue de Séville."



© La Dernière Heure 2008