Quand Standard - Charleroi épate Preud’homme…

À Courtrai, samedi dernier, la calamiteuse entrée en matière de son équipe avait cueilli à froid Michel Preud’homme : "La manière dont on a abordé la rencontre a constitué une très mauvaise surprise pour moi. Je n’avais jamais pensé que mes joueurs pourraient vendanger comme ils l’ont fait un début de match. D’autant que rien, tout au long de la semaine d’entraînement, n’avait laissé présager un tel manque d’engagement."

Ulcéré par ce comportement inattendu, l’entraîneur du Club avait proféré des menaces : "Le crédit de certains est arrivé à échéance. Je ne l’oublierai pas quand j’établirai mes sélections pour la Ligue des Champions."

Michel Preud’homme n’avait pas cité de noms mais les coupables s’étaient identifiés.

Les joueurs incriminés ont-ils vécu une semaine physiquement éprouvante ?

"Pas particulièrement. Je ne suis pas un adepte des entraînements de punition en tant que tels. Je ne vais pas éreinter mes joueurs en préparation au risque de provoquer des blessures. Il y a d’autres façons de les titiller. On peut les piquer par des mots. Revoir les images de certaines phases peut également faire prendre conscience des manquements déplorés. J’espère que le message est bien passé. On le saura ce dimanche, au coup de sifflet final du match contre le Standard. Je veux croire qu’à Courtrai, nous n’avons subi qu’un accident. D’autant que j’ai toujours été satisfait de l’intensité affichée par le groupe à l’entraînement. Ce fut encore le cas cette semaine".

Vos joueurs vous doivent-ils une revanche ?

"Mais non. Les joueurs ne doivent pas jouer pour l’entraîneur. Ils ne sont pas là pour lui faire plaisir. Ils sont payés par un club pour faire le job que celui-ci leur a assigné."

Il y a un an, à deux jours près, vous infligiez sept buts à un Standard à la dérive. Ces réminiscences peuvent-elles influer sur le psychique de vos joueurs ?

"Pas du tout. Ils n’ont pas oublié que le Standard nous a battus au match retour et qu’il a remporté contre nous la Coupe de Belgique. On ne doit jamais s’appesantir sur un résultat d’une saison précédente."

Le club de Sclessin est de nouveau en crise aujourd’hui. Vous vous attendez à un déroulement identique ?

"Absolument pas. Les deux situations ne sont absolument pas comparables. Il y a un an, le Standard venait juste de changer d’entraîneur et son football était à la dérive. Aujourd’hui, le Standard a des principes de jeu, un concept et il s’y tient. J’ai suivi attentivement son match contre Charleroi. La première demi-heure des deux équipes m’a épaté : quelle dépense physique, quel travail de marquage, de démarquage, de jeu dans les espaces. Quelle vitesse d’exécution, aussi. Excusez-moi mais on n’a pas assisté à beaucoup de premières demi-heures de ce calibre dans notre championnat cette saison ! Je ne sais ce qui se passe au Standard. Je lis seulement que la situation n’y est pas agréable pour Yannick Ferrera. De l’extérieur, j’observe seulement que pour un jeune entraîneur il manage bien son boulot."

Roberto Martinez n’a retenu aucun Brugeois dans sa première sélection. Êtes-vous vexé ?

"Non. Engels est repris dans les Espoirs, Meunier est parti. Seul De Bock aurait peut-être pu être appelé. Je vais être franc : un entraîneur n’est jamais déçu quand ses joueurs ne son pas sélectionnés."


"Pas d’ultimatum de la direction"

Vitor Pereira avec qui il y a un accord depuis plus de deux semaines. Slomka, Conceição et Rednic qui sont cités ça et là, sans qu’il y ait pour autant eu contact avec chacun d’eux. Chaque jour depuis le mauvais partage contre Charleroi, Yannick Ferrera lit le nom de l’entraîneur qui va lui succéder à la tête du Standard… alors qu’il préférerait lire l’officialisation des renforts qu’il attend désespérément. Le contexte qui entoure la préparation du match au sommet à Bruges, dimanche, est loin d’être idéal pour le coach rouche et ses joueurs. Mais Yannick Ferrera assure qu’il gère.

"On sait tous ce qui se passe. On vit dans ce climat-là depuis le début. Je gère cela avec calme, professionalisme et classe. Beaucoup de choses sont dites et écrites. Je ne peux pas empêcher certaines personnes de dire des choses, de faire passer des messages."

Outre les noms de successeurs, il y a aussi eu l’interview de Daniel Van Buyten qui a critiqué son coach.

"Je n’ai pas à donner mon avis sur cette sortie. Ce n’est pas fréquent mais c’est ainsi. Quelles que soient les déclarations de qui que ce soit, cela ne me perturbe pas. Tant que ma direction ne me dit pas : ‘on a parlé avec un tel’ ou ‘on compte te limoger’, je continue à travailler. À moi, la direction n’a rien dit : j’ai croisé une fois Daniel Van Buyten et on s’est simplement salué. J’ai vu Olivier Renard après l’un ou l’autre entraînement mais on n’a pas parlé d’autre chose que de l’entraînement. Je n’ai pas à croire ce qui se dit dans les journaux. Bien sûr, je préférerais me passer des appels de mes proches qui me disent que ce qui se dit est inacceptable."

Yannick Ferrera ne peut cependant l’ignorer : le déplacement à Bruges a beaucoup de chances d’être son dernier match à la tête du Standard.

"Je sais qu’un entraîneur doit gagner, ce qu’on n’a pas fait assez. Chaque match peut être un match couperet. Je vis avec cette idée. Mais je n’ai pas reçu de menace ou d’ultimatum de la direction. Je continue tout simplement à faire ce que je fais depuis le premier jour : m’investir à fond pour obtenir des résultats et faire gagner le Standard."

Gagner à Bruges ne sera pas une mince affaire. Les Blauw en Zwart ont déjà dominé les Rouches en Supercoupe, même à 10. D’un autre côté, ils ne sont pas non plus en grande forme.

"Le contexte est différent de la Supercoupe. Depuis ce match, on a progressé physiquement et mentalement. Le contenu n’a pas été top, mais on a su quelques fois garder le zéro et prendre des points. On a perdu un joueur (NdlR : Santini, qui marquait facilement contre les Brugeois) et l’un ou l’autre sont arrivés et il faut trouver la bonne formule. Bruges a récupéré Engels, donc Simons jouera plus haut, mais a perdu Refaelov et Izquierdo. On s’est dit ‘ouf’ même si on les a déjà battus quand ils jouaient tous les deux. Mais on sait que leurs remplaçants voudront se montrer. On sait aussi qu’ils seront remontés après Courtrai. Ce ne sera pas facile mais on essaiera de garder le zéro et de leur en planter un ou deux…"

Ce serait sans doute la seule manière de compliquer la décision de la direction. Si elle peut encore changer, du moins.