Division 1A

Les plaidoiries ont débuté samedi matin devant la commission des litiges d'appel de l'Union belge de football (URBSFA) lors de la première audience dans le cadre de la procédure disciplinaire concernant le possible match arrangé dans la lutte pour la relégation de la saison passée.

Pour les avocats des clubs du Beerschot Wilrijk, de Lokeren et de Tubize, les faits de corruption sont établis. "Les enregistrements téléphoniques sont clairs", estime l'avocat de Lokeren Walter Van Steenbrugge.

Le Beerschot Wilrijk, le Sporting Lokeren et l'AFC Tubize se sont volontairement portés parties intéressées dans ce dossier. Les trois clubs sont concernés par le sort qui sera réservé au FC Malines et à Waasland-Beveren. Si le 'Malinwa' et le club waeslandien sont sanctionnés (pas de montée en D1A pour Malines et rétrogradation en D1B pour Waasland-Beveren), Lokeren (relégué sportivement de D1A) pourra rester en Jupiler Pro League, tandis que le Beerschot, battu par Malines en finale de la Proximus League, serait promu. Tubize (relégué sportivement de D1B) se maintiendrait de son côté en Proximus League.

Deux fédérations de supporters du FC Malines ont également plaidé samedi matin. L'après-midi, on se penchera sur les dossiers des agents Dejan Veljkovic, Evert Maeschalck, Walter Mortelmans et Thomas Troch.

Cinq autres sessions ont été programmées. Lundi, ce sera au tour du FC Malines. Les avocats de Waasland-Beveren entreront en action mardi. Pour le vendredi 24 mai (au plus tard 23h59), le procureur fédéral Kris Wagner doit déposer sa réplique. Un jour plus tard, le samedi 25 mai, le parquet l'expliquera aussi oralement.

Les dernières plaidoiries doivent se tenir le lundi 27 mai, à nouveau pour les parties intéressées et les agents. Le dernier mot reviendra, le 28 mai, aux avocats du FC Malines et de Waasland-Beveren. La Commission des litiges d'appel examinera ensuite le dossier afin de prendre une décision au plus tard le 30 juin, dernier jour officiel de la saison 2018-2019. Passé cette date, plus aucune rencontre de cet exercice ne pourra être disputée.

"Mon client veut bien tout déballer, mais pas maintenant..." (l'avocat de Dejan Veljkovic)

Kris Luyckx, un des avocats de l'agent de joueurs Dejan Veljkovic, qui s'est engagé envers la justice à lui révéler tous les dessous du footgate dont il a connaissance, en échange d'une sanction pénale allégée, a une nouvelle fois expliqué samedi devant la Cour d'appel de la Commission des litiges de l'Union Royale belge de football (URBSFA), que son client ne pouvait dans ce contexte lui faire aucune révélation. Il a donc plaidé pour un report de son audition, et demandé que la procédure le concernant soit détachée de celle en cours.

"Fin juin le procureur fédéral en aura terminé avec Dejan Veljkovic, qui sera alors en mesure de raconter tout ce qu'il sait à cette commission", a-t-il expliqué. "Ce qui lui est maintenant impossible, et même interdit".

Le problème c'est que Veljkovic fait figure de personnage central de l'affaire des matches truqués.

Un problème qui n'en serait cependant pas un, selon l'avocat.

"Je comprends bien sûr que la commission du calendrier doit pouvoir faire son travail dans des délais relativement stricts", a-t-il reconnu, "mais scinder la procédure ne le retarderait en rien. Monsieur Veljkovic est tout disposé à s'exprimer devant cette commission sans lui cacher quoi que ce soit, mais pas maintenant. Parce que dans ce cas, il risquerait de perdre son statut de repenti. Mon client sait très bien qu'il va devoir s'expliquer, et révéler ce qu'il sait à propos de ces affaires. Il est prêt à le faire, mais ultérieurement. Il a d'ailleurs beaucoup de choses intéressantes à dire, y compris concernant le match Eupen-Mouscron. Mais pour cela vous devez séparer cette affaire. Je précise que quand je dis ultérieurement, cela ne signifie pas dans très longtemps. Le procureur s'efforce en effet de boucler ce dossier avant l'expiration de l'année judiciaire. Autrement dit nous devrions être en mesure de parler librement de tout cela fin juin. En attendant cette commission qui n'a pas voulu attendre, doit à présent se baser sur un dossier incomplet, où manquent les révélations de Dejan Veljkovic. Comme s'il y avait des choses qu'elle n'avait pas envie d'entendre. Cette précipitation avait-elle lieu d'être ? Elle ne va en tout cas certainement pas clarifier le tableau", a conclu Kris Luyckx.

L'avocat Bart Verbeelen a lui confirmé que sans les déclarations 'cruciales' de Veljkovic, le dossier était incomplet, sinon carrément inexact. Les trente-cinq pièces transmises par la justice sont en effet presque toutes antérieures aux auditions du repenti.

De plus, selon l'avocat, il est illogique de poursuivre Veljkovic qui n'est pas affilié à l'Union belge, ni par conséquent soumis à ses règlements.

"Ces poursuites ne reposent donc sur aucune base légale", a-t-il affirmé.

Les associations de supporters de Malines défendent leur "enfant"

Les associations de supporters "Malinwa" et "KV Mechelen Support" étaient présentes pour défendre leur "enfant", samedi lors de première séance de la chambre d'appel de la Commission des litiges de l'Union Royale de football (URBSFA). Leur message est clair: elles ont (re)fondé ce club en le sauvant de la disparition en 2003, et ne sont en rien impliquées dans les affaires jugées. Le Kavé Malines non plus, par conséquent, selon leur avocat Tim De Hertogh.

Les deux associations sont impliquées de leur plein gré dans la procédure au titre de parties intéressées.

"Nous n'intervenons pas directement dans les débats concernant les administrateurs suspectés", précise De Hertogh. "Mais cette commission doit souverainement décider s'il convient de lier le sort du club à celui des personnes poursuivies. Est-ce bien le Kavé Malines en tant que club, qui a faussé ou tenté de fausser la compétition ? Si pour le parquet fédéral cela ne fait apparemment aucun doute, la réponse à cette question ne peut pourtant à notre avis qu'être négative. Parce que le Kavé, c'est nous..."

Et de préciser. "Le matricule 25 a été acheté pour près de 675.000 euros par l'asbl Red KV Mechelen, créée par Mark Uytterhoeven. Le club actuel en est issu. Les supporters sont en outre largement représentés au sein de l'assemblée générale. Plus de cinq millions d'euros des fonds actuels du club ont été apportés par les supporters, qui n'ont aucun intérêt à fausser la compétition. Je demande donc d'acter que le Kavé Malines n'est pas coupable de corruption ou de tentative de corruption", a déclaré De Hertogh.

Il a également jugé surréaliste que trois juges envisagent d'infliger des peines très sévères aux conséquences énormes, en se basant sur un dossier où ne figurent pas les déclarations du personnage central de l'affaire (l'agent de joueurs Dejan Veljkovic, ndlr), qui n'est pas autorisé à révéler la vérité.

Enfin il y aurait aussi un problème de procédure, selon Maître De Hertogh.

D'après l'article B1711.141 du règlement fédéral, des faits de corruption susceptibles d'être sanctionnés d'une dégradation à un niveau inférieur, ou d'une modification du classement, doivent être dénoncés avant le 15 juin de la saison où ils auraient été commis, ou au plus tard sept jours après la dernière journée du championnat, s'il n'est pas terminé à cette date.

Autrement dit une plainte déposée ultérieurement doit être déclarée non recevable, selon Tim De Hertogh...

Walter Mortelmans nie avoir voulu influencer Olivier Myny et plaide non coupable

Walter Mortelmans, dont le bureau ISM défendait à l'époque les intérêts d'Olivier Myny, qui est suspecté d'avoir voulu influencer l'ex-joueur de Waasland-Beveren pour fausser un match perdu 2-0 à Malines, menacé de relégation, a nié les faits et réclamé son acquittement, samedi lors de la première séance de la chambre d'appel de la Commission des litiges de l'Union Royale de football (URBSFA). "Mon client n'a rien à faire ici", a en effet plaidé son avocat.

Il est mentionné dans le dossier de l'affaire que Mortelmans a eu un contact téléphonique avec Thierry Steemans, directeur financier du Kavé Malines, lequel s'est inquiété de savoir si Myny allait jouer le match "à fond". Il a également rappelé au passage qu'un transfert du joueur intéressait toujours Malines. Enfin il aurait carrément demandé à Mortelmans d'inciter Myny à lever le pied. L'agent aurait alors promis de lui en parler.

"La vraie question", s'est exclamé l'avocat Van de Kerkhof, "consiste à savoir ce que mon client a réellement dit à son joueur. Et la réponse c'est qu'il ne lui a rien dit du tout. Il l'avait juste fait croire à Steemans pour ne pas compromettre leurs bonnes relations. En réalité il s'est contenté de signaler au joueur, par l'intermédiaire de Thomas Troch, que Malines s'intéressait à lui. Il a simplement été conseillé à Myyny, qui d'ailleurs le confirme, de ne pas célébrer son goal avec trop de jubilation, au cas où il en marquerait un. Mais il ne lui a jamais été question de lui demander de fausser le match, et encore moins de lui promettre une somme d'argent pour cela. Je ne comprends donc pas comment le procureur fédéral peut arriver à cette conclusion, alors que même les enregistrements des conversations téléphoniques confirment ce que je suis en train de vous expliquer. Et je comprends encore moins ce que mon client fait ici. Ce n'est sûrement pas sa place, et il n'existe aucune preuve des accusations dont il fait l'objet..."

Il est cependant précisé dans le dossier que Mortelmans a contacté le directeur financier de Waasland-Beveren Olivier Swolfs le lendemain du match, pour lui confier qu'il n'avait finalement contacté aucun de ses joueurs, afin de ne pas se "brûler les doigts".

L'agent de joueur Thomas Troch clame son innocence

Thomas Troch, ex-agent d'Olivier Myny, suspecté d'avoir voulu influencer l'ancien joueur de Waasland-Beveren, aujourd'hui affilié à Oud Heverlee-Louvain, pour fausser un match perdu 2-0 à Malines, menacé de relégation, a nié les faits et demandé une confrontation avec l'intéressé, samedi lors de la première séance de la chambre d'appel de la Commission des litiges de l'Union Royale de football (URBSFA). "C'est en votre pouvoir de réclamer ce complément d'énquête au procureur fédéral", a-t-il dit.

Selon le coordinateur de l'enquête Ebe Verhaegen, et le procureur fédéral Kris Wagner, c'est Troch qui a recommandé à Myny de lever le pied à Malines, le 12 mars 2018. Cela s'est passé en consultation avec Walter Mortelmans, partenaire de Troch au sein du bureau d'agents ISM.

Ce que conteste Maître Simaey, l'avocat de Troch. "Nous ne serions même pas là si les conversations entre Troch, Mortelmans et Myny avaient été écoutées", a-t-il affirmé. "Cela faisait un certain temps que Myny voulait quitter ce club où il était très peu aligné. Troch était parfaitement dans son rôle en lui confirmant un intérêt de Malines. Mais cela n'a rien à voir avec une tentative de falsification d'un match..."

"Jamais il n'a été dit qu'un contrat lui serait offert au Kavé Malines, ou une quelconque somme d'argent, s'il faussait le match. Le joueur le confirme, et les conversations sur WhatsApp entre Troch et Myny, également.

L'avocat a par ailleurs reproché au procureur fédéral de manquer de clarté.

"De quoi est-on finalement accusé", a-t-il en effet demandé. "D'avoir faussé la compétition, ou de ne pas avoir dénoncé une tentative de falsfication? Comment voulez-vous que je défende convenablement mon client si je l'ignore. Mais quoi qu'il en soit la seule chose qu'on a demandé au joueur, c'est de ne pas célébrer son goal avec trop de jubilation devant le kop de Malines, au cas où il en marquerait un. Rien d'autre. J'ai demandé avec beaucoup d'insistance une confrontation, qui m'a été refusée. Et je la redemande ici. Comme je demande que la plainte contre Thomas Troch soit déclarée non fondée. On ne peut pas lui infliger davantage qu'une simple réprimande. Et encore, ce serait déjà une peine trop sévère", a conclu l'avocat.

A noter qu'Olivier Myny a collaboré comme "repenti" à l'enquête de l'Union belge.