Le sacre de Genk, c’est le fruit d’un travail de longue haleine

Le Racing a remporté le 3e titre de son histoire. Voici les 7 clés du succès limbourgeois de cette saison.

1.La nomination de Franky Vercauteren

Quand le Bruxellois a pris la succession de Hein Vanhaezebrouck, début décembre 2009, le Racing était au plus mal. D’une équipe moribonde, il a fait une équipe championne. Après une qualification inespérée, il y a un an, pour la Ligue Europa par le biais des playoffs 2, il a mené ses troupes à la conquête du Graal ce printemps. Sous sa direction, Genk a pris 125 points sur 189 possibles, soit deux tiers des unités en jeu. Pour cela, il a d’abord donné un style de jeu clair à une équipe déstabilisée par le 3-4-3 trop audacieux de Vanhaezebrouck. Il a également restauré la confiance auprès de joueurs minés par les résultats en demi-teinte des dernières saisons. Enfin, il a conféré un mental de vainqueur à d’autres souvent trop vite satisfaits d’eux-mêmes.

2. L’absence de pression

Mais la métamorphose vaut pour l’entraîneur lui-même. Toux ceux qui le revoient aujourd’hui ont retrouvé le jeune coach, formateur dans l’âme, du FC Malines puis l’adjoint à Anderlecht. À la Cristal Arena , Vercauteren a retrouvé une atmosphère professionnelle mais plus décontractée. Le cynisme de sa période anderlechtoise a fait place à une plus grande souplesse, sans jamais pourtant se départir de ce professionnalisme et ce souci du détail qui le caractérisent. Il est vrai que la pression, telle qu’il l’a connue chez les Mauves , est nettement moins présente. Le Racing a traversé quelques moments difficiles tout au long de cette saison. Le 1/9 contre Courtrai, Anderlecht et Westerlo en octobre, le 0/6 au Standard et à Anderlecht au début de ces playoffs ou encore la nette défaite à Bruges il y a huit jours : autant de contretemps qu’il aurait sans doute plus mal vécus il y a quelques années encore au parc Astrid.

3. Des joueurs métamorphosés

Transfiguration toujours, on ne peut passer sous silence celle qui a touché des joueurs comme Jelle Vossen, Daniel Tözser ou Éric Matoukou. Le premier avait failli s’échouer sur une voie de garage après son prêt au Cercle. Sans Franky Vercauteren, il ne serait peut-être plus au Racing. En lieu et place, il s’est révélé pour terminer à la 2e place du classement des buteurs de la compétition et a gagné ses galons de Diable Rouge. Daniel Tözser, vanté pour son pied gauche, était aussi un joueur jugé trop lent, un stratège du temps passé. Le Hongrois, bien aidé par David Hubert, est devenu le cerveau de cette équipe, celui qui place sur orbite ceux chargés de faire la différence. Éric Matoukou symbolise peut-être davantage encore cette transformation. Avec un capital confiance énorme accumulé ces derniers mois, le Camerounais, peu avare naguère de bourdes ou de fautes inutiles, est devenu l’un des meilleurs défenseurs de ce championnat et le pilier de la défense limbourgeoise.

4. L’éclosion de jeunes talents

Deux teenagers auront pris une importance particulière dans ce titre. On connaissait déjà les qualités de Kevin De Bruyne. Après une baisse de régime due à une mononucléose, le Gantois a éclaboussé de sa classe ces playoffs avec des assists (il mène ce classement depuis le départ de Boussoufa) ou des buts d’anthologie. Il a souvent créé l’étincelle quand le Racing était en panne d’idées. Plus surprenante est l’affirmation de Thibaut Courtois entre les perches. Le géant limbourgeois (1,99 m) n’a dû, dans un premier temps, sa place qu’aux ennuis administratifs de Köteles. Mais il a saisi sa chance à pleins gants. À 18 ans, il a joué avec l’assurance d’un grand. Mis à part une sortie intempestive contre le Standard à l’aller, qui a coûté un penalty et sans doute précipité la défaite des siens, Courtois a gagné des points décisifs. Son envolée sur un essai de Veselinovic contre Anderlecht ou ses arrêts à répétition à Gand ont eu leur importance dans ce sacre. Les éclosions de De Bruyne ou de Courtois ne sont pas isolées. Des titulaires à part entière comme David Hubert ou Jelle Vossen, Marvin Ogunjimi sont tous arrivés au Racing avant leurs 17 ans, comme autant de preuves d’un recrutement et d’une formation intelligents.

5.Un mercato intelligemment négocié

Là où Anderlecht a laissé filer un élement aussi important que Boussoufa, le Racing a su garder tous ses talents. Seul João Carlos a été autorisé à partir pour services rendus, mais aussi, sans doute, parce que le Brésilien, souvent blessé, n’était peut-être plus aussi indispensable. Genk en a profité pour étoffer son noyau avec des joueurs comme Vanden Borre mais aussi Nadson ou Kennedy, qui auront attisé la concurrence mais également été capables de remplacer un pion important le cas échéant. Ainsi, Nadson (censément le remplaçant présumé de João Carlos) aura, tour à tour, plus ou moins fait oublier les absences de Hubert ou de Joneleit.

6. La régularité

Qui aurait été sacré champion au terme de la saison régulière ? Anderlecht. Qui a engrangé le plus de points au cours de ces playoffs ? Le Standard. Mais qui est finalement sacré ? Genk ! Et ce n’est sans doute que justice pour les Limbourgeois, qui n’ont jamais décollé des deux premières places. Le Racing a été performant d’entrée de jeu et a continué sur sa lancée, avec juste l’un ou l’autre passage à vide. Anderlecht s’est affaibli au fil des mois ou des mercatos. Le Standard, lui, s’est rebâti une équipe en cours de saison à coups de transferts. Le Racing a, au contraire, misé d’emblée avant tout sur le potentiel que recelait le club. Même s’il a sans doute eu, pour cela, la chance de ne pas déplorer trop de blessés. Vossen, De Bruyne et Hubert sont revenus beaucoup plus vite qu’attendu dans le parcours. Seul Barda aura loupé la seconde partie des playoffs.

7.

La stabilité retrouvée

Après le second sacre en 2002, le Racing a traversé plusieurs zones de turbulences. Il y a eu la valse des entraîneurs, mais aussi celle des managers (Jacobs, Reynders) ou des présidents (Vaessen, Lemmens). Depuis deux saisons, le Racing a retrouvé une stabilité et, surtout, une unité de vue. Le jeune président Herbert Houben, moins sujet aux sorties médiatiques que ne l’était Jos Vaessen, a apporté une certaine sérénité. L’organigramme du club a été professionnalisé. Le directeur général Dirk Degraen, qui a prolongé pour 4 ans, effectue, lui aussi, un gros travail en coulisses, en parfaite intelligence avec Franky Vercauteren. C’est sans doute grâce à cette stabilité que, depuis deux ans, le Racing transfère de nouveau juste et bien. Même si le prochain mercato, où des éléments comme De Bruyne ou Vossen pourraient tenir la vedette, risque fort de se révéler plus délicat.



© La Dernière Heure 2011