La Pro League a présenté son manuel contre les chants racistes et discriminatoire lors d'un séminaire organisé à Bruxelles mercredi.

L'association des clubs professionnels conseille aux clubs de football d'agir de manière préventive mais aussi répressive. "Nous voulons faire prendre conscience que la discrimination n'a pas de place dans nos stades", a déclaré le co-auteur du manuel et porte-parole de la Pro League Stijn Van Bever.

La Pro League a travaillé un an et demi sur ce manuel, qui se concentre principalement sur la prévention et les sanctions. Une série de lignes directrices doivent aider les clubs de football à laisser le racisme et la discrimination hors des stades de football. Ces dernières semaines, le phénomène est revenu douloureusement sur le devant de la scène. Le Diable Rouge Romelu Lukaku en Italie et le joueur de Charleroi Marco Ilaimaharitra, pris à partie par des supporters malinois, ont notamment été victimes d'actes racistes.

Le manuel de 60 pages est basé sur trois piliers, a expliqué Van Bever. "D'une part, il appartient au club de faire comprendre clairement qu'il n'y a pas de place pour ces comportements dans et autour des stades, ou plus généralement dans le club", a expliqué le porte-parole de la Pro League. "Si des chants racistes ou discriminatoires se produisent, les supporters doivent être identifiés et sanctionnés. Les supporters punis doivent suivre des formations avant d'être à nouveau autorisés à entrer dans les stades."

Les supporters de football coupables de cris de singe ou d'insultes à l'arbitre doivent recevoir une interdiction de stade par le club. Ce n'est qu'après avoir suivi des cours qu'ils pourront reprendre place en tribune. C'est l'un des moyens par lesquels la Pro League veut s'attaquer aux chants racistes et discriminatoires.

Pour ce manuel, la Pro League a regardé ce qui se faisait en Angleterre et, surtout, au club néerlandais de Feyenoord. Les supporters juifs ne se sentaient plus les bienvenus au Kuip car les supporters du club, en particulier lors du match au sommet contre l'Ajax, lançait régulièrement des chants anti-juifs. Le club de Rotterdam a alors entamé une collaboration avec la Maison Anne Frank.

La Pro League organisera, en collaboration avec différents partenaires, des ateliers similaires pour réintégrer les supporters qui ont écopé d'une interdiction de stade. "Tout comme Feyenoord, nous devons offrir un miroir pour qu'ils puissent se confronter avec leur comportement. Nous voulons faire prendre conscience que la discrimination n'a pas de place dans nos stades. Nous ne pouvons plus considérer les chants racistes comme des actes individuels."

Van Bever mentionne le travail d'équipe pour combattre le problème et la perception d'impunité. "Le Parquet fédéral et les instances disciplinaires de la fédération sanctionne les clubs, qui, à leur tour, rappellent à l'ordre les supporters avec des exclusions individuelles. La Pro League organise des ateliers", détaille Van Bever, qui pense que le manuel est également utile pour les clubs amateurs. "Même si nous espérons bien sûr que nos lignes directrices devront être utilisées le moins possible. Chaque incident est un de trop. L'impact sur les joueurs est énorme. On ignore aussi souvent l'impact sur le supporters à côté ou sur le jeune ramasseur de balle."

Selon Pierre François, le public "en a marre du racisme et de la discrimination"

"Le moment est venu de laisser le racisme, l'homophobie et la discrimination hors de nos stades". C'est ce qu'a déclaré Pierre François, directeur général de la Pro League, mercredi durant la présentation du manuel sur les chants racistes et discriminatoires qui a pour but d'aider les clubs dans la lutte contre les comportements offensants.

"Nous pouvons parler longtemps de mesures préventives, de sensibilisation, de formation et d'atelier", a indiqué François. "Mais nous sommes arrivés à un moment charnière: le public en a marre du racisme et de la discrimination. De nombreux dirigeants de clubs trouvent que la Pro League fait encore trop peu pour s'attaquer à ce problème dans nos stades. Nous devons faire quelque chose de plus pour être à la hauteur de l'ambition d'éliminer pour de bon le racisme, la discrimination et l'homophobie. Le moment est venu."

Selon Pierre François, l'ambition n'est pas facile à réaliser. "Car tout le monde ne remarque pas toujours que cela blesse l'autre. Même si vous ne faites que chanter, cela peut avoir des conséquences. Et qu'en est-il de l'auto-dérision et de l'humour? Devons-nous aussi les sanctionner?", s'interroge le directeur général de la Pro League. "La majorité de ces personnes ne sont pas tout à fait conscientes de ce qu'elles crient ou chantent. Elles veulent le plus souvent déstabiliser l'adversaire. Mais vous devez leur apprendre qu'il existe d'autres manières d'y parvenir. C'est pourquoi nous organisons des ateliers afin que le retour dans les tribunes après une interdiction de stade se passe bien."

"Même s'il s'agit d'une matière difficile, les clubs de football parlent aujourd'hui de manière semblable. Ce n'est pas si évident dans le contexte du football. La Pro League n'a pas peur de sanctionner ses clubs. Tous les clubs doivent être conscients de leur rôle social. Tous les responsables de club attendent l'aide de la Pro League. C'est ce que nous leur offrons avec ce manuel, car la clarté au sujet des meilleures pratiques constitue la meilleure solution."