En 2013, il pose ses valises à Ostende. En ce début de saison, l’histoire se répète, il assume parfaitement sa mission. Celle de sublimer un petit de l’élite. Mais après un début de saison convaincant qui l’a vu trôner en tête du classement des passeurs début octobre, ce numéro 10 à l’ancienne n’a, depuis, plus la cote à la Côte. Relégué sur le banc, Berrier le Normand digère moyennement d’être laissé au frigo tel un pichet de cidre qui aurait tourné. A bientôt 32 ans (en février prochain), il livre un regard lucide mais sans concession sur le milieu "hypocrite" du foot et en profite pour régler ses comptes avec Riga qui l’a trompé au Standard ou encore ces arbitres qui ont fermé la porte au dialogue. Un frondeur, ce Berrier ? Lui répond qu’il est juste vrai et franc. Bref, tout ce que le foot n’est plus. Confidences.

1) Un climat de terreur a gagné la Belgique ces derniers jours. L’atmosphère sur le pré samedi dernier contre Malines devait être un peu particulière.

Non, pas plus que ça. On savait que la sécurité était renforcée autour du stade. Il ne faut pas s’arrêter de vivre pour ça. Après on n’a pas été bons, au retour d’une trêve internationale, ça arrive. Beaucoup de joueurs sont rentrés dans l’équipe et ça n’a pas marché.

2) Avec l’absence de Siani, vous avez évolué dans un rôle de milieu défensif. Sans doute pas votre poste de prédilection.

C’est un poste que j’aime bien. Si le coach me met là, c’est qu’il a confiance. Après c’est vrai que ça n’a pas fonctionné spécialement. Malines nous est bien rentrés dedans, on a manqué d’espace et je n’ai pas eu beaucoup de ballons durant la première demi-heure. Ensuite je suis repassé en dix et je me suis révélé plus performant.

3) C’est la position de numéro « 10 » que vous affectionnez le plus, non ?

Pas forcément. Moi du moment que je suis sur le terrain et que je suis libre, c’est le plus important. Il ne faut pas que les consignes soient trop strictes, que je ne sois pas obligé d’être assigné à une position. Je pourrais même jouer arrière droit, tant qu’on me laisse libre. C’est toujours dur de rester sur le côté comme ces cinq derrières semaines. Après peu importe le système, je peux évoluer en six ou huit, mais il faut me laisser de la liberté. La tactique en théorie on ne peut pas toujours l’appliquer à la lettre en match. Il y a une part d’instinct aussi.

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4) L’important ce n’est donc pas le système de jeu mais l’espace dont vous disposez.

C’est clair qu’à mon arrivée, on ne me connaissait pas et ça me laissait davantage de marge de manœuvre. Quand personne ne vous connait, ça permet de briller. Mais au bout d’un moment, ça ne passe plus parce que les adversaires vous repèrent et trouvent la parade.

5) Du coup, sur la pelouse quelles sont vos partenaires privilégiés ?

On se comprend mieux avec certains qu’avec d’autres. Par exemple, j’ai de la complicité sur le terrain avec Siani ou ça passe bien avec Canesin aussi. Avec d’autres, c’est plus compliqué, parce qu’ils jouent plus lentement ou privilégient le jeu long.

6) Cette saison, Ostende s’est fait une place dans le haut du classement. Vous espérez titiller les grands jusqu’au bout ?

Déjà il faut viser les playoffs 1, ça serait déjà extraordinaire quand on voit d’où on vient. Et puis, pourquoi pas viser une place européenne. Ça serait le top. D’autant qu’avec le président qu’on a, on sait qu’on ne connaîtra pas de problèmes financiers pour gérer les frais de déplacement notamment : ce ne sera pas comme à Charleroi par exemple…

7) Entre nous, Marc Coucke, il est comment en vrai ?

Marc Coucke, on ne le voit pas souvent seulement lors des matches. Après il est surchargé avec ses affaires. Le jour de match, pour ceux qui veulent le voir, il est toujours au stade en train de chanter. C’est un homme extraordinaire et par rapport à sa fortune, il reste très simple, joyeux. Il n’a pas besoin de caméras pour se comporter de la sorte.

8) Jusqu’où peut aller Ostende? Le club peut-il s’installer comme un grand du championnat ?

Tout dépend de ce que veut le président. C’est lui qui fait tout ici. Si du jour au lendemain il en a marre, le club s’écroule. Il suffit de voir au niveau de l’augmentation des salaires depuis que le club est en D1, la présence des sponsors également. On lui doit tout ça. Mais c’est un peu dangereux aussi.

9) Marc Coucke, pièce maîtresse en dehors du terrain. Franck Berrier, pièce maitresse sur le terrain, c’est encore possible ?

A la base c’était le projet mais on ne sait pas tout dans le foot. Est-ce qu’il y a des gens au sein du club qui ne veulent pas que je joue ? C’est ça la question. Il y a des choses qui ne se disent pas. Après neuf prestations de bon niveau, dont six reprises dans l’équipe-type de la Pro League, je me retrouve sur le banc du jour au lendemain.

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10) Vous pensez que Franck Berrier dérange à Ostende ?

Je me suis posé la question : qu’est ce que j’ai fait ? Je n’ai pas foutu la merde, je n’ai rien fait !

11) Vous dites de vous : « j’ai un gros égo mais pas l’âme d’un leader. » Qui est le patron du vestiaire ?

Il n’y a pas véritablement de leader dans l’équipe. Il n’y a pas un mec dont on se dit quand on le voit dans le vestiaire: « Merde, Il est là aujourd’hui, il va crier encore ! » Sans rien dire, la présence de certains suffit à rassurer le groupe juste par l’attitude. Il y a des leaders de terrain et j’en fais partie avec Rozehnal notamment.

12) Comment expliquez-vous ce choix d’avoir été mis en retrait de l’équipe ?

Franchement je ne comprends pas. Au début de la saison, après une bonne préparation, j’avais été mis de côté au premier match avant d’en disputer neuf consécutivement avec des résultats à la clé et des performances personnelles convaincantes. Mais du jour au lendemain, il m’a retiré de l’équipe, sans explication. D’autres joueurs n’ont pas compris non plus.

13) D’autant que vous étiez le meilleur donneur d’assist encore début octobre (avec 5 passes décisives)…

Oui ça m’a étonné. Mais c’est le choix de l’entraîneur. Il faut accepter, c’est lui le boss. Là, étant donné que je suis plus près de la fin que du début de ma carrière, c’est assez difficile à accepter. D’autant plus quand on est en forme…

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14) Dans le passé, avez-vous déjà vu des personnes au sein du club ou en dehors comme des agents mettre la pression et poser leurs conditions sur l’un ou l’autre joueur ?

Quand j’étais à Zulte Waregem, Thorgan Hazard devait jouer à tout prix, avoir le numéro 10 que je portais. Pour moi il n’y avait pas problème, Thorgan ne le voulait pas non plus mais c’était son agent qui mettait la pression. Il fallait aussi qu’il tire tous les penalties, les coups francs, qu’il soit capitaine. Cela faisait partie des conditions pour qu’il reste à Zulte. Thorgan n’était pas d’accord avec ces méthodes. C’est un mec bien qui n’a pas la grosse tête, à l’instar de Jordan Lukaku. Ils sont bien entourés.

15) On a l’impression que vous êtes fâché avec le milieu du foot ?

Il y a des gens au-dessus, comme certains agents, qui décident de choses alors qu’ils ne sont pas légitimes pour le faire. Alors que normalement les décisions devraient être prises intégralement par le président, le directeur sportif et le coach.

16) Avec l’expérience qui est la vôtre, comment négociez-vous cette période délicate.

Il ne faut ne pas craquer, on n’a pas le choix, il faut être bon à l’entraînement. On ne peut rien dire même si on le voudrait. Mais dans le foot il faut être hypocrite donc on ne dit rien. Il faut fermer sa gueule et faire ce que l’on vous dit malheureusement.

Et puis, je suis plus âgé, donc je me prends moins la tête. En plus, les résultats sont positifs. Mais jouer peu de temps comme ça, je trouve ça malheureux. Si j’étais mauvais, je comprendrais mais là… Après avec l’âge, je relativise, il y a des choses plus graves.

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17) Du coup, on imagine que c’est tendu avec Vanderaeghe

Non pas du tout, on a de bonnes relations. Tout le monde reste concerné même certains qui n’ont pas joué la moindre minute. C’est ça qui est bizarre. Il y a une bonne ambiance, les entrainements se déroulent bien, mais concernant mon cas personnel, je n’ai pas compris.

18) Avec cette sensation d’être délaissé, le mercato hivernal pourrait vous inspirer pour changer d’air ?

Non, je suis bien ici. J’ai acheté ma maison il y a un an. J’étais le premier joueur auquel le président a fait confiance. Il me reste encore un an et demi si l’option n’est pas levée. J’aimerais finir à Ostende mais vu que je ne joue pas, ça m’énerve.

19) Si vous deviez partir, ça serait pour la France ?

J’aimerais bien finir chez moi à Caen. Pour terminer ma carrière, ça serait parfait. Là, ça se passe bien, mon pote Delaplace s’y plaît bien. Et puis là-bas c’est la famille, c’est le top.

20) Si vous aviez fait carrière dans l’Hexagone, quelle aurait été votre trajectoire ?

J’aurais peut-être fait un bon joueur de Ligue 2 et puis trouvé le bon club et monter en Ligue 1. Mais je ne me serais pas vu en Ligue 1 dans un premier temps…

21) Sans doute à cause du manque d’espace, dont vous avez besoin pour vous exprimez.

Oui, c’est clair. En France, dans les trente derniers mètres c’est vraiment compliqué. Le championnat qui m’aurait vraiment bien tenté, c’est la Bundesliga. Juste avant de me blesser aux croisés, j’avais eu des contacts avec Dortmund. Ils étaient venus me voir et m’avaient dit : « continue comme ça et on parlera contrat. » Et puis finalement, avec cette blessure, ça ne s’était pas fait, et j’avais signé au Standard.

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22) Justement, quatre ans après, quel sentiment l’épisode du Standard te laisse-t-il ? De la tristesse, de la colère, de la frustration ?

Je suis sans doute l’un des seuls joueurs à avoir été transféré au Standard avec une blessure aux croisés. Qui plus est, pour un gros transfert quand même d’au moins 2 millions d’euros donc c’est une fierté. Après c’est triste que je n’ai pas pu m’y imposer. Ma blessure a tardé, j’ai pris plus d’un an pour m’en remettre. La dernière période avant de partir, ça ne s’est pas bien passé. A l’époque j’étais jeune, j’avais 25 ans et je disais les choses. Je n’aime pas les personnes qui ne sont pas franches et à cette période-là, j’avais dit à l’entraîneur, c’est-à-dire José Riga, qu’il était hypocrite. Quand on vous enflamme tous les mardis, mercredis et jeudis à l’entrainement en vous disant « tu vas jouer » et que vous rentrez à cinq minutes de la fin chaque samedi... Une fois ça va, mais au bout de trois, j’ai été le voir et ça s’est mal passé.

23) Du coup, vous êtes retourné à Zulte Waregem…

Oui, le transfert a été compliqué à réaliser. Le Standard ne voulait pas me vendre et là Mogi Bayat m’a aidé : « Ne t’inquiètes dans trois jours, tu es à Zulte. » Il y a plein de gens qui ne l’aiment pas, mais s’il veut vous sortir d’un club, il en a les capacités. Je ne sais pas comment il a fait et je ne veux pas le savoir. A mon avis, ça ferait mal à la tête et on serait encore plus déçu du football.

24) Votre formation à la française, que vous a-t-elle apporté en plus par rapport à ce qui se fait en Belgique?

Déjà, la plupart des joueurs français disposent de toutes les bases : pied droit, pied gauche, contrôle, passe. C’est plus complet. Il y a plus de lacunes en Belgique. Je pense qu’il faudrait davantage s’inspirer des méthodes françaises en Belgique, ça permettrait de sortir plus de joueurs.

25) Comment envisagez-vous votre reconversion ?

J’aimerais bien devenir entraîneur mais il faut passer les diplômes et je n’ai pas envie, ça me fait mal à la tête. Ou peut-être ouvrir quelque chose en France. Sinon devenir agent ou recruteur pour un club comme Ostende. Comme agent, j’essayerai d’être le plus vrai possible et de m’occuper d’un petit noyau de joueurs mais dans de bonnes conditions.

26) Avec Dury que vous considériez à une époque « plus comme un ami qu’un coach », comment vous êtes-vous quittés ?

Je m’entendais très bien avec Dury. Et puis il y a eu l’épisode du match du titre à Anderlecht en 2013 où il ne me fait pas jouer sans me donner de raison. Ça m’a semblé incompréhensible vu la bonne saison que j’avais livrée. On s’est quitté bizarrement, et Zulte Waregem n’a pas été très correct en me laissant signer ici au tout dernier moment. Ils m’ont fait c**** jusqu’au dernier jour…

27) Vous attendiez-vous à vivre autant de galères durant votre carrière ?

On te prévient dès le centre de formation : « attention le monde du foot est spécial. » Mais je ne m’attendais pas que ça soit à ce point-là. Il y a trop de gens qui sont faux : gentils par devant et par derrière qui vous critiquent mais vous ne pouvez pas aller leur dire. Quand vous êtes au top, il y a plein de gens qui vous sollicitent, et puis une fois dans la galère, il n’y a plus personne…

28) Avez-vous des amis dans le monde du ballon rond ?

Dans un club, pour moi, ce ne sont que des connaissances... mais si des affinités se créent, tant mieux. Après je ne cherche pas spécialement à me faire des amis. Sébastien Bruzzese, lui, en est vraiment un. Ici, je m’entends bien avec plusieurs joueurs comme Schmisser, Brillant, Luissint ou Vandendriessche mais est-ce que dans un an on se reverra ? Sinon, il y a Laurent Ciman avec qui je garde des contacts mais vu la distance qui nous sépare désormais on se voit rarement.

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29) Vous disposez d’un profil atypique, un genre de 10 à l'ancienne. Considérez-vous que cela vous a désavantagé à trouver une place dans le foot actuel ?

A l’époque quand j’étais jeune, il y avait des vrais numéros 10. Ils ont disparu par la suite. Il y a 5, 6 ans, il n’y en avait quasi plus, beaucoup d’équipes jouaient en 4-3-3. Mon profil n’était pas particulièrement recherché. Généralement, les clubs tablent sur un numéro 10 qui est la vedette du club et il n’y en a qu’un. Donc viser ce poste, ça peut être un désavantage. D’autre part, ce qui est assez paradoxal, c’est qu’ici à Ostende, le fait que je sache évoluer à plusieurs postes me dessert.

30) Est-ce que ce profil, justement, vous a porté préjudice dans une formation française qui valorisait surtout la puissance physique ?

Sans doute que cela ne m’a pas aidé. Mais peut-être aussi que tout simplement mon niveau n’était pas suffisant pour percer en France. Si j’avais été meilleur, il y aurait eu plus de propositions et je ne serais pas ici en ce moment. Il faut être réaliste aussi.

31) Votre rêve absolu, c’était d’un jour d’évoluer à l’OM.

Oui d’ailleurs j’en ai toujours rajouté : quand on me demandait de choisir entre le Barça et Marseille, je disais que je signerais à l’OM. J’ai toujours été supporter de Marseille, j’adorais Jean-Pierre Papin. Malheureusement, ça ne s’est jamais fait et ça ne se fera jamais.

32) Qu’est ce qu’il vous a manqué pour atteindre ce rêve ou du moins tutoyer la Ligue 1 ?

Quand je regarde dans le rétroviseur, peut-être ai-je été un peu fainéant. Quand on est jeune en France on croit qu’on a réussi. Obtenir un contrat Pro, c’était tellement énorme. Il y a sans doute eu du laisser-aller involontairement et puis je n’avais pas la mentalité que j’ai actuellement grâce à l’expérience.

33) A 31 ans, comment vous sentez-vous physiquement ?

Physiquement, c’est maintenant que je suis au top. Je suis loin d’être cramé, je suis le meilleur aux tests. Au niveau alimentation, je ne fais pas attention. Quoi que je mange, je ne grossis jamais. Je pourrais me faire un McDo à midi un jour de match, ça ne me ferait rien.

34) Cette vista, elle est totalement innée ou vous l’avez travaillée d'une certaine manière ?

Elle fait partie de mes qualités, je suis né avec ça, j’ai eu de la chance.

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35) Quel joueur vous fait rêver et éventuellement vous a influencé ?

Les trois qui m’impressionnent le plus : Beckham, Pirlo et Zidane. Pirlo parce qu’il est nonchalant mais tout ce qu’il fait est parfait. Sans courir beaucoup, avec son expérience, son talent et sa vista, il est incroyable. Du coup, je me dis pourquoi pas descendre d’un cran, m’installer en 6 et jouer peut-être ainsi plus longtemps à haut-niveau.

36) Ce surnom de Ribery du Gaverbeek, c’est pas trop dur à porter ? Y portez-vous de l’attention ?

C’est à Zulte qu’on m’a appelé comme ça parce que j’évoluais sur le flanc droit au début et mes performances étaient bonnes. C’était vraiment propre au stade Arc-en-ciel où j’avais une bonne relation avec les supporters. Mais je n’y ai jamais porté attention.

37) Etes-vous proche de vos supporters ici à Ostende ?

C’est un peu différent. Je ne fais rien pour être proche des supporters par rapport à d’autres joueurs qui ont besoin de ça en publiant des messages ou se rendant disponibles. Mais c’est sûr que c’est plus facile d’être adopté quand on est bon que lorsqu’on ne joue pas…

38) Quel est le match qui vous a le plus marqué en D1 ?

Mon premier avec Zulte Waregem. Après plusieurs matches sur le banc, le coach m’avait titularisé seulement en octobre et c’était contre Anderlecht. Je me suis dit que c’était un piège. Ce n’est sans doute pas mon match référence car je n’ai pas fait un énorme match mais on gagne et j’ai un pied dans les quatre buts. C’est la rencontre qui a fait ma carrière, qui m’a offert une renommée et puis après je ne suis plus jamais sorti de l’équipe.

39) Il parait que vous êtes perfectionniste, que vous disséquez vos matches avec grande attention, c’est vrai ?

Ca l’était dans le passé, principalement à Zulte où on avait un vidéo analyste qui montait des séquences personnalisées. Actuellement, je regarde beaucoup moins mes prestations. Et même plus largement, j’ai du mal à regarder le football belge au contraire de la Ligue 1. Je n’aime pas. Je pense qu’en deux ans, je n’ai pas regardé un seul match de D1. Je préfère regarder un Caen – Angers pourri qu’un Standard – Anderlecht.

40) Vous avez un peu perdu la passion du foot ?

Je suis un peu blasé du football, j’en ai un peu marre. Cela fait vingt ans que je suis dans le foot et mon caractère ne colle pas avec ce milieu. Je dois me retenir de dire des choses et ça m’énerve parce que je suis quelqu’un de vrai.

41) Avez-vous des regrets par rapport à votre trajectoire ?

Ce qui est sûr, c’est que j’aurais fait du foot dans ma vie. On gagne bien notre vie, on ne va pas se le cacher. Il y a des inconvénients, certes, avec les déménagements et comme on dit : « des amis on n’en a pas et la famille est toujours loin. » C’est dur, surtout pour nos femmes dont on parle rarement mais qui doivent faire d’énormes sacrifices. J’aurais préféré rester dans un club plus longtemps et me poser.

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42) Comment est la vie à Ostende ?

Pour une famille, c’est le top. La ville est magnifique, il y a la mer, c’est calme. C’est une des plus belles villes belges pour moi. Liège, c’était bien mais ça reste Liège. A Waregem, par contre, il n’y a rien.

43) Et en dehors du foot, vous avez des passions ?

J’adore aller à la pêche. Ça me permet de me vider la tête, de ne penser à rien. On se fait c**** aussi à la pêche mais ça me vient depuis que je suis tout petit avec mon père. J’ai la même vie que lui à la seule différence que j’ai réussi dans le foot.

44) Le foot, c’est donc définitivement devenu un travail au-delà d’une passion ?

Ha oui, s’il y a des jours où je pouvais ne pas y aller, je n’irais pas. Il y a des matins, j’ai la flemme alors que je ne l’ai jamais eue. Mais sur le terrain, je garde du plaisir quand même. C’est aussi tout ce qu’il y a autour qui me fatigue. Par exemple, quand on me demande quelles sont mes impressions après une victoire, j’aurais envie de répondre que j’ai la haine contre le coach d’avoir été sorti à la 60e mais je ne peux pas. Le foot devrait être plus vrai, plus sincère.

45) « Le football c'est comme une carte téléphonique, il y en a qui ont beaucoup de crédit, d'autres moins et d'autres pas du tout ». C’est l’un de vos derniers tweets. Vous vous mettez dans quelle catégorie ?

Celle qui a un peu de crédit. Parce que j’ai joué contrairement à d’autres qui n’ont pas eu cette chance.

46) Sur le terrain, qu’est-ce qui vous insupporte le plus ?

Les arbitres. Ce qui m’énerve c’est qu’on ne peut pas parler avec eux. J’ai connu De Bleeckere avec qui on pouvait encore discuter. Après je parle beaucoup donc je dois être chiant. Sur les dix cartons jaunes que j’ai pris dans ma carrière, neuf c’est parce que j’ai parlé à l’arbitre. Je trouve qu’ils font trop de cinéma, on dirait des militaires alors que c’est à eux de veiller à ce qu’il y ait une atmosphère sereine sur le terrain.

47) Si vous n’aviez pas été footballeur…

Je ne me suis jamais posé cette question. C’était le foot dès l’âge de 13 ans. Je me suis dit directement : il faut que je réussisse dans ça, sinon je ne réussirai dans rien.

48) Dans un milieu aussi lisse, certains pourraient voir en vous un rebelle.

Je ne suis pas un rebelle, je suis simplement vrai. Je ne fais pas de langue de bois et j’essaye de dire les choses. Si je laisse cette impression, c’est parce que beaucoup de gens sont faux.

49) Vous disiez aussi être très sérieux sur le terrain, il parait qu’on se moque de vous parce que vous ne souriez jamais. C’est toujours d’actualité ?

Dans le vestiaire, on dit que je suis bizarre. Si on me fait une bonne blague, je vais sourire mais je ne suis pas hypocrite, c’est tout. Il faut se faire une image en devant participer à telle ou telle activité organisée par le club. Moi si ça me fait c****, je n’y vais pas ; je fais mon match et puis je rentre à la maison. Même les trucs entre joueurs, je n’en suis pas friand. Aller manger tous ensemble, Ok si c’est une fois par un an mais plus, c’est fatigant.

50) Mais pourquoi vouloir rester dans le monde du foot après votre carrière du coup ?

Parce que dans le monde du foot, les joueurs ce sont les cons. Avec un autre statut, ça me permettra de voir le milieu d’un nouvel angle. Et pourquoi pas inventer un truc ? Etre agent et en même temps, former ses joueurs.