Pelé Mboyo, victime de l’acharnement policier, ne veut pas en rester là


GAND En voyant son portrait à la Une de certains journaux mercredi matin, Pelé Mboyo se sera sans doute demandé dans quel cauchemar il venait de tomber. Accusé à tort d’avoir passé la nuit de vendredi en prison et d’avoir provoqué une émeute en plein Matongé, le capitaine gantois avait hier du mal à cacher son dégoût face à ces hommes, semble-t-il, décidés à lui pourrir la vie : “Sincèrement, ça me donne envie d’arrêter le football. Avant cela, je n’ai jamais réagi à ce qu’on disait sur moi : je me croyais capable de tout encaisser. Mais j’ai aussi une famille, des sœurs, une copine qui s’en prennent plein la figure ! Si les gens veulent que j’arrête de jouer, ils doivent me le dire. Je n’en resterai pas là!”

Pelé, certains prétendent que vous étiez en prison vendredi soir. “C’est n’importe quoi. Il y a deux prisons à Bruxelles, celles de Saint-Gilles et de Forest. Que ceux qui prétendent que j’ai passé la nuit là-bas les appellent. Ils verront bien que je n’y étais pas.” Que s’est-il passé alors ce soir-là à Matongé ? “Mon coiffeur se trouve dans ce quartier. J’y suis resté vingt minutes avant de sortir de là en compagnie d’un jeune footballeur et d’un artiste qui m’avaient demandé si je pouvais les aider dans leur carrière. En repassant devant les galeries de la Porte de Namur, les policiers nous ont rejoints en courant sans la moindre raison. Ils ont procédé à un contrôle d’identité, mais je n’avais pas mes papiers sur moi. C’est pour cela qu’on m’a emmené au commissariat.” Mais certains disent que vous avez provoqué une émeute. “Sans vouloir me pousser du col, j’ai un rôle de modèle dans le quartier. Tous ces jeunes, j’essaie de les aider. Quand certains m’ont reconnu, il y a eu un attroupement. Mais j’ai tout de suite dit aux jeunes de rentrer chez eux en leur jurant que j’allais me débrouiller. Je n’ai jamais provoqué d’émeute ! La seule personne que j’ai appelée, c’est mon coiffeur pour qu’il confirme ma version des faits.” Et finalement, vous vous retrouvez devant le procureur samedi matin. “Oui. J’étais à peine arrivé qu’elle m’a immédiatement lancé que j’étais libéré. Les policiers lui avaient transmis un rapport de cinq pages pour un simple contrôle d’identité ! C’est n’importe quoi ! Mais avec le procureur, tout était réglé en une minute et demie.” Certains vont dire que cela n’arrive qu’à vous.

“Aujourd’hui, c’est de l’acharnement. Il y a des joueurs qui donnent des coups de tête, qui appellent des call-girls ou qui rentrent dans des stations essence et on en parle beaucoup moins que cela. J’ai eu le malheur d’avoir des problèmes à 16-17 ans. Je les ai payés et je continue de les payer aujourd’hui. Mais trop c’est trop. Je suis deux fois plus prudent que n’importe qui parce que je ne veux plus jamais vivre ce que j’ai connu. J’ai beaucoup plus de principes que d’autres joueurs mais pour certains, cela ne compte pas. Ils savent qu’ils peuvent faire le buzz avec moi.”

Alors qu’à côté de cela, on ignore que vous passez des heures et des heures avec les jeunes défavorisés. “Apparemment, cela ne mérite pas un papier. Quand je vais parler aux jeunes de l’IPPJ, tout le monde s’en fout. Cela ne m’empêchera pas d’en aider d’autres. Pour eux, je suis un exemple.” Aujourd’hui, cette affaire doit vous donner envie de quitter le pays, non ? “C’est clair que je me demande parfois si on a envie de moi ici. Heureusement, je reçois aussi des messages de soutien. De deux clubs belges notamment.” Cela risque de refroidir les clubs qui voulaient vous transférer ? “Franchement, je les comprendrais. Mais s’ils se renseignent un peu, ils sauront qui je suis. En cinq ans, je n’ai commis qu’une seule erreur avec les supporters gantois. Je l’assume. Je vais me battre et on verra où mon travail me mènera.”

© La Dernière Heure 2013