Le manager de La Gantoise gère les intérêts d’un club qui a les moyens de se montrer ambitieux

GENTBRUGGE Brugeois d’origine, Michel Louwagie s’épanouit à La Gantoise, le rival régional du Club. Il en est la cheville ouvrière depuis 21 ans. Il s’est juré de décrocher dans six ans, à 60 ans. Il vient d’être papa d’une petite Cielle : “J’aime les prénoms français originaux. Ma femme a découvert celui-ci sur Internet.”

Il est, aussi, président de la fédération belge des sports d’eau : “Je coordonne les relations entre les deux ailes linguistiques, j’organise les championnats et je cherche les sponsors. Je m’amuse…

Êtes-vous un manager de club heureux ?

“Je suis très satisfait. Je me souviens de ma réflexion, en septembre 2008. Je me trouvais au Costa Rica, dans l’espoir d’allécher un renfort, qui n’était pas Ruiz. Le joueur demandait trop d’argent. Je n’en proposais pas assez. Je me suis alors surpris à penser : mon club n’est plus en train de grandir. Vais-je devoir travailler 10 ans encore avant de pouvoir m’enorgueillir d’un classement plus avantageux qu’une 4e ou 5e place ? Ne remporterons-nous jamais une Coupe, un titre ? Ne jouerons-nous jamais en Ligue Europa ? Il y avait une raison à cette apparente stagnation : notre investissement dans le nouveau stade et dans notre complexe d’entraînement. Entre 1998 et 2008, nous avons dû rembourser nos emprunts, qui s’élevaient à 23 millions d’€. Chaque année, nous avons ainsi dû céder nos meilleurs éléments. C’est la raison pour laquelle Roussel et Delorge, par exemple, nous ont quittés aussi tôt.”

Pensiez-vous que les résultats de La Gantoise allaient évoluer aussi positivement ?

“Nous travaillons bien. Quand je vois la qualité des joueurs qui nous ont quittés – Lombaerts, Boussoufa, Gillet, Ruiz et tous les autres – et que je considère nos résultats, je suis épaté. Je suis convaincu que si nous n’avions pas dû investir dans le stade et donc libérer trop tôt nos vedettes, nous aurions déjà été champions et nous aurions remporté plus de Coupes. Tout le monde semble nous découvrir aujourd’hui mais nous œuvrons depuis des années à cette réussite.”

Les départs de Preud’homme et de Rosales sont-ils déjà oubliés ?

“Ils ont été digérés plus tôt que prévu. Et cela, malgré le départ de quelques vedettes : Leye, Pieroni, Custovic et Olufade. On savait que, derrière eux, Soumahoro et Conte pointaient le bout de leurs boots. Ils sont au moins aussi bons que ceux qui nous ont quittés. Surtout, ils ont encore faim. Notre équipe compose un mixte harmonieux d’expérience et de jeunesse. Les jeunes aiguillonnent les anciens, comme Thijs et Lepoint. Et Francky Dury travaille bien.”

Qu’avez-vous perdu en étant contraints de libérer Preud’ homme ?

“Michel, c’est une icône. Il est bien davantage qu’un entraîneur compétent. Il est connu et reconnu partout dans le monde. C’est un monsieur devant qui les portes – celles de politiciens notamment – s’ouvrent. Michel nous a introduits partout. Sa seule apparition quelque part constitue un événement en soi. Ce n’est pas un hasard si, sous sa direction sportive, nous avons accumulé les bons résultats. En le perdant, nous avons un peu laissé se refermer l’ouverture vers les médias, voire vers les sponsors.”

Qu’avez-vous gagné en engageant Francky Dury ?

“Notre nouveau coach travaille aussi intensément que Preud’homme. Michel vivait presque seul à Gand. Il était au boulot de 8h à 18h. Francky est établi dans la région mais il est aussi assidu que son prédécesseur. Il m’apparaît encore plus ouvert que Preud’homme aux sponsors. Francky ouvre les portes des sponsors, là où elles s’ouvraient devant Michel. Mais on arrive au même résultat.”

Quelles qualités principales reconnaissez-vous à votre nouveau coach ?

“Il a tout fait dans le football, sauf être un joueur de haut niveau. Il a été entraîneur en provinciale et en promotion. Il a étudié la préparation physique des joueurs. Entraîneur en chef, il peut aussi être adjoint. Il sait dispenser les entraînements. Il est aussi directeur technique. Il affine pour nos scouts les profils des joueurs qu’il recherche. Il est un self made man pétri d’expérience. À Zulte Waregem, il avait atteint la limite : le club ne pouvait plus grandir. Il a donc accompli un pas en avant en venant chez nous. Lui et nous en sommes ravis.”

Quelles différences Francky Dury affiche-t-il par rapport à Michel Preud’homme ?

“Ses relations avec la Direction sont identiques à celles que Michel Preud’homme avaient nouées avec nous : nous, les dirigeants, nous ne les embêtons pas trop. Tous les quinze jours – le mardi – nous allons manger. Nous restons ensemble de 19h30 à minuit. Nous évoquons tous les sujets. Michel m’apparaissait plus dur avec le groupe que ne l’est Francky. Il haussait davantage le ton que ne le fait son successeur. Il n’aurait par exemple pas digéré que Coulibaly refusât, dans un premier temps, de monter au jeu. Le groupe actuel a cherché à tester Francky Dury. À savoir jusqu’où il pouvait aller. C’est de bonne guerre…”



© La Dernière Heure 2010