Mercredi soir, le documentaire sur le Footgate, produit par la RTBF a fait grand bruit. Parmi les intervenants, le CEO de la Pro League et ancien directeur général du Standard, Pierre François. Ce dernier était interrogé sur le transfert de Cyriac du Standard à Anderlecht par l'intermédiaire de Mogi Bayat.

Dans le documentaire, les journalistes et intervenants expliquent que Cyriac, qui était en fin de bail en juin 2013, aurait resigné un contrat avec une nouvelle clause de départ à hauteur de 2 millions d'euros. Problème: elle ne serait pas accompagnée d'une prolongation d'années de contrat. Une pratique assez peu courante qui aurait avantagé l'agent de joueurs Mogi Bayat. Dans le documentaire, Jacques Lichtenstein, un agent réputé dans le monde du football en Belgique, se montre sceptique sur cet arrangement. "Ce que je trouve étrange c’est que Pierre François ait concédé, ce qui ne se fait jamais dans des clubs comme le Standard, Bruges ou Anderlecht, une clause de deux millions d’euros permettant à un attaquant du niveau de Cyriac de quitter le club. 2 millions, c’est une somme ridicule. Pierre François, qui est un homme compétent et intelligent, doit toujours, dans l’intérêt du Standard, indiquer que, si clause libératoire il y a, elle n’est pas valable pour les concurrents directs. On comprend bien que si Cyriac va à Saint-Etienne, c’est moins embêtant que s’il va chez un concurrent direct."

Dans une réponse que Pierre François nous a envoyée, il pointe du doigt les méthodes du journaliste ayant réalisé l'interview : "J’ai accordé une interview à M. Luthers lequel m’avait contacté en ma qualité de CEO de la Pro League pour enregistrer mes réactions sur plusieurs sujets en relation avec ce qu’il est habituel d’appeler le 'Footgate'. Cette interview a duré près de deux heures. Au cours de celle-ci, des questions (hors sujet) m’ont été posées sur le 'dossier Cyriac' avec comme manifeste parti pris l’intention d’établir une 'connivence ' avec M. Mogi Bayat. J’ai été pris de court n’ayant plus à cet instant le souvenir précis des circonstances et du contenu de cette négociation qui datait de plus de 8 ans."

Dans sa réponse, Pierre François a tenu à rappeler les faits tels qu'ils s'étaient réellement produits. A savoir que Cyriac arrivait en fin de contrat en juin 2013 et qu'il envisageait de quitter le club. Après négociation, il a signé un contrat jusqu'en juin 2016 moyennant une clause de sortie de 2 millions d'euros et seulement valable sur la période du 1 au 15 juillet 2012. Cyriac est finalement parti à Anderlecht contre une indemnité de 2 millions d'euros "qui sont venus gonfler le bénéfice comptable du club." Un montant qui correspondait à l'estimation du joueur à ce moment-là qui revenait d'une longue blessure au genou.

Pour Pierre François, 'les propos des intervenants sont mensongers", soulignant notamment la présence parmi ceux-ci "d'un agent étiqueté RSCA." Mais il pointe également le manque de rigueur des journalistes auteurs du reportage : "Il est peu déontologique que le journaliste n'ait pas corrigé cet intervenant alors qu'il disposait du contrat et donc connaissait sa durée."

Et Pierre François de conclure : "La manière de mettre en cause mon intégrité m'est insupportable. Les supporters du Standard le savent. Roland Duchatelet a d’ailleurs le lendemain de mon départ du club confirmé par une news signée de lui et publiée sur le site du Standard qu’il avait à cet égard une totale confiance à mon sujet."

La Pro League rappelle les mesures adoptées pour rendre le football plus transparent

Après Pierre François en tant qu'ancien dirigeant du Standard, c'est le président de la Pro League qui a tenu à réagir jeudi dans un communiqué. L'instance dirigeante du football professionnel dans notre pays n'a pas tenu à commenter les cas individuels, "mais souligne qu'elle désapprouve fermement tout acte qui menace l'intégrité du football". "Les révélations dont il est actuellement question sont des éléments d'une enquête judiciaire en cours. Il nous est donc impossible de faire des déclarations pour le moment, mais il va sans dire que toute tentative de matchfixing (falsification de match, ndlr) est absolument inacceptable. Les infractions pénales doivent faire l'objet d'un suivi approprié", souligne encore la Pro League.

Celle-ci rappelle ensuite les mesures adoptées relatives à la transparence et à la bonne gouvernance depuis le mois d'octobre 2018, juste après les premières perquisitions effectuées en Belgique et à l'étranger concernant ce dossier.

Un nouveau règlement concernant les agents de joueurs a été adopté en décembre 2019. Une nouvelle organisation pour l'arbitrage professionnel "avec un accent absolu sur la professionnalisation, l'indépendance et la haute qualité de la formation et du suivi" a vu le jour. Par ailleurs, le règlement fédéral a été modifié concernant les (tentatives de) falsifications de match avec des sanctions plus lourdes. Un Clearing Department, organe indépendant qui supervise tous les contrats conclus par les agents, les clubs et les joueurs, a été mis en place. L'analyse stratégique de la gouvernance de la Pro League a été confiée via un audit à Baker McKenzie. Depuis juin dernier, un règlement interne est désormais obligatoire pour les clubs professionnels concernant la méthode de travail avec les agents. Le Code de conduite et d'éthique de la Pro League est entré en vigueur le 1er juillet. Enfin, la Pro League rappelle que "les clubs de Pro League sont les seuls en Europe à appliquer la loi contre le blanchiment d'argent".