Division 1A

Mercredi soir, au stade des Éperons d’Or, le football belge n’est une nouvelle fois pas sorti grandi de la confrontation entre Courtrai et le Standard.

Cris de singe émanant des tribunes, provocations, jets d’objets et réaction regrettable d’un joueur : tous les ingrédients d’une soirée détestable étaient réunis.

Mais que risquent vraiment les auteurs de ces faits ?

Éléments de réponse avec le CEO de la Pro League, Pierre François.

"Il n’y a pas eu d’interruption momentanée ou définitive de la rencontre. Par voie de conséquence, le règlement spécifique de la Pro League , que nous venons d’étendre à tous les matchs officiels suite aux incidents qui ont émaillé la rencontre de Coupe Anderlecht-Standard, à savoir des amendes de 25.000 à 50.000€ pour le club dont les supporters ont entraîné les interruptions, ne s’applique pas."

Mais ce n’est pas pour autant que Courtrai pourrait s’en sortir sans le moindre souci suite à l’attitude exécrable et honteuse de ses supporters. "Il y a un an, nous avons introduit la fonction de Match Delegate . Ce dernier est invité à s’exprimer, via un rapport, sur plusieurs faits dont l’attitude des joueurs et membres du staff. Je suis persuadé qu’il va donc relater la durée qu’il a fallu au joueur du Standard pour quitter le terrain de même que les gestes adressés au moment de sa sortie. Il doit également compléter une case portant sur l’attitude des supporters et l’usage d’engins pyrotechniques. Il est aussi amené à se prononcer sur des gestes ou propos discriminatoires."

Et Pierre François d’étendre le débat sur les chants communautaires jadis qualifiés de "taquins et ludiques" par l’Union belge. "Ce n’est pas la première fois que je veille à ce qu’on y voit clair en matière de propos ou d’attitudes discriminatoires. Il y a récemment eu la controverse de l’assimilation des supporters anderlechtois aux juifs par les supporters brugeois. De la même manière, entendre ‘les Wallons c’est du c…’, c’est inadmissible. Il est grand temps de réagir, ce que l’Union belge n’a pas fait il y a plusieurs années avec les conséquences qu’on connaît aujourd’hui. J’ajouterai encore que le TAS (tribunal arbitral du sport) a récemment pris des décisions encourageant fortement les fédérations à réagir face à de tels propos discriminants."

Il convient désormais de voir ce que contiendra le rapport du Match Delegate. "Le règlement prévoit que le rapport doit être transmis au parquet de l’Union belge si les incidents ont eu une incidence directe sur le déroulement de la rencontre. Mais, pour ce qui est des cris ou gestes discriminants, le Match Delegate est tout de même invité à transmettre son rapport et ce, même si ces faits n’ont pas eu d’incidence directe sur le déroulement du match."

Pierre François, lui, condamne fermement ce genre de faits.

"Des cris de singe, c’est absolument inadmissible. Cela donnerait lieu à de lourdes amendes au niveau de l’UEFA. Il est temps de réagir. On doit veiller à la qualité de notre football, qui n’est pas toujours au rendez-vous, mais aussi à ce que l’ambiance ne soit plus délétère dans nos stades."

À bon entendeur…


"Un comportement contraire aux valeurs de la Pro League"

© Belga

Le Standard s’est officiellement exprimé.

Ces dernières saisons, lorsque le Standard se déplace à Courtrai, une partie du public local a pris pour mauvaise habitude d’entonner ce refrain communautaire tristement célèbre. Mercredi soir, ces énergumènes ont donc été plus loin dans la bêtise en scandant des propos racistes à l’encontre d’Uche Agbo. Jeudi après-midi, le Standard s’est fendu d’un communiqué officiel condamnant fermement ces agissements. "Alors qu’il longeait la tribune des supporters courtraisiens pour rejoindre le vestiaire, Uche fut littéralement canardé de gobelets de bière lancés dans sa direction par les supporters. Plus grave encore, certains d’entre eux n’hésitèrent pas à chanter et scander des propos racistes et xénophobes à son encontre. Le Standard de Liège condamne fermement l’attitude de ces individus dont le comportement intolérable est totalement contraire aux valeurs défendues par notre club et par la Jupiler Pro League."

Le club indique également qu’il compte sur l’action des instances dirigeantes. "Uche ainsi que d’autres membres de notre club ont été profondément heurtés par ces graves incidents ainsi que la passivité du corps arbitral face à ceux-ci. Notre club compte interroger les instances dirigeantes afin que les chants communautaires, racistes et xénophobes soient définitivement bannis de nos stades. En effet, de tels agissements n’ont leur place nulle part, aussi bien dans notre compétition que n’importe où ailleurs."

La réaction d’Agbo :  "Uche ne veut pas entrer dans la polémique"

© Belga

Mercredi soir, Uche Agbo a préféré garder le silence après la rencontre et son exclusion à Courtrai. Quelques heures après la rencontre, le Nigérian, tout de même très affecté par ce qu’il a vécu au stade des Éperons d’Or (jets de gobelets de bière et insultes racistes), s’est tout de même confié à son agent qui nous livre son sentiment.

"Uche est surtout déçu pour la défaite et la carte rouge qu’il ne juge pas méritée. Mais au-delà de ça, il veut surtout oublier au plus vite l’attitude des supporters", confie Miguel Alfaro. Pour Agbo, c’est l’incompréhension totale. "Il ne comprend pas comment, de nos jours, on peut encore avoir ce genre d’attitude dans un stade. Mais il ne veut pas entrer dans la polémique. Ce qu’il souhaite, c’est oublier au plus vite cet épisode et se concentrer sur la reprise."