Division 1A Ils sont une race à part, des ovnis dans le monde du football. On les qualifie de buteurs racés, de renards des surfaces, de tueurs, de goal-getters. Mais qui sont vraiment les buteurs ?

De Jérémy Perbet et Hamdi Harbaoui, les deux purs buteurs encore actifs en Pro League, à Erwin Vandenbergh, ancien Diable Rouge et six fois meilleur buteur de D1 belge, en passant par Luigi Pieroni et Cédric Roussel, deux des plus prolifiques buteurs belges des années 2000-2010, tous ont levé un coin du voile sur ce métier si particulier.

En huit thèmes, ils évoquent tous un job qui les passionne et les obsède.


Comment devient-on buteur ?

"C’est dans les gênes", disent certains. "Buteur, ça ne s’apprend pas", expliquent d’autres. On pourrait penser que chacun d’entre eux a débuté sa vie dans un grand rectangle à balancer des mines dans les lucarnes de son club local ou du parc le plus proche.

Cédric Roussel et Erwin Vandenbergh font exception. Les deux hommes ont d’abord préféré jouer au but. Un poste qu’ils ont vite troqué contre le maillot numéro 9. Petits, ils empilaient les buts comme des Legos. "J’en ai parfois mis plus de 120 sur une saison", dit Cédric Roussel. Luigi Pieroni tournait lui "autour des 100 avec des piques à plus de 10 buts par match."



De qui s’inspirer ?

"Actuellement, il n’y en a que pour deux joueurs : Messi et Ronaldo." Cédric Roussel soupire. À son époque, les inspirations étaient multiples. Des mouvements de Gerd Müller analysés par Erwin Vanderbergh à la puissance de Batistuta, adulé par Hamdi Harbaoui, chaque attaquant a apporté son grain de sel dans la construction de la génération actuelle.

Plus que par réelle obligation, c’est pas pure passion que les cinq attaquants interrogés ont passé des heures devant la télé à décortiquer les lignes de courses, la technique de frappe et la position du corps des meilleurs joueurs au monde.



D’où vient le sens du but ?

L’instinct revient souvent à l’évocation du rôle de buteur. Le sens du but, ils l’ont tous. Jérémy Perbet dit carrément que ça lui fait "peur" tant il est capable de savoir s’il va marquer sur une occasion.

Un vrai buteur est capable de cadrer dans la pire des positions et de secouer les filets sans même regarder où se situe le cadre.

Autant que le sens du but c’est également le jusqu’au-boutisme qui les caractérise. "L’action est finie quand le ballon est dans les bras du gardien", résume Erwin Vandenbergh. "Mais tant que ce n’est pas le cas, tu dois être à fond."



Que ressent-on quand on marque ?

Pour un quidam, marquer un but avec les copains est déjà une fierté. Les pros en font de même dans des stades pleins, devant des milliers de fans en furie. Une sensation qui n’a rien à voir.

Le sentiment est tellement unique qu’ils ont du mal à le définir. Ils parlent d’explosion de joie, de libération, de consécration après le travail de la semaine, mais aussi de partage avec les tribunes et les équipiers.

S’ils se tuent à la tâche chaque semaine, c’est pour se gaver de ces sensations.



Comment vit-on les périodes sans but ?

Crise de confiance. Le terme n’est pas galvaudé. Un buteur qui ne marque plus est un buteur qui perd confiance. Impossible de ne pas assumer les moments de doute.

Les périodes sans but n’ont pas été longues vu les statistiques affichées par les cinq buteurs. Pourtant, l’angoisse de ne pas scorer est présente et a souvent trotté dans leur tête.

Pour s’en sortir ? Ils ont tous leurs méthodes. De la promenade avec le chien à la simplification du jeu.



Comment un grand buteur se comporte-t-il dans le vestiaire ?

Être la star sans prendre la grosse tête est une obligation. L’arrogance et l’égocentrisme ont été bannis de leur vocabulaire.

Conscient que sans leurs équipiers ils ne peuvent espérer être alimentés, ils sont même devenus maîtres dans l’art du management humain. 



Un buteur doit-il être égoïste ?

Prenons une situation classique : à deux attaquants face au gardien, que doit faire un buteur ? Ils répondent tous qu’il faut céder le ballon. "Sauf si tu es certain de marquer", sourit Harbaoui.

Jérémy Perbet avoue avoir été égoïste dans sa jeunesse. Luigi Pieroni, lui, ne se rendait compte d’une erreur qu’en revoyant les images. Tous ont l’instinct du buteur, mais ont refusé penser à leurs seules statistiques. "Ne pas donner à un équipier qui est mieux mis, c’est ça l’égoïsme", conclut Erwin Vandenbergh.



Un buteur doit-il travailler ?

Rester frais physiquement est directement lié à la capacité d’un buteur a faire trembler les filets. La vie d’attaquant a pourtant changé au fil des années. Quand Erwin Vandenbergh explique qu’il est parfois choqué par la distance parcourue par un défenseur, les attaquants modernes défendent le besoin d’équilibre entre travail défensif et plaisir offensif.