Lucien D'Onofrio inculpé

Jean-Michel Crespin
Lucien D'Onofrio inculpé
©Photonews

Il est accusé de blanchiment d’argent, faux et usage de faux et association criminelle

Avec le rachat du Standard par Roland Duchâtelet, d’aucuns s’interrogeaient sur l’avenir de Lucien D’Onofrio. Au départ, il était semble-t-il question de voir le Liégeois rester en bord de Meuse, le temps d’assurer une transition harmonieuse. Puis, il fut question d’un départ immédiat. Cette possible volte-face pourrait s’expliquer par les toutes récentes avancées judiciaires.

Voilà un peu plus de 7 ans que le dossier 24/04 a été mis à l’instruction par le parquet de Liège dans les mains du juge Philippe Richard (voir ci-contre).

Sept années d’enquête plus tard, le magistrat liégeois vient de franchir un pas important dans son enquête. Il a en effet inculpé Lucien D’Onofrio, pour blanchiment d’argent, faux et usage de faux et ce dans le cadre d’une organisation criminelle. Des infractions graves qui, le cas échéant pourraient conduite à une condamnation de 5 ans de prison.

En mettant évidemment en avant la présomption d’innocence, force est de constater que le dossier monté par Philippe Richard n’est pas mince. Le magistrat et/ou ses enquêteurs ont mené des dizaines de devoirs d’enquête et autres perquisitions, un peu partout dans le monde.

Ces investigations ont, semble-t-il, permis de séparer le dossier en deux axes principaux : le blanchiment d’argent et le système des transferts.

Le premier axe concerne essentiellement Lucien D’Onofrio, et ses activités d’agent de joueurs. On le sait, le Liégeois est mondialement réputé et possède un impressionnant carnet d’adresses. De ce fait, il gère un portefeuille de transferts importants générant des sommes tout aussi impressionnantes. Le souci, pour les limiers liégeois, c’est que les flux d’argent relatifs à ces transferts échappent aux lois sociales et fiscales.

Prenons par exemple le cas du joueur Z. Talentueux milieu de terrain, il souhaite un net de X. Pour ce faire et que cela ne coûte pas trop cher au club qui va l’employer, le joueur ne recevra qu’un salaire “minimum” déclaré. Le reste, soit la grosse partie de la somme à verser à ce joueur va passer par une série de sociétés implantées au Panama, au Liechtenstein, en Irlande, en Grande-Bretagne ou encore à Chypre, le tout orchestré par une dernière société basée à Lugano, en Suisse.

Selon le dossier, Lucien D’Onofrio dresse, en tant qu’agent de joueur, une facture au club acheteur. Il est alors question de consultance, de scouting ou de toute autre activité fictive. L’argent est versé à une société et prend alors le chemin d’autres sociétés écrans un peu partout dans le monde. À chaque passage, des factures sont dressées, factures qui ne reflètent aucune réalité. Comme il y a des entrées et des sorties, personne ne paie d’impôt.

Le joueur, lui, reprend son argent, en fin de course, dans un pays bien moins taxé. Les intermédiaires, dont Lucien D’Onofrio, touchent leur commission au passage. Au final, seules les finances publiques sont lésées, ce qui augmente les impôts à payer par les autres citoyens.

Après avoir mis au jour ces flux entre sociétés écrans, les enquêteurs se sont attelés à retrouver la trace des commissions versées. C’est ici qu’intervient la société Alalunga Anstalt, société de droit du Liechtenstein, dont le bénéficiaire économique est Lucien D’Onofrio.

C’est cette société qui, selon les enquêteurs servirait de réceptacle de tout l’argent des commissions occultes touchées par le Liégeois. C’est elle qui serait en grande partie propriétaire de la société Kick International, société hollandaise, possédant 10 % des parts du Standard de Liège. La société du Lichtenstein a également investi dans l’immobilier liégeois et dans la restauration.

Tout ceci nous amène au deuxième volet de l’enquête, celui relatif au Standard. Comme on le comprendra sans difficulté, les modèles de transferts reprochés à Lucien D’Onofrio en tant qu’agents de joueurs auraient été appliqués par le Standard lui-même. C’est dans cette optique que plusieurs joueurs du club ont, en leur temps, été interrogés par les limiers liégeois, histoire de déterminer leur mode de paiement. Des auditions qui, dit-on, ont été très instructives.

Lucien D’Onofrio a été Inculpé dans les deux volets de l’enquête. Mais, logiquement, pour le second volet, d’autres inculpations devraient suivre… très prochainement.



© La Dernière Heure 2011

Les derniers annonces avec LOGIC-IMMO.be