Les joueurs actuels n'ont pas de mémoire

SCLESSIN Endimanchés, comme il sied lorsqu'on accueille une tête couronnée, même si la tiare supporte quelques grains de poussière, ils étaient tous accourus ou presque. Tous ces habitués qui, de Van Mœr à Vandersmissen, ont cessé, depuis mai dernier, de ressasser leurs souvenirs de champions d'un autre temps. Leurs noms sont gravés, pour toujours, dans le livre doré de l'histoire rouche. Mais ils n'ont accepté de prendre un coup de vieux que pour mieux rajeunir. À leur arrivée au stade, leurs yeux pétillaient. Parce qu'ils savaient que, riches de leur beau diplôme d'anglais, obtenu avec distinction, leurs lointains successeurs allaient raviver la légende, réveiller le mythe. Ils soupçonnaient même Roger Claessen, le Jovanovic d'antan, d'avoir tenté de donner vie à son effigie pour aider les buteurs d'aujourd'hui.

"La ferveur est en nous, peu importe la rencontre", soulignait un tifo . Avaient-ils besoin de ce rappel en forme d'avertissement, les joueurs de Laszlo Bölöni ? Non, sans doute. Les pépites de l'équipe, que couvaient des yeux étrangers enamourés, n'avaient pas besoin d'aiguillon pour démontrer une fois encore qu'ils n'assimilaient pas cette Coupe Uefa qui ressuscitait le club sur la scène européenne à la compétition du pauvre.

Sclessin avait dû s'éclaircir la voix pour mieux s'égosiller. Mais il a vibré comme en ses soirs d'état de grâce, drapeaux rouges et blancs déployés. Les joueurs d'aujourd'hui ont une mémoire heureusement sélective : ils ne se soucient pas le moins du monde des quelques taches qui souillent le riche palmarès de leur club. Ils étaient tous nés, certes, quand Bilbao était venu empiler sept buts en bord de Meuse. Mais cet Athletic basque présente-t-il de réelles similitudes avec ce Séville-ci, fleuron de la douce Andalousie ? Juan Lozano - le nôtre, celui qui est né là-bas - n'en est pas persuadé. Il était venu humer les effluves de son pays d'origine. A-t-il frémi, lui le bouillant Hidalgo, quand la houle d'enthousiasme a fait tanguer Sclessin à chaque offensive construite de son équipe ? Le stade Dufrasne a-t-il reconnu en Romaric, élancé et élégant, cet intermittent du spectacle un peu massif qu'incarnait l'Ivoirien quand il évoluait à Beveren ?



© La Dernière Heure 2008