Les derniers adversaires des Rouches nous confient ne pas avoir été impressionnés.

Le Standard n’a plus gagné depuis le 11 décembre, à Sclessin contre Westerlo (3-1). Pourtant, depuis ce match, les hommes d’Aleksandar Jankovic ont abordé au moins quatre matches avec l’étiquette de favoris : sur papier, ils devaient s’imposer contre Lokeren, à Saint-Trond, à Eupen et contre Courtrai. mais les chiffres sont là : ils n’ont pris que trois points sur douze lors de ces quatre matches.

Et comme ils n’ont pas compensé dans les matches où ils n’étaient pas donnés vainqueur (à Genk, contre Bruges et à Anderlecht), ils sont aujourd’hui sur le point d’être éliminés mathématiquement de la course aux playoffs 1.

Oui, le Standard, historiquement membre du Top 3 belge, va probablement finir la phase classique hors du Top 6. Pour la deuxième saison consécutive, pour la troisième fois depuis la mise en place de la réforme, la saison 2009-2010. Nous l’écrivions dans nos éditions de lundi : le Standard perd son statut de grand. Mais qu’en pensent les petits qui ont récemment joué contre les Rouches ? On pourrait résumer leur état d’esprit comme suit : "Même pas peur !" Lisez plutôt.


"Un des rares matches qu’on a dominés"
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Hendrik Van Crombrugge est triste pour son ancien club : "Le Standard ne fait plus peur, Sclessin n’est plus imprenable"

Sans une erreur d’Hendrik Van Crombrugge en fin de match à Eupen, c’est avec une défaite logique que le Standard serait revenu de son déplacement au Kehrweg. Héros malheureux, le gardien eupenois revient sur le partage contre les Rouches.

"On ne doutait pas avant le match. D’abord parce qu’on jouait chez nous et qu’on est toujours capable de faire quelque chose contre les grands. Ensuite parce qu’on savait que le Standard n’était pas dans une bonne période", commente Hendrik Van Crombrugge. "Il y a des joueurs qui nous ont impressionnés, comme Belfodil et Orlando Sa. Ce qui nous a surtout marqués, c’est l’instabilité défensive. Chaque fois qu’on passait le milieu de terrain, on les mettait en difficultés. C’est le seul match où on a eu la maîtrise. On est devenu une équipe de contre-attaque, mais sur ce match-là, on a eu la possession du ballon. Cela ne nous arrive pas souvent."

Le gardien d’Eupen note des différences entre le Standard et les autres équipes qui tournent bien actuellement. "À domicile contre Bruges, on avait ouvert le score. Mais cela n’avait pas ébranlé la confiance des Flandriens. Ils n’avaient pas paniqué et s’étaient imposés. Contre les Liégeois, on a senti le doute s’installer dès qu’on a marqué. Mais la grosse différence avec les clubs qui tournent bien, c’est la stabilité. Le Standard a connu deux rachats en peu de temps, les coaches et les joueurs se succèdent à un rythme fou. Bruges, Ostende, Zulte Waregem, etc. ce sont des clubs qui ont une vision, une stratégie et qui privilégient la stabilité."

Le gardien de 23 ans se dit "triste" de voir la situation actuelle de son ancien club (2008-2011).

"C’était la grande époque : les titres, la Ligue des Champions, la Coupe… Aujourd’hui, le Standard ne fait plus peur, Sclessin n’est plus une forteresse imprenable. Rater les playoffs 1 une année, cela passe, mais deux années de suite, cela va se sentir. Il faudra voir si la direction aura encore les moyens de bâtir une équipe pour revenir au top."


"On a ressenti le stress des joueurs"
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Hervé Kagé (Courtrai) a ressenti la rupture entre le public et les joueurs liégeois.

Personne, en bord de Meuse, n’a encore oublié la correction infligée par Courtrai, samedi dernier (0-3). Après un premier quart d’heure plus difficile, les Flandriens ont tranquillement pris le contrôle du jeu. "J’ai passé un très bon week-end, d’autant que nous avions besoin de points. Gagner dans de telles proportions au Standard, peu d’équipes l’ont fait", souriait Hervé Kagé lors du Grand Débrief.

Le technicien bruxellois a également assisté à une ambiance plutôt rare à Liège. Lors des vingt dernières minutes, les supporters principautaires s’en sont pris à leurs propres joueurs via des chants moqueurs et des encouragements pour l’adversaire. "Bien entendu que cela m’a surpris. Habituellement, les fans sont très chauds et encouragent leurs couleurs. C’était le cas au tout début, mais lorsque nous avons planté le premier but, j’ai senti que cela retombait déjà. Je comprends le public car il attend que son équipe dispute les playoffs 1 et gagne ses matches à domicile."

Même s’il affirme que "tout le monde néglige un petit peu la prestation de Courtrai, qui était bien en place tactiquement", Hervé Kagé reconnaissait que les Rouches étaient quelque peu paralysés par la peur. "Ils sont dans une période de doute et il est difficile d’en sortir, surtout lorsque tu es mené au score après vingt minutes. Mais, à mes yeux, les joueurs du Standard doivent supporter la pression lors de chaque match. Tu ne peux pas arriver stressé quand tu évolues dans un tel stade. Cela s’est ressenti contre nous, car certains de leurs gestes étaient moins fluides", poursuivait-il, avant de conclure sur une vérité: "Il faut du caractère et une certaine philosophie pour défendre les intérêts d’une entité comme le Standard. Mais je me demande si tout le monde l’a en ce moment."



"L’équipe contre laquelle j’ai eu le plus d’occasions"
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Yohan Boli aurait pu inscrire plus qu’un but face à une défense "désordonnée".

Le 27 décembre, pour leur dernière sortie en 2016, les Liégeois pataugent sur le terrain synthétique de Saint-Trond. En supériorité numérique pendant plus d’une heure, le Standard arrachera le nul en fin de match. Buteur ce soir-là, Yohan Boli se souvient de Standardmen hésitants. "Le Standard se devait de l’emporter pour rester dans la course aux PO1 . Mais rapidement, on a senti de la fébrilité dans leur chef", lance le Français.

Pendant deux minutes, Yohan Boli a bien cru avoir offert la victoire aux siens. "J’avais déjà eu pas mal d’occasions avant mon but. À vrai dire, c’est un des matches au cours desquels j’ai hérité du plus grand nombre d’occasions. C’est paradoxal que cela arrive face à une grande équipe. Défensivement, ils étaient désordonnés et pas concentrés."

À Saint-Trond, les circonstances étaient tout de même favorables à un succès liégeois.

"Ils ne s’attendaient peut-être pas à ce qu’on défende en avançant. Réduits à dix, on les a perturbés en continuant à jouer vers l’avant. Le Standard pensait peut-être que cela allait être plus facile. Il prenait des risques offensivement et on en a profité."

Dans le Limbourg, les hommes de Jankovic ont été mis à mal par les Trudonnaires plus que vaillants. "On leur a fait mal en leur mettant la pression et en imposant l’impact physique. Les Liégeois ont alors reculé sous notre pression. On aurait pu prendre les trois points ce soir-là. Mais vu les circonstances, on était satisfaits avec le nul."

Yohan Boli n’a donc pas été impressionné par les Liégeois. "Pas plus que cela. L’équipe qui m’a fait la plus forte impression, c’était Zulte."


"Moins d’ambiance qu’avant" 
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Maric (Lokeren) a pris un point à Sclessin et note une différence de qualité

Le 21 décembre dernier, Lokeren était parvenu à repartir de Liège avec une unité. Les Waeslandiens avaient profité d’une sortie hasardeuse de Guillaume Hubert pour répondre à l’ouverture du score de Réginal Goreux. En fin de rencontre, ils auraient même pu prétendre à la victoire s’ils s’étaient montrés un rien plus réalistes en zone de conclusion. "Personnellement, j’ai trouvé que le Standard était bien organisé durant ce match. Nous étions sous pression et même si les Liégeois ont eu quelques bonnes opportunités, ils n’ont pas tout le temps été très dangereux", explique le défenseur Mijat Maric. "Cela n’a pas été un duel facile, mais j’ai l’impression que, ces dernières semaines, ce n’est plus spécialement la même équipe qu’en décembre."

Le défenseur serbe a déjà rencontré les Principautaires à de multiples reprises. "Avant, il y avait Milan Jovanovic, Dieumerci Mbokani, Steven Defour ou encore Axel Witsel. Avec tout le respect que j’ai pour les joueurs actuels, le collectif ne me semble plus si talentueux, même si des garçons comme Orlando Sa et Ishak Belfodil ont de grandes qualités", dit-il, avant de préciser : "Ce raisonnement vaut pour toutes les équipes du top, comme Bruges et Anderlecht. Il y a quelques années, Lokeren se déplaçait au stade Constant Vanden Stock avec l’espoir de ne pas prendre trois buts mais, la semaine dernière, nous étions à deux doigts de l’emporter. Pareil pour notre rencontre face à La Gantoise, durant laquelle nous avons eu quatre occasions franches. Ce n’est pas normal car la différence de budget est considérable."

Outre la qualité sportive, Mijat Maric a noté une différence dans les tribunes. "Oui, l’ambiance n’était plus la même à Sclessin. Le public liégeois est très exigeant et il s’est passé beaucoup de choses ces dernières années. Cela fait déjà quatre ou cinq ans que ce n’est plus le même Standard."