Avec ses adjoints, Michel Preud’homme a participé au premier colloque de sa carrière. Il y a présenté leur mode de fonctionnement.

Lundi soir, Michel Preud’homme et son staff avaient rendez-vous à l’Université de Namur. Non pas qu’ils reprenaient des cours. Ce sont eux, ou plutôt lui, le T1, qui s’était mué en orateur à l’occasion du colloque "De l’entraîneur au manager", organisé par l’Association des clubs francophones de football (ACFF) et la Communauté des entraîneurs francophones de football (CEFF). Mais, que l’on ne s’y méprenne pas, si le coach avait pris place seul sur l’estrade pour faire face à un amphithéâtre garni de 564 personnes, ses adjoints ont œuvré à faire de cet exposé une réussite. "Tout le monde s’y est mis pour préparer cette intervention. Chacun a préparé sa partie, puis j’ai vu l’ensemble qu’on a retravaillé en fonction de mes commentaires… Exactement comme pour un plan de match" , précisait, après coup et avec le sourire, MPH.

Un sourire qui ne l’a pas lâché pendant son exposé. "J’espère ne pas être trop long, mais on négociera avec les organisateurs pour rajouter un ou deux points sur votre licence" , lançait-il au début de son intervention, à l’attention de la quinzaine d’entraîneurs passant le brevet UEFA A. Éclats de rire et applaudissements dans l’assemblée, qui n’a pas manqué une miette de sa présentation longue d’une bonne heure.

Mais il fallait bien cela pour présenter son staff sous toutes ses coutures, les prérogatives de chacun et leur manière de travailler ensemble.

"On ne peut plus rien faire seul" , introduit le tacticien, bien placé pour savoir de quoi il parle vu sa carrière entamée en janvier 2001. Ce qui fait de lui l’un des entraîneurs les plus expérimentés du pays. "Notre but est d’éviter les pertes de temps car il est impossible pour moi d’assister à toutes les réunions, de tout préparer et de tout analyser. C’est pourquoi nous avons instauré que chaque membre du staff ait d’autres attributions au sein du club à côté de sa spécificité football."

Par exemple, ses assistants, Mbaye Leye et Éric Deflandre, prémâchent les rapports de la cellule de scouting ; l’entraîneur des gardiens, Jan Van Steenberghe, est également responsable de l’infrastructure ; et l’entraîneur physique, Renaat Philippaerts, gère les contacts avec le staff médical avant d’en faire rapport au coach. "On fait fonctionner tout le club avec le staff technique" , résume le T1 à la tête de cette fourmilière qu’il veille à coordonner au mieux.

Plein de chiffres pour une saine concurrence

L’organisation annuelle, hebdomadaire et quotidienne au sein du club est donc millimétrée. Réglée comme du papier à musique, pourrait dire MPH. "Je me vois comme un chef d’orchestre qui délègue, tout en étant capable de faire chaque tâche moi-même" , confesse-t-il.

Une capacité à déléguer primordiale dans le football actuel, qui lui permet de laisser l’analyse des statistiques de tous les entraînements et matchs au pôle physique de son staff. Pas du luxe vu que la base de données est énorme. Évolution du poids des joueurs, de leur masse grasse, des kilomètres parcourus, à quelle vitesse, avec quelle intensité… Tout est passé au crible, pour le plus grand plaisir des principaux intéressés.

"Tous ces chiffres sont affichés dans le vestiaire car ils créent de la concurrence entre les joueurs, qui sont des compétiteurs et veulent être les meilleurs" , avoue le tacticien. "D’ailleurs, ils courent rapidement vers l’ordinateur après les entraînements pour voir s’ils ont couru les distances demandées."

Dans le cas contraire, des exercices supplémentaires sont prévus pour ceux qui se seraient cachés afin que chacun ait la même charge de travail.

On n’a pas eu les noms, seulement des numéros qui ne correspondent pas à ceux floqués sur la vareuse des joueurs. On s’est donc contenté de jouer aux devinettes.

"Les architectes du gro upe" , MPH ce "bleu"

Pas de secret en revanche quand il s’agit d’évoquer un autre pan important de la préparation : le mental. Rudy Heylen en étant le responsable.

C’est lui qui gère les entretiens individuels avec les joueurs, qui en sont friands, et les réunions collectives pour déterminer la stratégie en vue des prochains matchs. Notamment avec Obbi Oulare, Gojko Cimirot, Nicolas Gavory, Zinho Vanheusden, Samuel Bastien et Kostas Laifis. "Les architectes du groupe" , comme les appelle Michel Preud’homme. "Beaucoup évoluent dans l’axe et ont un rôle à jouer auprès de leurs partenaires pendant les matchs. Ils sont parfois responsables d’une zone pour remotiver un équipier."

Le tout en fonction du caractère des uns et des autres, que le coach mental détermine au moyen de différents tests : QI, concentration et personnalité.

"Ce dernier est très important pour avoir un groupe équilibré avec des profils différents, mais aussi pour savoir comment parler aux joueurs, les entraîner, les toucher" , explique MPH. "On ne fait pas une remarque de la même façon à un joueur qui a besoin de beaucoup d’explications qu’à quelqu’un qui est de nature impulsive."

Des traits de caractère catégorisés par couleur. "C’est un peu plus compliqué, je vais prendre mes notes" , prévient l’orateur. Le vert renvoie à quelqu’un de très social, qui doit se sentir bien dans sa peau, assez conservateur, avec une orientation vers le passé. Le rouge, c’est la figure dominante du leader, impulsif, qui a besoin de challenges et de variété. Quant au type bleu, il se rapporte à quelqu’un ayant besoin de structure et de beaucoup d’explications, qui est très analytique et pense toujours vers le futur.

"Pour la petite anecdote, le bleu est le trait dominant chez moi. Mais le gros problème, c’est qu’il y a autant de vert que de rouge sur le côté. On ne sait donc jamais comment je vais réagir quand quelque chose ne va pas très bien. Cela peut être de manière très sociable ou explosive… Cela dépend des jours… et des arbitres" , plaisante le T1 de 61 ans, suscitant de nouveaux éclats de rire dans l’assemblée. Qui a pu constater aussi que la presse était utilisée comme "un activateur de motivation" auprès des joueurs.

Bref, une présentation aussi bien huilée que l’organisation sportive au sein du club, que Michel Preud’homme n’était pas peu fier de présenter. "Si cela peut rendre les joueurs meilleurs, c’est tout bénéfique pour l’équipe, et donc pour le club" , ponctuait-il face à un parterre de jeunes, et moins jeunes, entraîneurs conquis.