On pensait qu'il résoudrait tout, et finalement, l'arbitrage vidéo semble apporter encore plus de discussions à l'issue des rencontres. 

Dernier exemple avec la défunte journée de championnat lorsque l'arbitre vidéo n'a pas jugé utile d'intervenir après une faute assez évidente dans le rectangle brugeois lors du match Zulte-Waregem - Bruges. Visiblement, la déclinaison "football" de l'arbitrage vidéo ne fonctionne pas encore, et ce malgré les 10 caméras placées autour du terrain.

Voici les 3 faiblesses de l'arbitrage vidéo en football dans son état actuel:

1. Il faut donner aux joueurs le droit de contester une décision et donc... de se tromper

Il est facile de critiquer l'arbitre, il est plus difficile de se mettre à sa place. Et pour l'instant, le football ne le permet pas. En effet, l'arbitrage vidéo n'est utilisé par l'arbitre principal que s'il estime une phase litigieuse ou lorsque l'arbitre vidéo lui en signale une. Ainsi, si les équipes pensent avoir vu une erreur, impossible pour elles de faire appel de la (non) décision. La responsabilité de la décision, et donc de la potentielle erreur reste à 100 % sur le corps arbitral... le bouc émissaire est tout trouvé. Au tennis, les joueurs peuvent faire appel d'une décision trois fois par set. Au hockey, une fois par match. Et dans les deux cas, s'ils ont raison, ils récupèrent leur droit à la vidéo. Si la vidéo peut être un moyen de montrer que l'arbitre a tort, c'est aussi un moyen de montrer qu'il a raison. Il est trop facile de donner le beau rôle des victimes aux joueurs et aux équipes.

2. La décision doit être prise par un autre arbitre et non par l'arbitre central

Au tennis, comme au hockey, la décision suite au recours à la vidéo n'est pas prise par l'arbitre du terrain. Par exemple, au tennis, c'est une machine contrôlée par un autre officiel qui prend la décision de savoir si la balle est bonne ou non. Au hockey, le capitaine de l'équipe adverse pose une question précise à l'arbitre central (exemple : "un joueur a-t-il touché la balle du pied dans le cercle ?"). C'est alors l'arbitre vidéo qui décidera si oui ou non, la plainte est recevable (et dans certains cas, il dira qu'il ne peut pas juger). Cela enlève au passage la pression que peuvent mettre des joueurs ou un stade sur celui qui prend la décision. L'arbitre central ne fait alors que relayer la décision aux joueurs... il devient donc inutile de rouspéter sur lui.

3. La décision doit être prise en quelques secondes, une trentaine tout au plus.

C'était une des craintes évoquées par les observateurs avec l'arrivée de la vidéo, et elle s'est révélée vraie après ces premières expérimentations. La décision prend encore trop de temps à arriver. Lors de la deuxième journée, les arbitres ont pris quatre minutes pour décider d'accorder un pénalty à Mouscron face à Charleroi. Il est urgent d'accélérer cette procédure, à la fois pour une question de rythme de jeu, mais surtout pour une question de crédibilité. Tous les arbitres, quelque soit leur sport, le savent: une décision prise rapidement donne un côté sûr à celle-ci et elle devient plus facile à faire accepter par les joueurs. Une décision longue à prendre montre l'hésitation et augmente le risque qu'elle soit contestée.

Il faudra du temps et… de l'indulgence

Si la vidéo balbutie encore en foot, il ne faut pas aller trop vite et jeter le bébé avec l'eau du bain. En hockey, la vidéo existe depuis 2010 et en tennis depuis 2006. Et dans ces sports aussi, les débuts ont chamboulé les habitudes des joueurs voire des arbitres. Souvenons-nous même que dans le cas du tennis, le maître Federer était contre le "hawk-eye" avant de l'accepter progressivement à partir de 2015. Il y a fort à parier que ce sera le même scénario chez nous. Si les instances du football gardent l'esprit critique par rapport à cet outil qu'est la vidéo et acceptent de le remettre en question pour l'améliorer, son usage gagnera en efficacité et en crédibilité.

Il va aussi falloir accepter que l'arbitrage vidéo ne résoudra pas tous les problèmes. À la différence du tennis, où la vidéo a éliminé 95% des contestations de décision, le football est un sport de contacts dans lequel tout ne peut pas être vu, décidé et tranché. Un contact léger dans la surface sera toujours sujet à interprétation, que la vidéo existe ou pas. Certes, il faut réduire la part d'"erreurs évidentes" du football, mais ayons l'humilité de dire que la vidéo ne résoudra pas tout.