Depuis l’annonce, ce mardi, l’UEFA est accablée de toute part. L’institution refuse que le drapeau arc-en-ciel, qui représente la communauté LGBT+, vienne illuminer la façade du stade munichois pour Allemagne-Hongrie, ce mercredi à 21 heures. La municipalité, soutenue par la Fédération allemande, espérait pouvoir marquer son désaccord avec le gouvernement Orban, à l’initiative d’un durcissement de la législation envers les homosexuels. Il n’en sera finalement rien.

Deux poids, deux mesures

C’est la deuxième fois en l’espace de quelques jours que l’instance du football européen se prononce sur ce genre de cas. Une enquête avait été ouverte samedi, suite au match Allemagne-Portugal, en raison du brassard arc-en-ciel arboré par le capitaine de la Mannschaft, Manuel Neuer. Un pétard mouillé, l’UEFA considérant en définitive que le geste était "en faveur de la diversité et donc au service d’une bonne cause".

Quelle différence avec le projet porté par la capitale bavaroise alors ? "Étant donné le contexte politique de cette demande, un message visant une décision prise par le parlement national hongrois, l’UEFA doit refuser cette requête", explique l’institution dans son communiqué. Autrement dit, défendre des valeurs, c’est bien, tant que cela ne se fait pas à l’encontre d’un État en particulier. Une décision que le ministre des Affaires étrangères hongrois s’est empressé de saluer. "Dieu merci, les dirigeants du football européen ont fait preuve de bon sens", a-t-il notamment réagi.

Le nœud du problème

Une organisation « politiquement et religieusement neutre », c’est ainsi que se définit l’UEFA. Mais l’institution souffre aujourd’hui d’une perte de crédibilité majeure. D’une part, parce qu’on la sait frileuse à l’idée de froisser l’un des seuls pays organisateurs qui dispose d’une jauge de spectateurs à 100 %. D’autre part, parce que le grand écart entre les valeurs qu’elle affirme défendre et son principe de neutralité atteint ses limites.

L’instance européenne refuse de se positionner politiquement par peur de créer un précédent. Or, ce précédent existe déjà. Il y a quelques semaines, la sélection ukrainienne s’est présentée à l’Euro avec, sur son maillot, une carte représentant la Crimée comme partie intégrante de son territoire. Ce qui n’a évidemment pas manqué de faire réagir la Russie, qui a annexé la Crimée en 2014. L’UEFA s’en est tirée par le biais de négociations et en rappelant que les frontières reconnues étaient toujours celles de 2014. Mais les faits sont là : elle s’est positionnée sur un problème politique.

Habituée à promouvoir des messages d’inclusion en faveur des minorités oppressées, l’UEFA doit aujourd’hui prouver qu’elle défend ces valeurs de partage en appuyant ses mots par des actes. D’autant que sa décision n’aura eu aucun impact et que sa proposition de décaler l’illumination du stade au 28 juin est restée lettre morte. Les autorités munichoises ont d’ores et déjà prévu d’habiller différents bâtiments de la ville avec l’arc-en-ciel et 11.000 drapeaux seront distribués à l’entrée du stade pour colorer les tribunes.