On peut s'étonner de ne voir aucune équipe issue du groupe F parmi les quarts de finaliste de cet Euro. Le Portugal, la France et l'Allemagne ont successivement déchanté ces derniers jours après être parvenus à sortir d'un groupe où la Hongrie ne leur avait pas offert beaucoup de répit, au-delà de leurs confrontations directes. C'est d'ailleurs sans doute là que le bât blesse: l'influx laissé sur le terrain pendant la phase de groupes est un vrai problème en vue des matches "couperet", quand d'autres équipes montent en régime.

A y regarder de plus près, les membres d'un "groupe de la mort" ne sont d'ailleurs jamais allés au bout de leur rêve dans l'histoire récente des grandes compétitions internationales que sont l'Euro et la Coupe du monde.

En 1996, l'Allemagne et la République tchèque s'étaient retrouvées en finale

La dernière fois, c'était en 1996. L'Allemagne et la République tchèque étaient sorties du groupe le plus dense (sur papier) de l'Euro anglais. Au détriment de l'Italie et la Russie. Les deux qualifiés s'étaient ensuite retrouvés en finale, dans un match qui avait sacré la Mannschaft après prolongations (2-1).

Depuis cette année-là, aucune équipe n'a survécu au mythe du "groupe de la mort" jusqu'en finale. Pas même dans les championnats d'Europe à 16, où il "suffisait" d'enchaîner deux victoires après la phase de groupes pour disputer la finale.

Pas la première hécatombe

Évidemment, c'est la première fois que le constat est aussi flagrant puisque voir trois équipes sortir du groupe de la mort est inédit. En 2016, la Turquie ne figurait pas parmi les meilleurs troisièmes d'un groupe qui avait vu ses rescapés chuter, là aussi, en huitièmes de finale. La Croatie avait été la victime du Portugal au terme du match le plus ennuyeux du tournoi et l'Espagne avait été éliminée par l'Italie.

En 2012, l'Allemagne et le Portugal avaient dominé le Danemark et les Pays-Bas en phase de groupes avant de chuter en demi-finale, respectivement contre l'Italie et l'Espagne. En 2008, les Pays-Bas et l'Italie (qui étaient en phase de groupes avec la France et la Roumanie) s'étaient fait sortir dès le tour suivant, par la Russie et l'Espagne. Et en 2000, le groupe Allemagne-Angleterre-Portugal-Roumanie n'avait pas le moindre représentant en finale puisque le Portugal s'était fait sortir au bout du suspense par la France, en demi-finale alors que la... Roumanie avait été éliminée par l'Italie, en quart.

2004, l'exception au 21e Siècle ?

Puisque la désignation d'un groupe de la mort est toujours subjective, on peut discuter sur le cas de l'Euro 2004. Avant le tournoi, aucun groupe ne semblait sortir du lot. Après coup, on comprend que le Portugal et la Grèce, qui s'étaient retrouvés en finale (gagnée par la Grèce à la surprise générale), avaient eu fort à faire contre l'Espagne et la Russie durant le premier tour. Mais le groupe B, avec la France, l'Angleterre, la Suisse et la Croatie était dense également.

La Coupe du monde suit la même logique

Si aucune compétition internationale n'est aussi homogène que l'Euro (surtout quand il se disputait à 16), le Mondial offre lui aussi des groupes plus relevés que d'autres. Mais l'issue du tournoi n'est pas plus heureuse pour les équipes qui les composaient. En 2018, certains médias désignaient le groupe F (Allemagne, Mexique, Corée du Sud et Suède) comme le groupe le plus difficile. Résultat: la Suède se faisait sortir en quart de finale par l'Angleterre alors que le Mexique avait succombé face au Brésil, en huitième.

En 2014, deux groupes étaient en concurrence pour le titre de "groupe de la mort". Mais les Pays-Bas et le Chili (qui s'étaient débarrassés de l'Espagne et l'Australie) n'avaient eu guère plus de réussite dans la phase à élimination directe que le Costa Rica et l'Uruguay (qui avaient éliminé l'Italie et l'Angleterre).

2006 (Pays-Bas, Argentine, Côte d'Ivoire et Serbie-et-Monténégro), 2002 (Suède, Angleterre, Argentine, Nigéria) et 1998 (Nigeria, Paraguay, Espagne, Bulgarie) n'avaient pas été plus prolifiques pour les nations qui s'étaient qualifiées: systématiquement les deux premières citées.