Le talent ne meurt jamais dit l'adage. Les grands hommes non plus. Car si Chiellini n'est pas le défenseur le plus doué de sa génération balle au pied, il en est certainement l'un des plus valeureux. Ce qui lui permet de gommer quelques errements techniques par une intransigeance de tous les instants. Et d'être, à 36 ans, l'un des meilleurs défenseurs de la planète.

Pour l'UEFA, le légendaire défenseur italien est revenu sur sa compétition XXL. Avec une place en finale, l'Euro de la Squadra est réussi. Pour lui, cette réussite porte un nom: Roberto Mancini. "Au début, nous pensions que Mancini était fou quand il nous a dit que nous devrions penser à gagner l'Euro" commence-t-il. "Pendant toutes ces années, Roberto Mancini a créé une vraie équipe qui est à deux doigts de réaliser son grand objectif. Maintenant, il manque la dernière marche. C'est un rêve devenu réalité !"

"Lukaku? Mon plus grand test lors de cet Euro"

Après un neuf sur neuf lors de la phase de groupe, l'Italie a souffert pour parvenir à la finale. Face aux Diables, c'est la seule fois où l'équipe n'a pas dû passer par les prolongations. Pour autant, l'Italien a avoué que ce match avait été très compliqué. Notamment à cause de Big Rom'. "Si mon duel face à Lukaku a été mon plus gros test ? Oui, le match contre la Belgique a été globalement difficile parce qu'ils ont des attaquants exceptionnels, mais on a mieux géré la rencontre. Les 15 dernières minutes étaient interminables. La Belgique n'arrêtait pas de rajouter des joueurs offensifs, ça nous a mis en difficulté."

Après avoir sorti la Belgique dans le temps réglementaire, il a fallu jouer les prolongations contre la Roja. Malgré les nouveaux principes de jeu mis en place par Mancini, la Squadra est tombée sur plus forte qu'elle au niveau de la possession. "C'est la première fois depuis trois ans qu'on tombe sur un rival capable de nous faire souffrir comme ça" confesse-t-il. "Nous avons eu besoin de cœur et d'humilité pour comprendre que nous avions un meilleur adversaire dans ce que nous aimons faire : dominer le jeu. Contre certains adversaires, il faut changer de stratégie et s'attendre à souffrir. Mais ça va nous servir pour le futur".

L'un des moments de cet Euro restera cet échange invraisemblable entre Chiellini et Alba juste avant les tirs au but. Le défenseur de la Juve, avec l'humour et la décontraction qu'on lui connait, avait taxé son homologue de "tricheur". "On en a plus dit sur ce qui s'est passé réellement. Nous avons dû choisir de quel côté nous allions tirer. Et quand l'arbitre a lancé la pièce, Jordi a pensé que c'était de son côté. Mais je lui ai fait remarquer en plaisantant que ce n'était pas le cas", explique-t-il en souriant.

Surpris par l'Espagne, le défenseur pensait devoir affronter un autre grand cador européen dans le dernier carré. "Je m'attendais à nous voir affronter la France, c'était la grande favorite. Pour arriver en finale, je m'attendais donc à devoir affronter la Belgique, la France et finalement l'Angleterre."

D'ailleurs, il se méfie comme de la peste des individualités britanniques. "J'ai toujours bien aimé Kane. J'ai eu la chance de jouer contre lui lors d'un match contre Tottenham. Il sait comment jouer dans la profondeur et comment faire une passe qui casse la défense pour un coéquipier. Il marque de la tête, de loin et de près. Il m'avait fait une énorme impression." Mais résumer l'équipe de Southgate à l'attaquant serait une erreur. "Sur le banc en demi-finale, ils avaient Grealish, Sancho, Rashford, Calvert-Lewin, Foden... Ils ont une équipe d'un niveau énorme", admet celui qui a porté 111 fois la vareuse nationale.

A 36 ans, Giorgio Chiellini pourrait devenir l'un des plus vieux vainqueurs de l'Euro. Comme à son habitude, lui compte profiter de chaque seconde. "Chaque âge a ses bons côtés. Une victoire est aussi excitante à 36 ans qu'à 21 ans pour quelqu'un comme (Giacomo) Raspadori. Peut-être qu'à 36 ans, vous le ressentez davantage parce que vous comprenez mieux à quel point c'est difficile et le travail que cela implique."