"Il a construit une équipe qui, en paraphrasant les Blaugranas, est plus qu'un club. Seul un groupe peut tenir tête aux solistes virtuoses de la moitié de l'Europe. Et ramener la Coupe à la maison. Oui, à la maison." Le Corriere dello Sport ne s'est pas privé ce lundi matin. Comme toute la presse transalpine. Plus que jamais, la victoire de cette Italie joueuse à souhait porte le nom d'un homme: Roberto Mancini.

Ciao le Catenaccio, buongiorno la possession

En trois ans, le sélectionneur italien a créé une machine de guerre. Malmenée en première période contre les Anglais, la Squadra est revenue en seconde avec ce qui a fait son ADN depuis la prise de pouvoir de l'ancien coach de l'Inter: le jeu. Comme en témoignent les statistiques et les 64% de balles durant l'ensemble du match. Pour expliquer ce renouveau, un petit rappel des faits s'impose.

13 novembre 2017, l'Italie réalise l'une des pires performances de son histoire. La Squadra ne peut faire mieux qu'un piètre 0-0 contre la Suède après sa défaite à Stockholm. Le coupable est tout désigné: Gian Piero Ventura. Le coach est débarqué dans la foulée et Roberto Mancini doit jouer les pompiers de service. Il reprend une équipe en manque total de repère. Sans idée, sans ligne conductrice et même sans talent. A l'époque, on parle de la pire Squadra de l'histoire. Le chantier est énorme et Mancini prend la décision qui s'impose: tout reprendre de zéro.

Le Catenaccio? Très peu pour Mancio. La révolution passera par une possession de balle assumée. Et l'ambition est claire: ne pas faire que de la figuration au Championnat d'Europe. Dans la Botte beaucoup l'ont pris pour un fou. "Nombreux étaient ceux qui pensaient, il n'y a encore pas si longtemps d'ailleurs, que sa vision n'était qu'utopie" admet notamment la Gazzetta dello sport ce matin.

Des propos confirmés par le capitaine emblématique de cette équipe. "Au début, nous pensions que Mancini était fou quand il nous a dit que nous devrions penser à gagner l'Euro. Pendant toutes ces années, Roberto Mancini a créé une vraie équipe qui est à deux doigts de réaliser son grand objectif" avait déclaré Giorgio Chiellini juste avant la finale. Résultat des courses: 37 rencontres, sept matchs nuls, deux défaites et 28 victoires. Avec une série en cours de 33 matchs sans défaite. Vous avez dit pari gagnant?

La Squadra, bien plus qu'un groupe

A voir les joueurs hurler leur hymne national, on comprend que Mancini est parvenu à créer bien plus qu'une équipe. C'est un groupe uni et solidaire qui a entamé la compétition parfaitement à Rome contre la Turquie (3-0). Partout dans la Botte, on loue sa gestion des hommes. Comme l'a souligné Claudio Ranieri dans sa chronique habituelle dans la Gazzetta dello Sport. "Mancini a d'énormes mérites. C'est lui qui a créé cet état d'esprit, cette vision. Il est le point central de la réussite. Sa gestion des matchs est géniale. Tous ses changements étaient excellents. Mancini a fait comprendre à l'Europe et au monde que nous ne sommes pas qu'une défense. Cette équipe est bien plus. Elle est tactique mais pas seulement. Nous devons être fiers de notre football et de notre pays. Il a des capacités de rédemption incroyables."

Pourtant, l'Italie a connu plusieurs contretemps durant cet Euro 2020. Mais ils ont été parfaitement gérés par le sélectionneur. La blessure de Spinazzola, la maladresse de Immobile, le retour de Verratti au profit de l'excellent Locatelli, l'éclosion de Chiesa à la place de Berardi... Tous ces éléments auraient pu fragiliser l'équilibre. Mais ce groupe avait trop de ressources mentales pour se laisser perturber.

Pour Bonucci, cette victoire a commencé à se forger en Sardaigne. Fin mai, l'équipe se réunit pour un stage de préparation. Avec l'étrange sentiment que tout est possible. "On respirait quelque chose de différent, on n'était jamais fatigué d'être ensemble. D'habitude, au bout d'un moment, tu te lasses un peu et tu veux rentrer chez toi. Mais là, on était simplement heureux d'être tous là. En Sardaigne, toutes nos familles étaient là, et pourtant on voulait quand même rester ensemble. On y croyait, on n'a jamais lâché et nous, on a montré aux plus jeunes ce que c'est que le travail, le professionnalisme, l'humilité."

50 jours plus tard, l'Italie est sur le toit de l'Europe. Et donne rendez-vous au monde entier pour en 2022. "Je voudrais rester dans l'histoire comme les sélectionneurs qui sont devenus champions du monde" a déclaré Mancini à la fin de la partie. Au Qatar, la Squadra aura une belle petite tête de favori. Surtout, avec à sa tête l'un des meilleurs sélectionneurs de la planète.