Championnats étrangers L'attaquant serbe s'apprête à affronter un Bayern Munich peu impressionnant depuis le début de la saison.

Quel attaquant de bientôt vingt-et-un ans (il les fêtera... ce dimanche !) a claqué un quintuplé cette saison et affiche déjà une Coupe et quatre titres nationaux à son palmarès ? Gabriel Jesus ? Trop vieux et pas assez titré. Kylian Mbappé ? Pas assez titré... et trop jeune. Patrick Cutrone ? Pareil. Non, le mystérieux joueur n'est autre que Luka Jovic, l'avant-centre de Francfort, le seul à faire jeu égal avec Paco Alcácer en Allemagne.


Le Serbe a en effet été sacré deux fois champion de Serbie avec l'Étoile rouge de Belgrade, deux fois du Portugal avec Benfica et a remporté la DFB Pokal avec les Aigles. Derrière ce palmarès déjà pas mal fourni à un âge où certains sortent à peine de leur post-form' se cache pourtant une réalité moins glorieuse. Deux Liga NOS ? Surtout deux matches disputés, pour un total de quinze minutes à peine. Rien à redire, Jovic connaît le sens du mot rentabilité.

Des débuts records

Pourtant, ses débuts sous le maillot de Belgrade promettent une ascension supersonique. Premier appel à l'entraînement chez les A à quinze ans (à l'instigation d'un certain Ricardo Sa Pinto), premier match, premier but, premier titre national et premier record à seize : celui du plus jeune joueur à marquer un goal dans l'histoire du club rouge et blanc.

Pour une première saison complète, il faudra attendre la suivante. Doublure de Djordje Rakic, puis de Petar Orlandic, il parvient tout de même à inscrire six pions et délivrer deux passes décisives. Ces états de services tout à fait respectables pour un gamin qui n'a toujours pas atteint la majorité lui valent les éloges de son président Zvezdan Terzic : "C'est une perle, le nouveau Falcao", s'enflamme le patron dans les médias serbes. "Il est né pour jouer au football. Vous n'avez rien à lui apprendre. Il sent l'espace et avec le temps, cela ira de mieux en mieux." Cela tombe bien, le Tigre colombien est l'idole du jeune Luka...


Des paroles et des perfs qui font mouche auprès de Benfica, qui claque près de sept millions d'euros pour enrôler ce "Falcao des Balkans" durant l'hiver 2016. Malheureusement, c'est un bide. Et ce ne sont pas ses deux titres fantoches qui risquent de contenter l'ambition du jeune Serbe.

L'envol chez les Aigles

Pas bête, Benfica ne le laisse pas moisir dans son équipe réserve, tout en le conservant, histoire de ne pas avoir de regret tant le club lisboète avait misé sur le gamin, en lui offrant un contrat de cinq ans et demi. Ce sera donc un prêt de deux ans à l'Eintracht Francfort, qui est parvenu à se qualifier pour l'Europe la saison précédente.

Bingo ! La greffe met du temps à prendre, mais à partir de mars, il redevient ce buteur plein de promesses, malgré la concurrence de Sébastien Haller et Ante Rebic. Ses stats ne sont pas folles (neuf buts, deux assists en vingt-sept matches), mais il impressionne par son instinct. "Il a le foot inscrit dans ses gènes", dit de lui son équipier Kevin-Prince Boateng dans les colonnes du Bild. "C'est un joueur de rue, il a du pif pour marquer, que ce soit de la tête, du droit ou du gauche. Et techniquement, il est bon. Il a tout ce qu'il faut pour devenir un attaquant de classe mondiale."  Cela rappelle les propos de Terzic, le boss de l'Étoile rouge...

La saison se termine en beauté, avec un but d'anthologie contre Schalke 04 en demi-finale de la Coupe, une victoire finale contre le grand Bayern au stade suivant (à laquelle il ne prend malheureusement pas part) et une sélection pour le Mondial. Même s'il n'y dispute qu'une minute (il est barré par Aleksandar Mitrovic), sa carrière s'emballe et prend une nouvelle tournure.


Le meurtre du père

Et ça repart sur les mêmes bases cette année, dans un système à deux pointes où il excelle aux côtés d'Haller : dix-sept buts, près de trois tirs tentés par match, dont la moitié cadrée, un quintuplé contre Düsseldorf, ou encore cinq pions en six rencontres d'Europa League, dont un doublé contre un Marseille démobilisé. Si l'on ajoute ses quatre passes dé', le Serbe est décisif quasiment une fois par match. Et a un pied dans la moitié des buts inscrits par Francfort, étonnant cinquième d'un championnat allemand plein de surprises !

On l'annonce même dans le viseur du Barça et de Liverpool, où Jürgen Klopp serait sous le charme de son style nerveux et efficace.


Mais comment expliquer la métamorphose de ce joueur que l'on savait plein de talent, mais qui a connu un sacré coup d'arrêt à Lisbonne ? Lui apporte une réponse limpide : "Niko Kovac m'a énormément aidé à me développer en tant que joueur", affirme-t-il après l'exploit contre le Fortuna. "C'est grâce à lui que j'ai explosé et suis devenu totalement professionnel."

Passé au Bayern, le coach croate a peut-être mis au monde une créature qui pourrait le mettre encore un peu plus en difficultés. Vous la sentez, la douce ironie ?