A droite Navas, 34 ans et 1,85 m, impérial sur sa ligne, qui a enfin tenu depuis 2019 le rôle de grand gardien que le PSG cherchait depuis huit ans.

A gauche Donnarumma, 22 ans et 1,96 m, envergure de condor, surdoué dans tous les domaines et invincible aux tirs au but, l'avenir à ce poste.

L'entraîneur Mauricio Pochettino devra choisir, ou bien gérer une alternance N.1/N.1 bis qui n'a jamais réussi au PSG depuis l'arrivée des Qatariens il y a dix ans.

"Ça doit être tranché, clair et net, ce qui n'a pas toujours été le cas à Paris avant l'arrivée de Navas", explique à l'AFP l'entraîneur des gardiens de Strasbourg, Stéphane Cassard.

"Ce qui est primordial, c'est la communication et entre guillemets la stratégie. Pour moi, le coach doit établir une hiérarchie", ajoute Cassard, qui a géré la concurrence entre Steve Mandanda et Yohan Pelé à Marseille.

Même si Donnarumma et Navas sont "deux gardiens top niveau, très forts mentalement, et qu'ils savent que la concurrence fait partie du métier, quand la hiérarchie est définie, c'est plus simple. Et après les performances font la différence pour valider le statut".

La concurrence a mal fonctionné

Au PSG, la concurrence entre Salvatore Sirigu et Kevin Trapp a mal fonctionné, de même que celle entre le jeune champion du monde Alphonse Areola et la légende Gianluigi Buffon.

Depuis deux saisons, le Costa-Ricien avait réglé ce problème récurrent du PSG. Tous les supporters parisiens se souviennent notamment de ses deux grands matches contre le Bayern Munich la saison dernière (3-2/0-1), en quarts de finale de la Ligue des champions, où il a découragé les tenants du titre.

On ne compte plus les matches où Navas a parfaitement tenu le rôle bien spécifique d'une équipe ultra-dominatrice: rester vigilant sur les deux ou trois arrêts nécessaires en un match.

Modèle de concentration, Navas ne sort jamais de son match.

Seul petit bémol, il reste un portier à l'ancienne, divin sur sa ligne, mais moins à l'aise dans les sorties et le jeu au pied, une des qualités que l'on réclame aux gardiens modernes.

Mais Navas a l'antériorité, le soutien d'un vestiaire très hispanophone, et l'arrivée d'un dernier complice, Sergio Ramos, qui fut le chef de sa défense au Real Madrid, avec lequel il a remporté trois Ligues des champions d'affilée (2016 à 2018).

En outre le "Ticos", qui a prolongé d'une saison jusqu'en 2024, avait plutôt mal vécu la concurrence avec Thibault Courtois sa dernière saison madrilène.

Donnarumma a crevé l'écran

Mais Donnarumma représente le futur. Sera-t-il possible de laisser sur le banc le meilleur joueur de l'Euro?

Arrivé libre de l'AC Milan, le gigantesque "Gigio" a crevé l'écran pendant l'Euro. Il a joué un rôle décisif dans les séances de tirs au but remportées par l'Italie en demi-finale contre l'Espagne (1-1, 4-2 t.a.b.) et en finale contre l'Angleterre (1-1, 3-2 t.a.b.).

Depuis le début de sa foudroyante carrière, Donnarumma est d'ailleurs invaincu dans l'exercice: il a remporté les cinq séances de "pénos" auxquelles il a participé.

Pochettino va devoir choisir entre "deux profils bien différents", complète Cassard.

L'Italien est "un gardien avec beaucoup d'envergure, qui prend beaucoup de place", le Costa-Ricien a "moins d'envergure, mais est très dynamique".

"Donnarumma sort beaucoup sur les ballons aériens, et il est capable d'aller soulager sa défense loin de son but, sa prise de risques est plus importante", poursuit l'ancien Sochalien.

"Navas va sortir avec sécurité, vraiment s'il est sûr à 100% d'aller chercher le ballon, c'est aussi une qualité: il joue sur ses points forts", ajoute le Strasbourgeois.

Au final, "pour moi", estime Cassard, "avec le titre de champion d'Europe et sa performance à l'Euro, le statut de Donnarumma a quand même changé. Il a montré qu'il pouvait être très bon dans un grand championnat, il va arriver avec de grandes ambitions".