Estimant que "la Ligue 1 a perdu beaucoup de valeur" avec la crise du Covid-19 et le retrait du diffuseur majeur Mediapro négocié en décembre, le patron de Canal+ Maxime Saada a annoncé dans un entretien au Figaro que la chaîne cryptée comptait restituer à la Ligue de football professionnel (LFP) son lot de matches (20% de la L1), souhaitant voir l'intégralité des matches remis en vente via un nouvel appel d'offres.

"Nous sommes finalement arrivés à la conclusion côté Canal+ qu'il était dans l'intérêt pour toutes les parties prenantes de passer par un appel d'offres", a indiqué Maxime Saada au quotidien, alors que selon plusieurs sources proches du dossier, la Ligue privilégiait une réattribution via un accord de gré à gré entre les deux parties.

Canal+ diffuse actuellement 20% des matches de Ligue 1, via une sous-licence signée avec beIN Sports pour un montant annuel de 330 millions d'euros. Les 80% restants sont toujours diffusés sur Téléfoot, la chaîne du groupe sino-espagnol Mediapro, même si celui-ci a négocié son retrait avec la Ligue en décembre.

Canal seule en lice ?

Initialement, le contrat pour la diffusion de la Ligue 1 et de la Ligue 2 pour le cycle 2020-24 avait battu des records, atteignant le montant annuel de 1,217 milliard d'euros, dont plus de 800 pour le seul groupe Mediapro, nouveau venu sur le marché français.

Mais depuis septembre, Mediapro a souhaité renégocier son contrat à la baisse et a fini par accepter de se retirer du marché moyennant une indemnité de 100 millions d'euros, contre la promesse de ne pas être poursuivie en justice.

Canal+ a toujours martelé, depuis l'appel d'offres de 2018, que la Ligue 1 avait été surévaluée par Mediapro. En octobre, Maxime Saada avait déjà indiqué que la chaîne refuserait de "réinvestir à perte dans le football". Mardi, le dirigeant a également insisté auprès du Figaro sur le fait que Canal n'a "pas été traité correctement ces dernières années" par le foot français, entre l'appel d'offres et les reports de matches en raison des manifestations de "gilets jaunes" par exemple.

Pour la chaîne du groupe Vivendi, l'appel d'offres est un risque: en rendant ses lots, elle s'expose à repartir bredouille de la future attribution. Mais de l'avis de tous les observateurs, peu d'autres diffuseurs (RMC Sport ? Amazon ? La plateforme DAZN ?) semblent en capacité d'investir beaucoup d'argent sur le football français.

Menace d'écran noir

De plus, Canal+ dispose d'un accord avec son ancien concurrent beIN Sports, et plusieurs sources proches des négociations interrogées ces derniers jours les voyaient agir de concert sur le dossier.

Pour la LFP, qui n'avait pas réagi dans la soirée mardi, l'appel d'offres laisse entrevoir une diminution drastique des droits TV de la Ligue 1, car elle remet en jeu non seulement tous les lots de Mediapro (plus de 800 M EUR), mais aussi celui de Canal+ (330 M EUR pour deux matches par journée) qui pourrait être négocié, lui aussi, à la baisse. Maxime Saada a d'ailleurs insisté sur le fait que le prix de Canal pour ce lot s'était lui aussi "artificiellement envolé".

Surtout, cette situation fait planer la menace de "l'écran noir", à savoir des rencontres non diffusées. Selon l'accord de sortie négocié en décembre entre Mediapro et la Ligue, la chaîne Téléfoot n'était censée émettre que jusqu'au 31 janvier si aucun nouveau diffuseur n'est trouvé.

Néanmoins, selon plusieurs sources proches du dossier, Téléfoot est prête à jouer les prolongations via un nouvel accord avec la Ligue. Actuellement, la chaîne propose d'ailleurs des offres à la journée ou à la semaine.

Une solution alternative similaire est aussi proposée par Maxime Saada: Canal+ se dit prête à diffuser les matches en "pay per view", un paiement à l'acte, en attendant la résolution de cet éventuel nouvel appel d'offres.