Mardi, le tribunal de commerce de Nanterre doit juger l'accord entre la Ligue et le diffuseur sino-espagnol, qui, selon les termes négociés, accepte de verser une indemnité de 100 millions d'euros au total et surtout de restituer les droits de la Ligue 1 et de la Ligue 2 en sa possession pour la période 2020-2024.

La Ligue pourra alors les céder à un ou plusieurs nouveaux diffuseurs, en échange d'argent frais qui soulagerait les finances des clubs, déjà très fragilisés économiquement par la pandémie. Dans ce contexte, Canal+ apparaît favori pour reprendre sa place de partenaire historique du football français et s'offrir une belle revanche, deux ans et demi après son humiliante éviction par le groupe sino-espagnol.

Nouveau venu en France, le groupe dirigé par Jaume Roures n'a pas honoré ses versements depuis octobre, alors qu'il s'était engagé pour un montant record de plus de 800 M EUR par an jusqu'en 2024, avec à la clé la diffusion de 80% des matches de Ligue 1 et de Ligue 2.

Dédommagement

Son départ et la fermeture prochaine de sa chaîne Téléfoot, moins de cinq mois après sa création, semblaient inéluctables depuis plusieurs semaines.

Au total, le défaut de paiement de Mediapro s'élève à 325 M EUR, soit beaucoup plus que l'indemnité de dédommagement négociée entre le président de la Ligue Vincent Labrune et Jaume Roures, qui ont trouvé un terrain d'entente le 11 décembre: 64 M EUR dès la validation de l'accord, 36 millions supplémentaires au premier semestre 2021.

C'est cet accord, longtemps présenté jeudi dernier lors d'une audience à huis clos, qui doit être homologué mardi par le tribunal de Nanterre, comme le souhaitent les deux parties.

"On espère que la décision arrêtera les accords définis entre la Ligue et Mediapro, qui permettront de tourner cette page difficile", a insisté après l'audience Guilhem Bremond, l'avocat de Mediapro.

L'autre conséquence de cet accord sera la restitution immédiate à la Ligue des droits de diffusion des matches émis jusque-là par Téléfoot.

Quel repreneur?

Une ère d'incertitude va donc s'ouvrir, avec, pour plusieurs jours voire plusieurs semaines, 80% des rencontres de Ligue 1 et de la Ligue 2 en suspens, d'ici à ce qu'un nouvel acteur récupère les droits. Rien n'a filtré sur la manière dont la Ligue s'adressera aux repreneurs potentiels mais plusieurs sources ayant connaissance du dossier indiquent qu'une négociation de gré à gré est possible, sans forcément passer par un appel d'offres.

D'ici là, pour éviter la catastrophe de "l'écran noir" avec des matches non-diffusés, Mediapro s'est engagé à maintenir sa chaîne Téléfoot en fonction jusqu'à la réattribution des droits TV, avec une date butoir fixée au 31 janvier 2021.

Si plusieurs noms circulent, Canal+ apparaît favori: la chaîne cryptée, alliée à la chaîne spécialisée beIN Sports, semble en position de force pour négocier et obtenir les droits à un prix nettement inférieur au 1,2 milliard d'euros annuels obtenus lors de l'appel d'offres de 2018.

Pour l'intégralité de la Ligue 1, une offre potentielle à moins de 600 millions d'euros fixes par an, plus une centaine de millions en part variable, a été évoquée selon plusieurs sources.

Si la Ligue ne parvient pas à attirer d'autres acteurs (Amazon, DAZN...), les clubs, très dépendants des droits TV, peuvent s'attendre à plusieurs centaines de millions d'euros de décote. Ce qui risque de contraindre les plus fragiles d'entre eux à des baisses de salaires ou à des réductions d'effectif drastiques. Pour le foot français, la crise risque de durer.