Ohé, ohé, capitaine abandonné. C'était le 26 janvier dernier, comme un pied de nez supplémentaire le jour de l'anniversaire de Gian Piero Gasperini. Aéroport de Bergame. Un silence irréaliste. Ni bannière, ni adieu, ni merci. "Il Papu", Alejandro Gomez, prend son envol vers Séville sans personne pour lui dire au revoir. L’homme aux 60 réalisations qui a incarné la génération dorée de l’Atalanta pendant 6 ans a déçu les supporters : ses conflits jamais résolus avec son entraîneur et ses coéquipiers ont conduit l’Argentin en Andalousie cet hiver pour 5,5 millions d’euros.

Pour connaître l’élément déclencheur de l’altercation il faut remonter au 1er décembre. Atalanta-Midtjylland, lors de la 5e journée de Champions League. La Dea est tenue en échec à domicile par les Danois. Gasperini tente un aménagement tactique : faire basculer le numéro 10 sur le flanc droit. Et là, dans le silence d’un stade privé de supporters résonne un "non" net. Une syllabe de trois lettres qui suffira à faire imploser le vestiaire.

Le club de Bergame est pourtant en train de vivre ses meilleures années avec quatre qualifications consécutives en Europe dont les deux dernières en Ligue des Champions (2019-2020, 2020-2021). Sa force ? Un football total et offensif emmené par un effectif jeune et amovible. Seul point de référence, le meneur de jeu, un certain Alejandro Dario Gomez (32 ans).

Si le départ forcé du numéro 10 est un coup dur, la Dea tente de rebondir avec un bon mercato hivernal. Elle a réalisé une bonne opération financière avec Diallo (vendu à ManU pour 21 millions d’euros). Pour remplacer Gomez, l'Atalanta a recruté Viktor Kovalenko (24 ans), grand espoir ukrainien qui évoluait au Shakhtar Donetsk. Le milieu offensif devait initialement arriver à Bergame en juin prochain à l’expiration de son contrat. Mais à la suite du départ de son joueur vedette, Gasperini a voulu le recruter dès cet hiver moyennant un million d’euros. Pour renforcer le noyau, les Bergamasques ont également fait leurs courses en Pro League avec Joakim Maehle, acheté pour 11 millions d’euros qui a effectué le même trajet que Timothy Castagne ou plus récemment Ruslan Malinovskyi.

"Nous avons fait 14 bons résultats d’affilée sans lui et j’espère que cela continuera. Il nous a beaucoup aidé mais je pense que l’équipe est prête à voler de ses propres ailes et à évoluer encore", soulignait un Gian Piero Gasperini confiant. Son équipe ne tourne pas uniquement autour de Papu Gomez. Sans lui, Les Bergamasques sont allés pulvériser l’AC Milan (0-3) au Giuseppe Meazza, leader depuis le début de championnat. Mais au lendemain du départ de l’Argentin, l’Atalanta s’est inclinée à domicile contre une fébrile Lazio (1-3).

Ce qui n’empêche pas les hommes de Gasperini, 36 points au compteur, de rester dans la course à la Ligue des Champions avec seulement trois unités de moins que l’actuel quatrième, la Juventus. Tout en étant encore en lice en C1 avec un huitième contre le Real Madrid et en coupe avec la demi-finale contre Naples ce mercredi. Chez les Partenopei justement, Gennaro Gattuso préfère rester méfiant, Gomez ou pas : "La défaite contre la Lazio ne compte pas. On le sait, l’Atalanta a la capacité en une journée de recouvrer ses forces et de te mettre six buts. Une machine de guerre !"

Désormais orpheline de son général qui sort d’une première titularisation en Andalousie sans relief en Coupe du Roi contre Almeria (victoire 1-0 des Sévillans). Loin, très loin de Bergame. Qu’il a abandonné sans se retourner.