Sitôt mise à flot, sitôt sabordée par les membres de son propre équipage. Deux jours après sa naissance, la Superligue est déjà coulée. Du moins, elle le sera dans les prochaines heures dès que Florentino Perez, Andrea Agnelli et les autres capitaines du navire rendront définitivement les armes.

D'abord Chelsea, Manchester City, puis Liverpool, Tottenham, Arsenal, Manchester United et l'Inter Milan. Les six clubs anglais et un premier club italien ont jeté l'éponge ces dernières heures. La Superligue a réagi ce matin mais elle ne renonce pas encore totalement. "Compte tenu des circonstances actuelles, nous reconsidérerons les étapes les plus appropriées pour remodeler le projet, en ayant toujours pour objectif d'offrir aux fans la meilleure expérience possible tout en améliorant les paiements de solidarité pour l'ensemble du football."

La fronde puis la main tendue

Tout s'est joué durant la journée de mardi. L’UEFA, la FIFA et toutes les autres instances étaient prêtes à sanctionner sévèrement les clubs et les joueurs inclus dans le projet mais ils n’auront jamais à le faire. La bouée de secours lancée par Aleksander Ceferin ce mardi a suffi.

"Vous avez fait une grosse erreur, certains disent que c’est de la cupidité, de l’ignorance ou que sais-je", a déclaré le président de l’UEFA. "Ce qui compte, c’est qu’il est encore temps de faire machine arrière. Tout le monde fait des erreurs dans la vie. Changez d’avis."

Les dirigeants de Chelsea ont été les premiers à accepter cette main tendue. Puis Manchester City a embrayé dans la foulée pour rompre ce pacte fondateur de la Superligue. "Bien joué à Chelsea et Manchester City d’avoir fait le bon choix", a directement réagi Sadiq Khan, le maire de Londres. "Je demande aux autres clubs anglais de les suivre."

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Une réunion d’urgence s’est déroulée alors même que Chelsea recevait Brighton à Stamford Bridge. Devant les grilles du stade, des centaines, voire des milliers de supporters se sont rassemblés juste avant la rencontre. Non pas pour soutenir à distance leur équipe mais bien pour exprimer leur désaccord avec la décision des dirigeants de rejoindre la Superligue.

Chelsea et City n’étaient pas les moteurs de ce plan. Ils ont même été les derniers à le signer parce qu’ils craignaient d’être laissés pour compte. Le propriétaire des Blues Roman Abramovich et le Conseil d’administration du club ont toutefois rapidement déchanté après le soulèvement mondial.

L'effet domino

La même réflexion s’est faite dans le bureau des patrons de City où les propos du Premier ministre britannique ont fait écho. Boris Johnson a assuré ce mardi "qu’aucune mesure n’était écartée" par le gouvernement pour stopper la Superligue juste avant que le coach du club en personne ne se positionne.

"Le sport n’est pas un sport quand le succès est garanti. Ce n’est pas un sport quand il n’y a pas d’importance si vous perdez. Ce n’est pas juste si les équipes se battent au sommet et ne peuvent pas se qualifier", a lancé Pep Guardiola.

L’annonce officielle est tombée peu avant 22h30 : "le club de Manchester City confirme qu’il a formellement entamé les procédures de retrait du groupe qui élabore des plans pour une Superligue." Les Citizens ont été les premiers à confirmer leur retrait.

Pendant ce temps, les autres membres fondateurs anglais ont aussi cogité. Liverpool a officialisé son départ de la compétition peu avant minuit, Arsenal, Tottenahm et Manchester United aussi alors que Chelsea a officialisé ce mercredi matin. "Nous vous avons écouté, vous et la communauté du football au sens large ces derniers jours et en conséquence", explique Arsenal. "Nous avons fait une erreur et nous nous excusons."

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En Espagne, les premières secousses sont venues de l’Atlético Madrid et du FC Barcelone. Et ce, alors même que Florentino Perez, le président du Real Madrid et de la Superligue, se vantait d’avoir convaincu facilement son homologue barcelonais Joan Laporta. "Ce projet aidera Barcelone, qui traverse une mauvaise situation économique", assurait-il lundi soir sur le plateau d’El Chiringuito, une célèbre émission espagnole. "Laporta est sensé et il l’a compris. Ça sauve tout le monde, ça sauve le football."

Sauf que les deux grands adversaires du Real Madrid vont aussi se désister. Des annonces sont là aussi attendues très rapidement. Selon le quotidien catalan Sport, Joan Laporta avait de toute façon conditionné son arrivée au vote des socios.

Ce mercredi matin peu après 6h30, un premier club italien s'est manifesté. "Nous ne sommes plus intéressés", a déclaré l'Inter Milan par la voie de l'Ansa, l'agence de presse italienne.

L’effet domino déjà bien engagé avec le retrait de sept des douzes clubs sera probablement stoppé par une décision commune ce mercredi. Par ailleurs, de nombreuses têtes risquent de tomber dans les prochaines heures. Le vice-président de Man United Ed Woodward a déjà annoncé son départ en fin de saison.

“Continuons d’inspirer la prochaine génération”

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La fronde contre la Superligue a débuté avec les supporters. Les dirigeants des grandes ligues et des clubs non partenaires du projet ont ensuite pris le relais de la révolte. Dans un premier temps, les joueurs directement concernés se sont faits plus discrets. Mais les langues se sont déliées ce mardi.

À commencer par celle de Kevin De Bruyne, dont le club a décidé quelques minutes après sa déclaration de faire machine arrière. “Je viens d’une petite ville de Belgique avec le rêve de jouer au plus haut niveau possible”, a écrit le Diable rouge sur Twitter. “J’ai joué dans les championnats belge, allemand et anglais. Et j’ai aussi fièrement représenté mon pays. J’ai travaillé et rivalisé avec tout le monde en vue de gagner l’ultime.”

Et d’enchaîner : “Avec tous les événements qui se sont déroulés ces derniers jours, c’est peut-être le bon moment pour que tout le monde

se réunisse et essaie de trouver une solution. Nous savons que le foot, c’est un gros business et je sais que je fais partie de ce business. Mais je suis toujours ce petit garçon qui adore jouer au football. Il ne s’agit pas d’une entité dans ce cas, il s’agit du football dans le monde entier. Continuons d’inspirer la prochaine génération de footballeurs et faisons rêver les fans.”

Luke Shaw, défenseur de Manchester United, l’a rejoint. “J‘ai grandi en regardant la Premier League et la Ligue des champions, et je suis tombé amoureux de ce sport en regardant ces deux plus grandes compétitions de clubs au monde. Je suis inquiet que ces changements aient des conséquences sur le sport que moi et des millions d’autres aimons. Les supporters et les joueurs devraient toujours avoir leur mot à dire, et leur opinion devrait toujours compter.”

Pour Liverpool, c’est Jordan Henderson qui a pris sa plume. “Nous n’aimons pas cela et nous ne voulons pas que cela arrive”, a écrit le capitaine des Reds. “C’est notre position collective. Notre engagement envers ce sport et les fans est absolument inconditionnel.”

Leur entraîneur Jürgen Klopp n’a pas non plus hésité à se positionner. “J’ai 53 ans, j’ai toujours connu la Ligue des champions. En tant que manager, j’ai toujours voulu y participer. Maintenant, c’est toujours plus de matchs, plus de matchs. C’est toujours une question d’argent, rien d’autre.”